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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204269

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204269

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 avril 2022 et 28 juin 2024, Mme D C, représentée par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et la décision du 3 février 2022 portant rejet de son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la même date et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

* il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité habilitée ;

* la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

* elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

* elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, dès lors qu'elle justifie de son identité ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'apportant pas la preuve d'une fraude de reconnaissance de paternité et le père de sa fille contribuant à son entretien et à son éducation ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant rejet du recours gracieux :

* il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité habilitée ;

* elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Barès, premier conseiller,

- et les observations de Me Perrot, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante gabonaise née le 21 novembre 1995, entrée en France le 22 juin 2017, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 8 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, décision qu'il a confirmée le 3 février 2022 en rejetant le recours gracieux formé par l'intéressée. Mme C demande l'annulation de ces deux mesures au tribunal.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er septembre suivant, le préfet de ce département a habilité Mme A à signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit donc être écarté comme manquant en fait. Par ailleurs, les moyens critiquant les vices propres dont la décision de rejet d'un recours gracieux formé contre une décision administrative serait entachée sont inopérants à l'appui d'un recours dirigé contre ces décisions. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision du 3 février 2022 aurait été signée par une autorité ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué fait mention des motifs utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C. Par suite, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Et aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

7. En se bornant à produire un jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Nantes du 20 mai 2022, postérieur à la date de l'arrêté attaqué, Mme C n'établit pas que le père de sa fille contribuait de manière effective à l'entretien et l'éducation de son enfant. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d'appréciation à cet égard. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code précité doit être écarté.

8. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique aurait pris la même décision s'il s'était seulement fondé sur ce motif. Dès lors, les circonstances que la requérante justifierait de son identité et que la filiation paternelle de sa fille ne serait pas sérieusement remise en cause sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

9. En cinquième lieu, Mme C, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement soulever un moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions par le préfet de la Loire-Atlantique, qui n'a pas examiné d'office son applicabilité.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En outre, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Mme C se prévaut de sa présence en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle y est entrée, accompagnée de son fils né en 2015, au moyen d'un visa de court séjour dont elle n'a pas respecté le terme et s'y est maintenue en situation irrégulière depuis lors. Par ailleurs, si elle soutient disposer de solides attaches familiales en France, où est née sa fille, ressortissante française, en 2018, elle n'en justifie pas, par la seule scolarisation de ses enfants en maternelle et en cours préparatoire, alors qu'elle a été hébergée par une association d'aide aux femmes victimes de violences après avoir quitté le logement de sa mère et de son beau-père, lequel a reconnu sa paternité sur sa fille et dont elle n'établit pas la contribution à l'entretien et l'éducation de l'enfant. Enfin, Mme C ne fait état d'aucune volonté d'insertion professionnelle. Dans ces conditions, elle n'établit pas qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

13. Eu égard aux circonstances de fait mentionnées au point 11, Mme C ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent. .

14. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Perrot et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

M. BARÈS

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

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