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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204150

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204150

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2022, M. A B, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai de 45 jours à compter du rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 25 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 400 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué reste à démontrer ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il doit être démontré que la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui aurait rejeté son recours lui a été régulièrement notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de fait, dès lors qu'elle ne mentionne nulle part les efforts d'intégration entrepris par sa famille et affirme que son couple a trois enfants alors qu'il en a quatre ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- il peut se prévaloir d'un droit au séjour sur le fondement de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, circonstance qui s'oppose à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise à son encontre ;

- la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voire de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B par décision du 16 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Degommier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022 à 11h30, le rapport de M. Degommier, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ".

2. La demande d'asile de M. A B, ressortissant algérien, né le 5 octobre 1979, entré irrégulièrement en France le 11 juin 2019, a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 20 novembre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 23 juillet 2021. Par arrêté du 17 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique, en application du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai de 45 jours à compter du rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

3. En premier lieu, par arrêté du 31 août 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er septembre 2021, le préfet a donné délégation à Mme D C à l'effet de signer notamment tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, dont les décisions portant obligation de quitter le territoire, assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance ainsi que les décisions fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application et comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, s'agissant tant de la décision portant obligation de quitter le territoire que de la décision fixant le pays de destination. L'arrêté détaille notamment le parcours migratoire de M. B ainsi que les incidences de la mesure d'éloignement sur la vie privée et familiale de l'intéressé. Ces considérations sont formulées de façon particulièrement claire, qui ne peut faire naître aucun doute sur le fondement et le motif des décisions prises. Le moyen tiré du caractère insuffisant des décisions attaquées manque en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. ". Il ressort de ces dispositions que la circonstance que l'administration aurait failli dans son obligation d'inviter l'intéressé à présenter une demande de titre de séjour à un autre titre que l'asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que la méconnaissance du texte invoqué a seulement pour conséquence de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, non régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement. Le moyen doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, lorsqu'il demande l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

7. En l'espèce, M. B qui ne pouvait ignorer, depuis le rejet de sa demande d'asile, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée. Au surplus il ne fait état, dans sa requête, d'aucun élément qui, s'il était connu du préfet, aurait pu le conduire à prendre des décisions différentes. Dès lors ce moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci " et aux termes de l'article R. 532-57 du même code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ". Il ressort des pièces produites en cours d'instance et notamment du relevé TelemOfpra, que la décision de la CNDA rejetant le recours du requérant a bien été effectivement notifiée le 30 juillet 2021 soit antérieurement à la décision attaquée. Par ailleurs, la notification des décisions prises par la Cour nationale du droit d'asile est en principe accompagnée d'une fiche informant le demandeur d'asile du caractère positif ou négatif de la décision le concernant dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. Le moyen tiré de la notification irrégulière de cette décision doit ainsi être écarté.

9. En sixième lieu, il ne ressort ni de la motivation précitée, ni d'aucun autre élément du dossier que cet arrêté aurait été pris sans un examen suffisant de la situation personnelle de M. A. Si M. B fait valoir que la décision préfectorale ne mentionne pas les efforts d'intégration entrepris par sa famille, le préfet n'en a pas moins relevé le parcours migratoire de l'intéressé et il n'est pas établi que le préfet aurait omis de tenir compte d'éléments de nature à exercer une influence sur l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration. Si l'arrêté indique par erreur que le couple a trois enfants alors qu'il en a quatre, il n'est pas davantage établi que cette erreur a exercé une influence sur l'appréciation de la situation de M. B au regard de la mesure d'éloignement prononcée.

10. En septième lieu, M. A soutient qu'un titre de séjour doit lui être délivré de plein droit sur le fondement de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, il n'a pas demandé de titre de séjour sur ce fondement et le préfet n'était nullement tenu d'examiner d'office si l'intéressé pouvait prétendre à un titre de séjour.

11. En huitième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. B est arrivé en France avec sa conjointe et ses trois enfants mineurs en juin 2019, soit plus de deux ans avant le prononcé de l'arrêté attaqué. Ses enfants âgés de douze, neuf et cinq ans suivent une scolarité en France. Toutefois, en dépit de son implication dans la scolarité de ses enfants, il n'établit pas avoir développé, à titre personnel, un réseau relationnel dense ni de toute autre intégration sur le territoire français. En outre, l'intérêt supérieur de ses enfants réside dans la possibilité de demeurer auprès de leur mère et la circonstance qu'ils suivent une scolarité, bien que sérieuse et assidue en France, n'entache pas d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire, formulée à l'encontre de leur père dès lors qu'il n'est pas établi, ni même allégué, qu'ils ne pourraient pas bénéficier d'un enseignement en dehors du territoire français. Si M. B produit une promesse d'embauche, il est néanmoins constant qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ce fondement. Ainsi, en dépit d'efforts d'intégration consistant en des cours de français et des activités bénévoles, eu égard à la durée de présence récente de la famille et à l'absence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale ailleurs que sur le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. En dernier lieu, M. B n'ayant pas établi l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre, il n'est pas fondé à en soulever l'illégalité pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Philippon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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