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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204409

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204409

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 6 avril et 3 mai 2022, M. B A, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) à titre subsidiaire, d'abroger cet arrêté du 17 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de soixante-quinze euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, ce qui démontre un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside en France depuis le 12 avril 2018 et son épouse, avec laquelle il s'est marié le 3 mars 2021, est titulaire d'une carte de résidente en qualité de réfugiée ; il est également intégré professionnellement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision attaquée devra être abrogée ; il peut en effet, à la date d'introduction de la requête, bénéficier de plein droit du bénéfice des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision attaquée devra être abrogée ; il peut en effet, à la date d'introduction de la requête, bénéficier de plein droit des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet s'est senti lié par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 7 mars 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 12 décembre 1984, déclare être entré sur le territoire français le 12 avril 2018 afin d'y demander l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 octobre 2018, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 avril 2019. Il a ensuite sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de réfugié. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée du 17 novembre 2021 vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels elle a été prise et fait notamment référence aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle du requérant et notamment le fait qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français lui a été opposée le 5 juin 2019, que le mariage dont il se prévaut a été célébré depuis moins d'un an, qu'il déclare vivre en France depuis moins de 4 ans et que ses parents et ses quatre enfants mineurs résident en Mauritanie. La décision attaquée comporte, ce faisant, les considérations de fait et de droit qui lui servent de fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne sont pas fondés et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () " Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si M. A soutient qu'il réside en France depuis plus de trois ans et demi à la date de la décision attaquée, il ne conteste pas s'être maintenu en situation irrégulière à compter de l'édiction, le 5 juin 2019, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, s'il se prévaut de son mariage, le 5 mars 2021, avec une de ses compatriotes, titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugiée, cette union précède la décision attaquée d'une courte durée de huit mois et M. A n'établit pas l'ancienneté de la communauté de vie avec cette personne antérieurement au mariage. En outre, si le requérant se prévaut de son intégration par le travail en versant aux débats des bulletins de salaire et une promesse d'embauche en contrat de travail à durée indéterminée (CDI) en qualité plongeur, il est constant que cette activité professionnelle n'a pas donné lieu à une autorisation de travail. Enfin, M. A ne justifie pas avoir noué en France des liens particulièrement intenses, anciens et stables, ni davantage être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a au moins vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Dans ces conditions, le refus de séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté préfectoral du 17 novembre 2021 se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. Or, comme cela a été dit au point 3 ci-dessus, cet arrêté vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels il a été pris et mentionne les éléments de fait propres à la situation personnelle du requérant. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus que l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il ressort des termes du dossier que la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui lui servent de fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 11 du présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dans sa rédaction alors en vigueur : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'une mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un étranger un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne, soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités du pays de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

15. Si le requérant, qui, au demeurant, ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il se trouverait personnellement et directement exposé à un risque réel pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, soutient que le préfet se serait senti lié par les décisions de rejet prises par l'OFPRA puis la CNDA, il ne l'établit pas et cela ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le préfet l'a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Ses conclusions à fin d'annulation doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'abrogation juridictionnelle :

17. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité du préfet l'abrogation des décisions litigieuses et qu'il entendrait contester le refus qui lui aurait été alors opposé. Par ailleurs, ce n'est que dans le cas où est demandée à titre principal l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte réglementaire, que le juge peut être saisi de conclusions subsidiaires tendant à l'abrogation de celui-ci. Tel n'est pas le cas des décisions attaquées qui sont des décisions individuelles.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'abrogation des décisions du 17 novembre 2021 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation et les conclusions à fin d'abrogation juridictionnelle, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il convient donc de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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