lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204251 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | BALME LEYGUES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2204251 enregistrée le 4 avril 2022, Mme E B épouse F et M. C F, représentés par Me Balme Leygues, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) refusant de délivrer un visa d'entrée et de court séjour en France à Mme B épouse F ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire procéder au réexamen de la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 21 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil 13 juillet 2009 ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 6 et 14 du règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 9 juin 2022 et n'a pas été communiqué.
II. Par une requête n° 2206469 enregistrée le 16 mai 2022, Mme E B épouse F et M. C F, représentés par Me Balme Leygues, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer un visa d'entrée et de court séjour en France à Mme B épouse F après avoir réexaminé sa demande en exécution de l'ordonnance n° 2204201 du 22 avril 2022 rendue par le juge des référés du tribunal administratif de Nantes ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire procéder au réexamen de la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 15 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil 13 juillet 2009 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir à titre principal que la requête est irrecevable et à titre subsidiaire que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour les requérants a été enregistré le 9 juin 2022 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil 13 juillet 2009 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique du 13 juin 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B épouse F, ressortissante tunisienne née le 21 mai 1952, a demandé la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour en France à l'autorité consulaire française à Tunis en vue de rendre visite à son fils, M. C F. Cette autorité a rejeté sa demande le 6 décembre 2021. Par une décision du 16 février 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre du refus de l'autorité consulaire. Par une ordonnance n° 2204201 du 22 avril 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un examen de la demande de visa dans un délai de cinq jours à compter de sa notification. Par une décision du 27 avril 2022, le ministre de l'intérieur a, en exécution de cette ordonnance, de nouveau refusé de délivrer le visa sollicité. Mme B épouse F et M. F demandent au tribunal l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 16 février 2022 ainsi que celle de la décision du 27 avril 2022 du ministre de l'intérieur.
2. Les requêtes n° 2204251 et 2206469 concernent une même demande de visa et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Les requêtes n° 2204251 et n° 2206469 sont présentées tant pour M. F que pour Mme B épouse F. Cette dernière, demandeuse de visa, a intérêt à agir. Par suite, les requêtes sont recevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 février 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
4. Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale ou du risque pour la sécurité des États membres que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : / () b) s'il existe des doutes raisonnables sur l'authenticité des documents justificatifs présentés par le demandeur ou sur la véracité de leur contenu, sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ". Et aux termes de l'annexe II du même règlement : " Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : () / B. DOCUMENTS PERMETTANT D'APPRECIER LA VOLONTE DU DEMANDEUR DE QUITTER LE TERRITOIRE DES ETATS MEMBRES : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d'emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l'intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut légalement refuser la délivrance du visa sollicité s'il existe un doute raisonnable sur la volonté de la demandeuse de quitter le territoire de l'Etat membre avant l'expiration du visa demandé.
5. Pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires et médicales, compte tenu de la situation personnelle de la demandeuse.
6. Mme B épouse F soutient vouloir rendre visite à son fils de nationalité française, son épouse et leurs enfants compte tenu de la dégradation de son état de santé. Contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur, la circonstance que la demandeuse soit susceptible de devenir inapte à voyager à compter du 1er juin 2022 n'est pas de nature à priver d'objet la demande en litige. Ensuite, pour établir, d'une part, qu'elle n'a pas vocation à demeurer sur le territoire français au terme de la validité du visa, les requérants se prévalent des attaches familiales de Mme F en Tunisie, où résident son époux ainsi que ses six frères et sœurs. Ils produisent à l'appui de leurs allégations l'acte de mariage faisant état de son union avec M. A F le 1er avril 1982 et les photocopies recto des cartes d'identité des membres de la fratrie. Ces éléments permettent d'établir que les principales attaches familiales de la demandeuse demeurent en Tunisie. Les requérants font également état des ressources propres de la demandeuse, laquelle dispose d'une pension de retraite ainsi que d'un compte d'épargne. Ils justifient, enfin, du suivi régulier de Mme F par un spécialiste en carcinologie en Tunisie depuis le mois de février 2017 et de rendez-vous médicaux fixés à l'issue de la période de validité du visa sollicité. Ces éléments permettent, de corroborer, d'autre part, que Mme F n'a pas l'intention de détourner l'objet du visa à des fins médicales. Il est, à cet égard, constant que M. F a interrogé les services consulaires français à Tunis sur la possibilité d'utiliser un précédent visa, valable du 18 novembre 2020 au 16 mai 2021, dont il n'est, en outre, pas contesté que la durée de validité a été respectée, afin que sa mère soit soignée en France. Pour autant, les requérants expliquent avoir, en toute bonne foi, souhaité connaître l'étendue des droits de la demandeuse au cours de la période de validité de ce précédent visa. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, Mme et M. F sont fondés à soutenir que la commission de recours n'a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, fonder son rejet sur le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que Mme et M. F sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 avril 2022 du ministre de l'intérieur :
8. Pour rejeter la demande de visa de Mme B épouse F, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés de ce que la demandeuse ne justifiait pas d'une assurance de voyage adéquate et de ce qu'il existait un risque de détournement de l'objet du visa.
9. D'une part, aux termes de l'article 15 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 : " 1. Les demandeurs de visa uniforme à une ou deux entrées prouvent qu'ils sont titulaires d'une assurance maladie en voyage adéquate et valide couvrant les éventuels frais de rapatriement pour raison médicale, de soins médicaux d'urgence et/ou de soins hospitaliers d'urgence ou de décès pendant leur(s) séjour(s) sur le territoire des États membres. / () 3. Cette assurance est valable sur l'ensemble du territoire des États membres et pendant toute la durée du séjour ou du transit prévu de l'intéressé. La couverture minimale est de 30 000 EUR. () / 4. Les demandeurs contractent, en principe, leur assurance dans leur pays de résidence. Lorsque cela n'est pas possible, ils veilleront à en contracter une dans tout autre pays. / Si une autre personne contracte une assurance au nom du demandeur, les conditions fixées au paragraphe 3 s'appliquent. (). ".
10. Il résulte de ces dispositions que M. F pouvait légalement contracter une assurance au nom de la demandeuse de visa sans justifier de l'impossibilité de souscrire une assurance au nom propre de cette dernière en Tunisie. Il suit de là que Mme et M. F sont fondés à soutenir que le ministre de l'intérieur a entaché son premier motif d'une erreur de droit.
11. D'autre part, il résulte des points 5 à 8 du présent jugement que le second motif de la décision en litige est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que les requérants sont également fondés à demander l'annulation de la décision du 27 avril 2022 du ministre de l'intérieur.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement, eu égard aux motifs d'annulation retenus, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme B épouse F le visa de court séjour sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressée ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B épouse F en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 16 février 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et la décision du 27 avril 2022 du ministre de l'intérieur sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme B épouse F le visa de court séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Mme B épouse F en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse F, à M. C F et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Desimon, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
La rapporteuse,
M. D
La présidente,
S. RIMEULa greffière,
S. JEGOLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2, 2206469
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026