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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204312

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204312

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, Mme A C épouse B, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la décision ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale à raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C épouse B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne née le 6 mai 1984, est entrée en France le 9 juin 2017 munie d'un visa de court séjour valable du 1er juin 2017 au 24 juin 2017. Elle s'est mariée le 22 mai 2021 avec un compatriote titulaire d'une carte de résident. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 8 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, Mme C sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, entrée en France le 9 juin 2017 munie d'un visa de court séjour, s'est maintenue irrégulièrement en France au-delà de la durée de validité de son visa, sans chercher à régulariser sa situation, puis a épousé, le 22 mai 2021, M. B, ressortissant tunisien, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 14 septembre 2027. Alors que ce mariage est récent à la date de la décision attaquée, les pièces du dossier, et notamment l'attestation établie par M. B et les deux factures d'électricité daté de septembre 2019 et janvier 2021, sont insuffisantes pour justifier d'une communauté de vie antérieure au mariage. En outre, Mme C ne justifie pas d'attaches personnelles et familiales particulièrement intenses, anciennes et stables en France, bien qu'elle déclare y résider depuis 2017, ni d'éléments qui constitueraient un obstacle sérieux à la reconstitution de la cellule familiale en dehors du territoire français, et notamment en Tunisie, pays dont les époux ont tous les deux la nationalité. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".

5. Mme C fait valoir résider en France depuis juin 2017. Si elle justifie de la date d'entrée sur le territoire français, elle s'y est maintenue irrégulièrement sans chercher à régulariser sa situation. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que Mme C ne justifie d'aucun motif humanitaire ou circonstance exceptionnelle de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui été dit aux points 2 à 5 que l'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas établie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par voie de conséquence, l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En seconde lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été dit aux point 6 et 7 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par voie de conséquence, l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

S. DEGOMMIERLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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