vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204104 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2022 et un mémoire, enregistré le 28 octobre 2022, M. D C et Mme A E, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur B C F, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 7 juillet 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision en date du 5 mars 2021 de l'ambassade de France à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant de délivrer à Mme E et à l'enfant B C F des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il appartient à l'administration de prouver que les éléments de possession d'état ont été examinés ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 561-2, L. 561-4 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que leurs liens de concubinage et de filiation avec le réunifiant sont établis par la production d'actes d'état civil authentiques et par possession d'état ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. C et Mme E ne sont pas fondés,
- la décision est également fondée sur l'absence de relation de concubinage avant l'introduction de la demande d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Ronciere, rapporteure,
- les observations de Me Neve, substituant Me Fleur Pollono, représentant M. C, et Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais, né le 22 octobre 1993, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 16 avril 2015 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Mme E, qu'il présente comme sa concubine, et le jeune B C F, né le 15 juillet 2010, qu'il présente comme son fils, ont déposé des demandes de visas de long séjour auprès de l'ambassade de France à Kinshasa (République démocratique du Congo), en qualité de membres de famille de réfugié. Par une décision du 5 mars 2021, cette ambassade a refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 7 juillet 2021, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'ambassade.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de la décision attaquée qui se réfère aux articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour rejeter les demandes de visas de Mme E et du jeune B, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'acte de naissance de Mme E, établi 25 ans après sa naissance, sans explications circonstanciées et postérieurement à l'obtention en 2015 du statut de réfugié de M. C " n'est pas conforme à l'article 67 du code de procédure civile de la République Démocratique du Congo " lui ôtant toute valeur probante, et d'autre part, de ce que " l'acte de naissance de B, produit lors de la demande de visa n'est pas conforme à l'article 106 du code congolais de la famille ". La production de ces documents ne permet pas d'établir l'identité des demandeurs de visas et partant leur lien familial avec M. C. Enfin, en l'absence d'éléments probants de possession d'état le principe d'unité de la famille et les stipulations des articles 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme n'ont pas été méconnues. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des termes de la décision attaquée que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est livrée à un examen particulier de la demande de visas.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
5. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet la réunification familiale d'un conjoint ou des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public et à condition que le lien familial soit établi.
6. D'une part, les requérants produisent à l'appui de la demande de visa de Mme E, un jugement supplétif en date du 27 avril 2017 du tribunal de paix de Kinshasa-Pont Kasa Vubu et un certificat de non appel de ce jugement en date du 28 avril 2017 établi par le tribunal de paix de Kinshasa-Kalamu ainsi qu'un acte de naissance portant la mention du jugement supplétif et une copie intégrale d'acte de naissance dressés le 3 mai 2017 par le service d'état civil de la commune de Kalamu au sein de la ville de Kinshasa mentionnant la date et le lieu de naissance de Mme E au 12 février 1992 à Kinshasa. Elle produit également son passeport délivré le 9 août 2018 qui comporte les mêmes mentions.
7. D'autre part, pour le jeune B, né le 15 juillet 2010, ils apportent un jugement supplétif en date du 23 octobre 2015 et un certificat de non appel de ce jugement en date du 23 décembre 2015 établis par le tribunal de paix de Kinshasa-Kalamu ainsi qu'un acte de naissance portant la mention du jugement supplétif et une copie intégrale d'acte de naissance dressés le 10 mai 2017 par le service d'état civil de la commune de Kalamu au sein de la ville de Kinshasa mentionnant son lien de filiation paternel avec M. C et maternel avec Mme E. Ils produisent également son passeport délivré le 8 novembre 2019 qui comporte sa date et son lieu de naissance.
8. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
9. Les circonstances, contrairement aux motifs retenus par la commission de recours, d'une part, que l'acte de naissance de Mme E ait été réalisé avant l'expiration du délai d'appel de trente jours prévu par l'article 67 du code de procédure civile de la République démocratique du Congo et qu'il ait été établi tardivement et postérieurement à l'obtention du statut de réfugié par M. C et d'autre part, que l'acte de naissance du jeune B ne soit pas conforme à l'article 106 du code congolais de la famille alors qu'un jugement supplétif prévu par cet article a vocation à intervenir plusieurs années après la naissance d'un enfant ne suffisent pas à remettre en cause leur caractère authentique. Dès lors, les identités des demandeurs de visas doivent être regardées comme établies par les documents ainsi produits. Dans ces conditions, la commission de recours a donc entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas de long séjour sollicités pour les motifs exposés au point 2.
10. Toutefois, pour établir que la décision contestée était légale, le ministre de l'intérieur invoque, dans son mémoire en défense communiqué aux requérants, un motif fondé sur l'absence d'éléments démontrant le caractère stable et continu de la relation de concubinage avant l'introduction de la demande d'asile.
11. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est d'abord déclaré célibataire devant l'OFPRA lors de son arrivée en France le 8 juin 2014 puis concubin de Mme E et père du jeune B dans sa fiche familiale de référence en date du 18 juillet 2016, postérieurement à la reconnaissance de sa qualité de réfugié en 2015. Les requérants versent au dossier deux attestations de tiers peu circonstanciées, des copies de mandats financiers sur une période allant de 2018 à 2021 dont certains ne sont pas au bénéfice de Mme E et des échanges de communication débutant en 2020. Ces éléments ne suffisent pas à justifier d'une relation de concubinage suffisamment stable et continue avant la demande d'asile de M. C. Par suite, le motif invoqué par le ministre justifie le refus de délivrance des visas sollicités. Il ressort des pièces du dossier que la commission de recours aurait pris une telle décision en se fondant initialement sur ce motif. Par suite, la demande de substitution de motif du ministre de l'intérieur doit être accueillie. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation des dispositions des articles L. 561-2, L. 561-4 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être qu'écartés.
13. En quatrième et dernier lieu, le lien familial n'étant pas établi entre M. C et les demandeurs de visas, le moyen tiré de l'atteinte portée par la décision attaquée au droit des requérants au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté. Pour le même motif, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait, en refusant de délivrer les visas de long séjour sollicités, méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au paiement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C et Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, Mme A E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026