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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204368

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204368

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 1er avril 2022, le 29 septembre 2022 et le 2 mars 2023, M. B C et Mme G J C, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants des enfants mineures F et G D C, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 9 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant des visas d'entrée et de long séjour à Mme G J C et aux enfants F et I D C, au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée ou s'il n'y est que partiellement fait droit, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'identité des demandeuses de visas et aux liens familiaux invoqués ;

- le motif de la décision attaquée tiré de l'absence de production du certificat de décès du troisième enfant des requérants manque désormais en fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte et s'en remet à la sagesse du tribunal en ce qui concerne la demande présentée sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que, par note diplomatique du 26 septembre 2022, il a donné instruction à l'autorité consulaire française à Dakar de délivrer les visas sollicités.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mars 2023 :

- le rapport de Mme Douet,

- et les observations de Me Pronost, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen, a obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugié. Des demandes de visas au titre de la réunification familiale ont été déposées pour Mme G J C et les jeunes F C et G D C qui se présentent comme son épouse et ses enfants. M. et Mme C demandent l'annulation de la décision en date du 9 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Dakar refusant les visas sollicités.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 7 juin 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. Le ministre de l'intérieur soutient avoir donné instruction, par note diplomatique du 26 septembre 2022 adressée à l'autorité consulaire française à Dakar, de délivrer les visas sollicités. Alors que les requérants soutiennent avoir vainement relancé cette autorité, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que les visas litigieux aient été délivrés. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense par le ministre de l'intérieur doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. ()". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Aux termes de l'article L. 434-1 du même code : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié () produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire./ En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

5. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien familial soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

6. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la réunification doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'une réunification partielle ne peut être autorisée à titre dérogatoire que si l'intérêt des enfants le justifie.

7. Pour rejeter les demandes de visas sollicités pour Mme G J C et les jeunes F C et G D C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée, d'une part, sur la circonstance que leur identité et leur lien familial avec le réfugié n'étaient pas établis et, d'autre part, sur l'absence d'acte de décès d'un troisième enfant mineur A et Mme C.

8. Pour justifier de son identité et pour établir son lien familial avec M. C, Mme G J C produit un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu par le tribunal de première instance de Conakry II après audience du 7 novembre 2016, la copie intégrale d'un acte de naissance n°4954 dressé en transcription de ce jugement supplétif, lequel mentionne que G J C est née le 28 décembre 1989 à Conakry, ainsi que son passeport. L'authenticité de ce jugement supplétif et le caractère probant du document d'état civil dressé en transcription ne sont pas contestés par le ministre de l'intérieur. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. C a signalé dans son formulaire de demande d'asile, renseigné en août 2012, sa relation de concubinage avec Mme G J C et la naissance en 2009 de leur enfant E H C. Dans ces conditions, l'identité de Mme G J C et son lien de concubinage stable et continu avec M. C, antérieur à la demande d'asile de ce dernier, doivent être regardés comme suffisamment établis. Les requérants produisent également des extraits d'actes de naissance aux noms de l'enfant F C, née le 1er juin 2016, et de l'enfant G D C, née le 1er février 2019, qui mentionnent que ces deux enfants ont pour parents B C, né en 1986, et G J C, née en 1989. En l'absence de toute contestation du ministre de l'intérieur relativement à ces documents d'état civil, ces derniers doivent être regardés comme établissant le lien de filiation allégué entre les enfants F et G D et le requérant. Par suite, en estimant que l'identité des demandeuses de visas et leurs liens familiaux avec M. C n'étaient pas établis, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions citées au point 4.

9. Les requérants versent au dossier un certificat de décès attestant que l'enfant E Bassirou C, né le 16 septembre 2009 à Conakry, est décédé le 3 mars 2021. Si ce certificat n'est pas assimilable à un acte de décès, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration, qui ne conteste pas la réalité du décès de cet enfant, aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le second motif rappelé au point 7.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 9 mars 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas de long séjour sollicités, dans le délai d'un mois à compter de sa notification. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné au point précédent, une astreinte de 30 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pronost renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande A C d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 9 mars 2022 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités par Mme G J C et les jeunes F et G D C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 30 euros par jour de retard.

Article 4 : L'Etat versera à Me Pronost une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme G J C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

M.-A. RONCIERE

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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