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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204180

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204180

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, M. A B, représenté par Me Lietavova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié ", dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour l'intéressée de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnait l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

-

- elle méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale à raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 25 avril 2022.

Vu les pièces du dossier. Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Lay,

- et les observations de Me Lietavova, avocate du requérant.

-

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 31 décembre 2003, a été admis dans le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Loire-Atlantique dans le cadre d'une ordonnance de placement provisoire du 27 février 2019, puis d'une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'état intervenue le 7 juin 2019. L'intéressé qui à sa majorité, a conclu un contrat jeune majeur avec le département de Loire-Atlantique, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-22, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 janvier 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, tout en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. "

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () "

4. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance qu'en raison de la " fraude entachant les justificatifs d'état civil produits ", l'intéressé ne pouvait être regardé comme justifiant de son état civil, ni du fait qu'il était effectivement âgé de moins de seize ans à la date à laquelle il a été placé à l'aide sociale à l'enfance. Le préfet s'est fondé sur l'avis défavorable émis par les services spécialisés de la police aux frontières qui ont relevé plusieurs indices de contrefaçon tirés de la faute d'orthographe présente au niveau de la rubrique 14 de l'extrait d'acte de naissance, ainsi que de l'absence au dossier de l'acte de naissance, et de la méconnaissance par l'extrait d'acte de naissance produit des articles 93 et 94 de la loi du 30 décembre 2011 portant code des personnes et de la famille, et de l'article 554 du décret du 15 septembre 1999 portant code de la procédure civile, commerciale et sociale. Toutefois et ainsi que le soutient le requérant, l'article 554 du code malien de procédure civile, commerciale et sociale a uniquement pour objet de fixer le délai de recours et n'interdit pas la transcription d'un jugement supplétif avant l'expiration de ce délai. Par suite et alors que comme le soutient le requérant, l'article 151 du code malien des personnes et de la famille prévoit que la transcription d'une décision de justice est demandée par le procureur de la République, également partie à un jugement supplétif d'acte de naissance, la seule circonstance que le jugement supplétif d'acte de naissance rendu pour M. B ait été transcrit dans les registres d'état civil avant l'expiration du délai de recours n'est pas de nature à mettre en doute l'authenticité de l'extrait d'acte de naissance produit par le requérant. Par ailleurs, le préfet ne conteste pas que les maires, officiers d'état civil dans les centres principaux conformément à l'article 93 du code malien des personnes et de la

1.

famille, puissent donner délégation à leurs adjoints notamment en matière d'état civil, ainsi que le prévoit l'article 76 de la loi du 2 octobre 2017 portant code des collectivités territoriales dont se prévaut le requérant. Par suite, la seule circonstance que l'extrait d'acte de naissance produit par le requérant, lequel fait, au demeurant, apparaitre que l'acte de naissance de M. B a, quant à lui, été établi par le maire, ait été délivré par le 2ème adjoint au maire n'est pas, davantage, de nature à mettre en doute son authenticité. Enfin et alors au demeurant que le requérant produit un nouvel extrait d'acte de naissance exempt de cette faute, la seule faute de frappe relevée à la rubrique 14 à laquelle est indiqué " officicer " au lieu d'officier ne saurait suffire à établir le caractère frauduleux de l'extrait d'acte de naissance produit. Il ressort par ailleurs, du rapport simplifié d'analyse documentaire produit par le préfet qu'aucune anomalie propre au jugement supplétif d'acte de naissance n'avait été identifiée et qu'il a été déclaré irrecevable au seul motif qu'avait été produit au dossier un autre acte jugé contrefait. Il ressort de l'ensemble de ces éléments que

M. B est fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que les documents d'état civil produits présentaient un caractère frauduleux et ne lui permettaient pas de justifier de son identité et de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses 16 ans.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, et par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions en injonction :

6. Alors qu'il résulte de l'instruction que M. B remplit les autres conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Loire-Atlantique lui délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer le titre sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'intéressée renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de celui-ci, au bénéfice du conseil du requérant, la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté attaqué du 26 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. B la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire- Atlantique et à Me Lietavova.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

Y. LE LAY

Le président,

T. GIRAUD

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

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