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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204207

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204207

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204207
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er avril 2022 et le 5 septembre 2022, Mme B E et Mme C A D, représentées par Me Régent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 2 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision en date du 24 janvier 2022 de l'ambassade de France au Rwanda refusant un visa d'entrée et de séjour à Mme D au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme D le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au profit de Me Régent, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme D ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la demandeuse de visa en sa qualité de fille adoptive doit bénéficier de la procédure de réunification familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait dès lors que le jugement d'adoption produit est régulier et que la demandeuse de visa est bien la fille adoptive de la réunifiante ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'adoption a été consentie par la mère et que l'identité de la demandeuse de visa et son lien familial avec la réunifiante sont établis par la production d'actes d'état civil et par la possession d'état ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E et Mme D ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 novembre 2022 :

- le rapport de Mme Ronciere, rapporteure,

- les observations de Me Régent, représentant Mme E et de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante burundaise, née le 18 août 1984, s'est vue reconnaître en France la qualité de réfugiée en 2019. Mme C A D, née le 27 janvier 2004, sa fille adoptive, a déposé une demande de visa de long séjour auprès de l'ambassade de France à Kigali (Rwanda). Par une décision du 24 janvier 2022, cette ambassade a refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision du 2 mars 2022, dont les requérantes demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'ambassade.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que, pour rejeter la demande de visa litigieuse, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que la demande de visa n'entre pas dans le cadre de la procédure de réunification familiale en qualité de membre de famille de réfugié dès lors que le jugement d'adoption de Mme D a été rendu le 22 avril 2021, soit après l'introduction de la demande d'asile par Mme E et au surplus que l'extrait d'acte de naissance produit à l'appui de la demande de visa " n'est pas apostillé " et le jugement d'adoption non conforme à l'article 31 de la loi du 30 avril 1999 portant modification des dispositions du code des personnes et de la famille relatives à la filiation adoptive. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de la demanderesse de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme D doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".

5. Lorsque la venue de personnes en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public et à condition que le lien familial soit établi.

6. Le premier alinéa de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

7. Dans son mémoire en défense, le ministre reconnait le caractère erroné de l'un des motifs initialement retenu par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France tiré de ce que le jugement d'adoption ne serait pas conforme à l'article 31 de la loi du 30 avril 1999 portant modifications des dispositions du code des personnes et de la famille relatives à la filiation adoptive.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est arrivée en France en juillet 2018 et y a sollicité l'asile le 27 septembre 2018. Par un jugement du 22 avril 2021 le tribunal de grande instance de Ntahangwa a prononcé l'adoption par Mme E de sa nièce C A. Ainsi, à la date à laquelle Mme E a déposé sa demande d'asile en France, l'adoption de sa nièce n'avait pas été prononcée et il n'existait donc pas encore de lien de filiation entre elles. Il en résulte que la demande de Mme E tendant à être rejointe par Lindsay A n'entrait pas dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais relevait de la procédure du regroupement familial prévue à l'article L. 434-1 du même code. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 561-2 doivent être écartés. Il résulte de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif qui suffisait à lui seul à fonder la décision attaquée.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E aurait entretenu avec sa nièce des relations affectives et matérielles avant son départ du Burundi en juin 2018 ainsi que depuis son arrivée en France. Par suite, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de ses motifs. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E et Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, Mme C A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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