lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mars 2022, Mme B C, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de l'enfant Fily Diebakhate, et Mme A D, représentées par Me Régent, doivent être regardées comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à Mme D un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur avocate, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elles soutiennent que :
- il n'est pas démontré que la commission ait été régulièrement composée lorsqu'elle a pris la décision attaquée ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;
- la décision attaquée est entachée d'erreurs de droit au regard des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant la date à prendre en compte pour apprécier l'âge de la demandeuse de visa ainsi que son éligibilité à la réunification familiale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la commission s'étant à tort crue en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Des pièces produites pour les requérantes ont été enregistrées le 26 septembre 2022 et n'ont pas été communiquées.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. Barès, rapporteur public,
- et les observations de Me Régent, représentant les requérantes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sénégalaise, réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident en qualité de mère de l'enfant Fily Diebakhate, née le 12 février 2018, qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 septembre 2018. Une demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale a été déposée pour Diabou D, née le 30 mars 2003, fille de Mme C et demi-sœur de Fily. Cette demande a été rejetée par une décision de l'autorité consulaire française à Dakar du 14 juillet 2021. Le recours formé contre cette décision de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 15 septembre 2021, dont les requérantes demandent au tribunal l'annulation.
2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article D. 312-5 de ce code, dans sa version applicable à la même date : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Le président et les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Pour chacun d'eux, un premier et un second suppléant sont nommés dans les mêmes conditions ". L'article 1r de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 15 septembre 2021 au cours de laquelle elle a examiné le recours formé par les requérantes, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie en présence de son président suppléant et de quatre de ses membres. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de Mme D.
5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. La circonstance que l'un des deux parents réside déjà en France ne fait pas obstacle à la délivrance d'un visa de long séjour au profit de ces enfants s'il sont accompagnés par l'autre parent.
7. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que Mme D était âgée de plus de dix-huit ans à la date de dépôt de sa demande de visa et est la demi-sœur de l'enfant réfugiée en France, de sorte qu'elle n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale.
8. Il ressort des pièces du dossier que le visa litigieux a été sollicité au bénéfice de Mme D pour rejoindre en France sa mère et sa demi-sœur, bénéficiaire du statut de réfugiée. Toutefois, dès lors que l'intéressée n'est pas accompagnée par l'un des ascendants directs au premier degré de sa demi-sœur refugiée mineure, elle n'entre pas dans le champ de la réunification familiale et ne peut dès lors prétendre à la délivrance d'un visa à ce titre, quand bien même la procédure aurait été introduite avant que Mme D ne dépasse son dix-huitième anniversaire. La commission a donc pu, sans commettre d'erreur de droit, rejeter le recours en se fondant sur le motif tiré de ce que le lien familial de Mme D avec sa demi-sœur réfugiée ne lui ouvrait pas droit au bénéfice de la réunification familiale. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
9. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission se serait estimée en situation de compétence liée pour rejeter le recours formé devant elle.
10. En cinquième lieu, les requérantes apportent peu de précisions sur les conditions de vie et la situation de Mme D au Sénégal, où elle a toujours vécu. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière, âgée de dix-huit ans à la date de la décision attaquée, y serait isolée, dès lors qu'y réside notamment son père avec lequel elle entretient des liens. Il n'est, par ailleurs, ni démontré ni même allégué que Mme C ne pourrait pas venir rendre visite à sa fille au Sénégal. Dans ces conditions, les seules circonstances que Mme D serait empêchée de rencontrer sa demi-sœur née en France et qu'elle serait à la charge de sa mère ne suffisent pas à établir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit des intéressées au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En sixième lieu, la seule circonstance que la décision attaquée ait pour effet de priver l'enfant Fily de la possibilité de rencontrer sa demi-sœur, avec laquelle elle n'a jamais vécu ni entretenu de lien particulier, ne suffit pas à établir que cette décision serait contraire à son intérêt supérieur et méconnaîtrait ainsi les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, donc, être écarté comme non fondé à l'égard de l'enfant Fily. Il doit, par ailleurs, être écarté comme étant inopérant à l'égard de la demandeuse de visa, laquelle était âgée de plus de dix-huit ans à la date de la décision attaquée.
12. En dernier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, les requérantes ne sont pas davantage fondées à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de la décision attaquée. Leur requête ne peut, donc, qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, Mme A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Specht, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.
Le rapporteur,
T. E
La présidente,
F. SPECHT
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026