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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204486

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204486

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, M. B A, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant qu'en dépit des documents produits, il ne justifiait pas de son identité ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne prenant pas en compte le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation ainsi que sa bonne intégration dans la société française ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien déclarant être né le 5 août 2003, est entré irrégulièrement en France le 21 février 2019, à l'âge, selon son état civil, de 15 ans. Par une ordonnance de placement provisoire du 21 février 2019, confirmée par un jugement en assistance éducative du 26 février 2019, M. A a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Maine-et-Loire. A compter du 18 juillet 2019, et jusqu'à sa majorité, M. A a été placé sous la tutelle du président du conseil départemental de Maine-et-Loire. Par la suite, il a bénéficié d'un contrat d'accueil provisoire jeune majeur. Le 23 septembre 2021, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mars 2022, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/ 1° Les documents justifiants de son état civil ; (..) ". Aux termes de l'article L. 811-2 de ce code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Enfin aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

3. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour formulée par M. A sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire a considéré, en se fondant sur l'analyse, réalisée par les services de la police aux frontières, des documents produits par l'intéressé, à savoir un extrait conforme d'un jugement supplétif d'acte de naissance établi le 18 décembre 2018, un acte de naissance et un extrait d'acte de naissance du 24 septembre 2018 ainsi qu'une carte nationale d'identité, que si M. A justifiait du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, il ne justifiait toutefois pas, au vu des documents produits, de son identité. Il en a déduit que M. A ne remplissait manifestement pas les conditions de délivrance posées par les articles L. 423-22 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obtention du titre de séjour correspondant.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'acte de naissance et l'extrait d'acte produits par M. A, datés du 24 septembre 2018, font référence au jugement supplétif daté du 18 décembre 2018. Ainsi, ce jugement aurait été transcrit dans les registres d'état civil trois mois avant d'avoir été rendu. M. A n'apporte aucune explication sur cette anomalie. S'il a produit ensuite un extrait du même jugement supplétif et un acte de naissance établi dans un autre centre d'état civil que le précédent, l'incohérence des dates subsiste. Si M. A s'est fait délivrer une carte d'identité consulaire le 6 décembre 2021 par l'ambassade du Mali en France, laquelle est supposée avoir vérifié au préalable l'état civil de l'intéressé, il n'apporte aucune preuve de ce que cette carte d'identité n'aurait pas été établie au vu des actes de naissance mentionnés ci-dessus, entachés d'une irrégularité non expliquée. Dans ces conditions le préfet de Maine-et-Loire a pu considérer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que les documents d'état civil présentés par le requérant présentaient un caractère apocryphe et qu'ainsi, l'intéressé ne justifiait pas de son état civil. Eu égard, dès lors, à l'impossibilité pour M. A de démontrer avoir été confié au service de l'aide sociale à l'enfance avant son âge de seize ans, le préfet a pu, pour ce seul motif, rejeter légalement la demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circonstance non contestée que l'intéressé justifie avoir suivi une formation de façon réelle et sérieuse étant sans incidence à cet égard.

6. En second lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire de demande de délivrance de titre de séjour renseignée par M. A, que ce dernier, en indiquant " mineur confié à l'ASE avant 16 ans " comme unique motif de sa demande, doit être regardé comme ayant sollicité un titre de séjour sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne justifie pas avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du même code. Il ne peut, par suite et en tout état de cause, utilement soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions de cet article.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, opposée à M. A, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A, célibataire et sans enfant, n'était présent en France que depuis seulement trois ans. S'il fait valoir qu'il a bénéficié d'un contrat d'accueil provisoire jeune majeur et été scolarisé dès son arrivée en France, il ne justifie pas avoir noué en France des liens personnels d'une particulière ancienneté, intensité et stabilité. En outre il n'établit pas être dépourvu de tous liens avec son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, opposées à M. A, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de ces décisions pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant fixation du pays de destination.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 16 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

14. D'autre part, les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme dont le requérant demande le versement au profit de son avocat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

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