vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 avril 2022, 23 mai 2022 et 7 octobre 2022, M. B E A et Mme D F A C, en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de l'enfant Mohiuddin B E A, représentés par Me Leudet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre la décision de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision des autorités consulaires françaises à Khartoum (Soudan) refusant de délivrer à Mme D F A C et à l'enfant Mohiuddin un visa de long séjour en qualité de membres de famille de réfugié statutaire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas de long séjour sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer les demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission n'est pas motivée ;
- il n'est pas justifié de la régularité de la composition de la commission ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'identité et au lien de filiation des demandeurs de visas ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2022 :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur,
- et les observations de Me Leudet, représentant M. E A et Mme F A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E A, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1985 à Koutoum (Soudan), s'est vu reconnaître en France la qualité de réfugié le 20 février 2019. Le 1er septembre 2012, il a épousé par procuration Mme F A C, ressortissante soudanaise née le 1er janvier 1995 à Koutoum (Soudan). De leur union serait né le 27 mars 2015 à Khartoum l'enfant Mohiuddin B E A. Le 1er août 2021, Mme F A C, son épouse, et l'enfant Mohiuddin B A ont déposé une demande de visa en qualité de membres de famille de réfugié statutaire auprès des services de l'ambassade de France à Khartoum qui leur est refusée le 13 novembre 2021. Le 2 décembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était saisie d'un recours administratif préalable et rejetait par une décision implicite puis, après demande de communication des motifs, une décision expresse du 30 mars 2022 le recours formé contre la décision consulaire. Par la présente requête, M. E A et Mme F E A, demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
3. D'autre part, lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire, l'autorité consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état-civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec le réfugié. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
4. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours de Mme F A C et de l'enfant Mohiuddin B E A au motif que " La traduction de nouveaux actes d'état civil, transmis au recours, sans mention de jugement rectificatif, ôtent à ces actes tout caractère authentique. La production de tels documents relève au surplus d'une intention frauduleuse. / Dans ces conditions, et en l'absence d'élément probant de possession d'état, alors que Monsieur E A B réside en France depuis 2017, l'identité et le lien familial de Madame F A C D et de l'enfant B E A Mohiuddin ne sont pas établis ".
En ce qui concerne l'identité de Mme F A C et son lien matrimonial avec M. E A :
5.Pour justifier du lien matrimonial entre Mme F A C et M. E A, les requérants produisent un certificat de mariage établi le 11 octobre 2019 par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), faisant état de leur mariage à Koutoum le 1er septembre 2012. En l'absence de mise en œuvre par l'administration de la procédure d'inscription de faux, ce document fait foi en ce qui concerne la réalité du lien matrimonial, sans que le ministre ne puisse utilement se prévaloir d'un précédent acte de mariage n°50818 transmis par les requérants au moment de leur demande de visa délivré par un agent matrimonial de l'Etat de Khartoum alors que, par ailleurs, toutes les mentions sont concordantes entre les deux actes et que le ministre ne fait état ni ne démontre une fraude. Enfin, si le ministre de l'intérieur fait valoir que le certificat de mariage a été dressé tardivement et postérieurement à l'obtention par M. E A de son statut de réfugié, ces circonstances ne sont pas davantage de nature à démontrer son caractère frauduleux.
6.Pour établir l'identité de Mme F A C, les requérants ont produit, un passeport établi sur la base d'un certificat d'enregistrement civil délivré le 30 juin 2014, une copie intégrale d'acte de naissance avec sa traduction ainsi qu'un extrait d'acte de naissance avec sa traduction. Il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier de M. E A du 15 décembre 2021, que la traduction de la copie intégrale d'acte de naissance de son épouse comportait une erreur quant à l'identité de la mère de celle-ci. Si l'intéressé a transmis une nouvelle traduction de l'extrait de l'acte de naissance de son épouse rectifiée s'agissant de l'identité de sa belle-mère, il appert que les deux documents traduits mentionnent le même numéro 39 du registre d'état civil que ceux originaux avec le même numéro de la page de ce registre et comportent les mêmes indications. Cette erreur de traduction n'établit pas, à elle seule, que les documents produits seraient entachées d'anomalies qui en révèleraient le caractère apocryphe alors même, qu'ainsi que le fait valoir M. E A sans être utilement contesté par le ministre, les informations figurant dans ces documents sont cohérentes avec celles contenues dans le certificat de mariage mentionné au point précédent et avec celles du passeport de Mme F A C établi le 23 juillet 2020, dont la validité n'est au demeurant pas contestée. Enfin, si le ministre de l'intérieur reproche au requérant de ne pas avoir fourni le jugement rectificatif ayant entrainé la modification de l'acte de naissance, il ne ressort pas des pièces du dossier que les mentions de l'acte de naissance original aient été modifiées, seuls les éléments traduits quant à l'identité de la mère de son épouse l'ont été, alors qu'au surplus l'authenticité de la copie intégrale de l'acte de naissance et l'extrait d'acte de naissance produits ne sont pas contestés. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à Mme F A C un visa de long séjour.
En ce qui concerne l'identité et le lien de filiation de l'enfant Mohiuddin B A :
7.Les requérants produisent à l'appui de leur demande de visa pour leur fils allégué un passeport établi sur la base d'un certificat d'enregistrement civil délivré le 30 juin 2014 ainsi qu'une copie intégrale d'acte de naissance avec sa traduction et un extrait d'acte de naissance avec sa traduction. Il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier de M. E A du 15 décembre 2021, que le premier document produit comportait une erreur quant aux adresses au Soudan des parents de l'enfant. Si les requérants ont transmis un extrait d'acte d'état civil modifié avec sa traduction, il ressort des pièces du dossier que les documents portent le même numéro 663 du registre d'état civil que les originaux hormis une erreur quant au numéro de la page de ce registre, 136117 dans le dernier document produit au lieu de 136116. Toutefois, cette erreur de plume n'établit pas, à elle seule, que les documents produits seraient entachées d'anomalies qui en révèleraient le caractère apocryphe. En outre, si le ministre de l'intérieur reproche aux requérants de ne pas avoir fourni le jugement rectificatif ayant entrainé la modification de l'acte de naissance, il n'établit pas qu'un tel jugement serait nécessaire selon la loi soudanaise. Au surplus, les informations figurant dans ces documents sont cohérentes avec celles contenues dans le passeport de l'enfant, établi le 26 juillet 2020, et dont la validité n'est au demeurant pas contestée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. E A a, de manière constante, déclaré à l'OFPRA l'existence et l'identité de son fils tant sur son formulaire de demande d'asile du 4 juin 2018 que dans sa fiche familiale de référence complétée le 25 mars 2019. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à l'enfant Mohiuddin B A un visa de long séjour.
8.Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. E A et Mme F A C sont fondés à demander l'annulation de la décision du 30 mars 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9.Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme F A C et à l'enfant Mohiuddin B A les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer à l'encontre du ministre de l'intérieur une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. E A et Mme F A C.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 30 mars 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme F A C et à l'enfant Mohiuddin B A les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B E A et Mme D F A C une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. B E A, à Mme D F A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026