vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2022 et le 23 septembre 2022, Mme J M I, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante de l'enfant mineure L E B, représentée par Me Regent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 8 septembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Bangui (Centrafrique) refusant un visa d'entrée et de long séjour à l'enfant L E B au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Regent, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la procédure de réunification des membres de familles de réfugié ; le lien de filiation est établi par un acte d'état civil et par des éléments de possession d'état ; l'administration ne pouvait opposer la rupture du principe d'unité familiale dans la mesure où le père de l'autre enfant mineure refuse de confier la garde de sa fille ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme M I ne sont pas fondés.
Mme M I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2022 :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Regent, représentant Mme M I.
Considérant ce qui suit :
1. Mme M I, ressortissante centrafricaine a obtenu la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 février 2015. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté la demande de visa formulée pour l'enfant C E B, qu'elle présente comme sa fille, au titre de la réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui vise les articles L. 311-1, L. 434-3, L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondée sur le caractère non établi du lien de filiation et sur la rupture du principe d'unité familiale. La commission a notamment relevé que les déclarations successives de Mme M I quant à la composition de sa famille n'étaient pas cohérentes, que l'hôpital communautaire de Bangui avait démenti la naissance au sein de cet établissement de l'enfant C E B le 1er février 2011 et qu'aucune demande de visa n'avait été déposée pour la seconde enfant mineure de Mme M I.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables () ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié () produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire./ En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 434-1 du même code : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Aux termes de l'article L. 434-3 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux " et aux termes de l'article L. 434-4 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ".
5. Ainsi, il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, auxquelles l'article L. 561-4 renvoie expressément, que l'enfant du réfugié dont l'autre parent ne sollicite pas en même temps que lui un visa de long séjour sur le fondement des dispositions du 1° ou du 2° de cet article a droit à la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale pourvu que soient remplies les conditions fixées par les articles L. 434-3 ou L. 434-4. Il s'ensuit que l'enfant, mineur de dix-huit ans, souhaitant rejoindre son parent réfugié sans son autre parent, bénéficie de plein droit de la délivrance d'un visa de long séjour soit lorsque son autre parent est décédé ou déchu de l'autorité parentale, soit s'il a été confié à son parent réfugié ou au conjoint de ce dernier en exécution d'une décision d'une juridiction étrangère et est muni de l'autorisation de son autre parent.
6. Pour établir le lien de filiation entre Mme M I et l'enfant C E B, a été produit à l'appui de la demande de visa une copie intégrale d'un acte de naissance dressé le 4 février 2011 à Bangui faisant état de la naissance le 1er février 2011 de C E B, née de Nadège Leticia M I et Joël Beni B. Le ministre de l'intérieur soutient que cet acte ne peut être regardé comme authentique dès lors, d'une part, qu'il porte la mention d'une déclaration conjointe par Mme M I et le père de l'enfant en 2011 alors qu'à cette date Mme M I, qui n'a justifié de son identité devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par un jugement supplétif établi le 4 novembre 2014, était nécessairement dépourvue d'acte de naissance et que la pratique des officiers d'état civil s'oppose normalement à ce qu'un acte soit dressé sur la déclaration d'une personne ne justifiant pas de son identité et que, d'autre part, les déclarations de Mme M I sur la naissance de l'enfant à l'hôpital communautaire de Bangui sont contredites par cet établissement. Enfin, il ressort des pièces du dossier que si Mme M I a déclaré être la mère de quatre enfants, dont L E B, elle reconnait dans ses écritures avoir déclaré à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une filiation paternelle erronée en ce qui concerne les enfants K D I F et H G, nés les 24 janvier 2006 et 31 mars 1999. Il ressort des écritures de la requérante que ses enfants sont nés de quatre relations différentes. Toutefois, les déclarations contradictoires de Mme M I à l'OFPRA ne concernent pas la filiation maternelle et paternelle de la demanderesse de visa. Par ailleurs, en admettant même que l'enfant C E ne soit pas née à l'hôpital communautaire de Bangui, cette circonstance ne permet pas, en l'espèce de tenir pour non établie la filiation mentionnée dans l'acte de naissance dressé le 4 février 2011 et dans le jugement d'attribution d'autorité parentale rendu le 17 décembre 2020 par le tribunal de grande instance de Bimbo (Centrafrique) qui admet la filiation de l'enfant telle que déclarée dans l'acte de naissance de l'enfant C susmentionné. Enfin, la circonstance que Mme M I soit désignée comme déclarante sur cet acte de naissance alors même qu'elle n'aurait pas eu, à cette date un document d'état civil, ne suffit pas à retirer, dans les circonstances particulières de l'espèce, toute force probante à l'acte de naissance litigieux. Par suite, c'est par une inexacte appréciation des faits de l'espèce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté la demande de visa au motif que le lien de filiation n'était pas établi.
7. Si la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a également fondé sa décision sur la circonstance que la demande de réunification partielle entrainait la rupture du principe d'unité familiale, il ressort des pièces du dossier que les jeunes D et C E sont nées de pères différents et il n'apparait pas clairement qu'elles vivraient dans le même foyer, le père de l'enfant D, s'opposant, selon Mme M I, au départ de sa fille. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le regroupement familial partiel pouvait être autorisé au regard de l'intérêt des enfants. Par suite, le moyen, tiré par Mme M I, de ce que le second motif de la décision attaquée est entaché d'erreur d'appréciation doit être accueilli.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme M I est fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement implique, eu égard aux motifs d'annulation retenus, que le ministre délivre un visa de long séjour à la jeune C E. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de délivrer le visa demandé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Mme M I a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Regent renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 8 septembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Regent une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme J M I, à Me Regent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La présidente-rapporteure,
H. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
M.-A. RONCIERE
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026