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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204042

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204042

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 13 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Ankara (République de Turquie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

La demande d'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 27 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Desimon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante syrienne née le 20 mai 2000, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès des autorités consulaires françaises à Ankara. Par une décision en date du 13 octobre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 20 janvier 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision des autorités consulaires françaises :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision du 20 janvier 2022 de cette commission s'est substituée à la décision des autorités consulaires françaises à Ankara. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre de la décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige repose sur les motifs tirés de ce que, d'une part, " en l'absence de production d'un justificatif d'autorisation de rentrée tardive, la demande de visa de long séjour pour études est devenue sans objet ", et d'autre part, que " compte tenu de la situation personnelle de la demanderesse, âgée de 21 ans, qui ne justifie pas de ressources suffisantes pour financer l'ensemble des frais liés à un séjour de longue durée, il existe un risque de détournement de l'objet du visa, sollicité pour études, à d'autres fins, notamment migratoires ".

4. En premier lieu, la circonstance qu'à la date d'introduction du recours administratif préalable obligatoire, la date de début des cours à l'université de Strasbourg était dépassée, n'a pas eu pour effet de priver d'objet la demande de visa de Mme B. Par suite, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit en refusant de lui délivrer, pour ce motif, un visa de long séjour pour études.

5. En second lieu, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est également fondée sur le motif tiré de l'existence supposée d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires en se fondant exclusivement sur l'âge de la requérante et le niveau de ses ressources. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction qu'en se fondant uniquement sur ce motif, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, et sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de fait et de droit, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Mme B n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil, Me Ifrah, ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme B de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France intervenue du 20 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer un visa de long séjour à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Beyls, conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

H. A

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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