jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SEGUIN & KONRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, et un mémoire, enregistré le 11 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Denis Seguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 17 mars 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Seguin en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le motif tiré du défaut de justification de son identité est entaché d'erreur d'appréciation ;
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette mesure d'éloignement n'est pas suffisamment motivée concernant la mise en œuvre de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle méconnait cet article ;
- dans la mesure où le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont illégaux, la décision fixant le pays de destination est illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 23 janvier 2023.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 30 mai 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 mars 2023 à partir de 9h20.
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant se présente sous l'identité de M. C A. Il indique être un ressortissant de nationalité guinéenne et être né le 24 juin 2003. Il est entré en France le 5 novembre 2018. Il a été pris en charge, au titre de l'aide sociale à l'enfance, à compter du 7 novembre 2018. La tutelle de l'intéressé a été ultérieurement confiée, par la juridiction judiciaire, au président du conseil départemental de Maine-et-Loire. Le 23 septembre 2021, M. A a saisi le préfet de ce département d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de l'intéressé en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance () au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil () sur son insertion dans la société française ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 17 mars 2022 que, pour rejeter la demande tendant à la délivrance de la carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette autorité a estimé que seule la condition tenant à la justification de son identité, en particulier de sa date de naissance, n'était pas remplie par le demandeur.
4. A l'appui de sa demande de titre de séjour, le requérant, pour justifier des éléments de son état civil, a produit un jugement supplétif d'acte de naissance n° 9789 du 25 novembre 2020 rendu par le tribunal de première instance de Conakry III - Mafanco, indiquant que M. C A est né le 24 juin 2003 de la relation entre M. B A et Mme E, ainsi qu'un extrait du registre de l'état civil de la commune de Matoto (Ville de Conakry) faisant état d'une transcription, sous le n° 833, de ce jugement supplétif, intervenue le 15 janvier 2021.
5. Il résulte de l'article 47 du code civil, auxquelles renvoie l'article L. 811-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un tel acte, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Par ailleurs, il appartient à l'autorité administrative française de tenir compte sauf à ce qu'il ait fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international, d'un jugement supplétif dont la transcription est assurée par un acte d'état civil.
6. Pour remettre en cause la force probante, au sens de l'article 47 du code civil, des documents produits par le demandeur pour justifier de son état civil, le préfet de Maine-et-Loire a indiqué que l'intéressé avait, lors de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance en novembre 2018, présenté une première série de documents d'état civil, formée également d'un jugement supplétif d'acte de naissance et d'un acte de transcription de ce jugement dans les registres de l'état civil, qui ont été considérés par les services de la police aux frontières de la Loire-Atlantique, dans des rapports du 9 novembre 2018, comme "irrecevables () en raison notamment d'incohérences avec le droit national". L'autorité préfectorale, s'agissant de la seconde série de documents d'état civil produits, correspondant à ceux mentionnés au point 4, s'est de nouveau appuyé sur les conclusions de l'analyse documentaire mené par les services de la police aux frontières de la Loire-Atlantique, lesquels ont, dans leurs rapports du 17 juin 2021, de nouveau estimé que ces documents n'étaient pas recevables au regard de l'article 47 du code civil. Le préfet relève ainsi, d'une part, que le numéro d'enregistrement de l'acte de transcription dans les registres de l'état civil diffère de celui de l'acte de transcription précédemment produit, d'autre part, que les témoins entendus par le tribunal ayant rendu le jugement supplétif sont les mêmes que ceux apparaissant dans le jugement supplétif de 2018 alors que leur âge ne varie pas. Dans son mémoire en défense, le préfet de Maine-et-Loire ajoute que les documents d'état civil produits méconnaissent les articles 184 et 185 du code civil guinéen et "55 du code de procédure civile et économique" et insiste sur la coexistence, pour la même personne, de deux jugements supplétifs d'acte de naissance et de deux actes de transcription distincts sur le registre de la même commune et sous des références différentes.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'avant de produire les documents d'état civil évoqués au point 4, le requérant avait présenté, afin de justifier de son identité pour être pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, un jugement supplétif d'acte de naissance n° 13270 du 10 octobre 2018 rendu par le tribunal de première instance de Conakry III - Mafanco et un extrait du registre de transcription, sous le n° 13270, au sein des services d'état civil de la commune de Matoto (Ville de Conakry) de ce jugement supplétif, cette transcription étant intervenue le 22 octobre 2018. La force probante de ces documents d'état civil ayant été remise en cause par les services de la police aux frontières de la Loire-Atlantique, le préfet de Maine-et-Loire ne saurait sérieusement opposer au requérant la circonstance qu'il ait sollicité de nouveau le tribunal de première instance de Conakry III - Mafanco afin d'établir un nouveau jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, aucune pièce du dossier ne permettant par ailleurs d'établir qu'une telle pratique serait contraire au droit guinéen. Par ailleurs, la circonstance que les jugements supplétifs des 10 octobre 2018 et 25 novembre 2021 mentionnent, chacun, que l'état civil du demandeur a été reconstitué au regard des deux mêmes témoins dont l'âge est identique d'un jugement à l'autre alors que ces jugements ont été rendus à trois ans d'intervalle ne permet pas d'établir que le second jugement aurait un caractère frauduleux de sorte que le préfet de Maine-et-Loire ne peut mettre en doute le bien-fondé de cette décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère. Contrairement à ce que soutient encore le préfet, la circonstance que les actes de transcription des jugements supplétifs aient été, chacun, inscrits dans le registre d'une année différente et sous un numéro différent n'est pas constitutive d'une anomalie. Au contraire, elle est cohérente dès lors que la transcription d'un jugement supplétif s'opère dans les registres de l'année en cours à la date de la présentation du jugement supplétif auprès de l'officier d'état civil, les registres d'état civil d'une année donnée étant clos à la fin de chaque année civile. Enfin, si le préfet de Maine-et-Loire soutient que les documents d'état civil produits méconnaissent les articles 184 et 185 du code civil guinéen et "55 du code de procédure civile et économique", ils ne précisent pas davantage les irrégularités qu'il entend relever de sorte que celles-ci ne sont, en tout état de cause, pas établies. Dans ces conditions, par la production combinée du jugement supplétif n° 9789 tenant lieu d'acte de naissance du 25 novembre 2020 rendu par le tribunal de première instance de Conakry III - Mafanco, indiquant que M. C A est né le 24 juin 2003 de la relation entre M. B A et Mme E, ainsi qu'un extrait du registre de l'état civil de la commune de Matoto (Ville de Conakry) faisant état de la transcription, sous le n° 833, de ce jugement supplétif, intervenue le 15 janvier 2021, le requérant justifie de son identité. Ainsi, le motif tiré de l'absence de justification de cette identité par le demandeur et de ce qu'il a bien été confié à l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans est entaché d'erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que le refus de séjour opposé à M. A est entaché d'illégalité. Comme le soutient le requérant, l'illégalité de ce refus de séjour prive de base légale la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'illégalité de cette décision conduit également à priver de base légale la décision fixant son pays de destination. M. A est dès lors fondé à demander l'annulation de ces décisions opposées par l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 17 mars 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement annule la décision refusant la délivrance à M. A d'une carte de séjour temporaire dès lors que la seule condition, énoncée par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de Maine-et-Loire a considérée comme n'étant pas remplie par l'intéressé doit être au contraire regardée comme satisfaite. Par ailleurs, cette autorité reconnait que les autres conditions mentionnées par les dispositions précitées de cet article sont respectées en l'espèce. Dans ces circonstances, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement de circonstances serait intervenu depuis la décision annulée, le présent jugement implique nécessairement la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" à M. A. En conséquence, il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer cette autorisation de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Seguin, son avocat, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cet avocat au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 17 mars 2022 à l'encontre de M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale".
Article 3 : L'Etat versera à Me Seguin la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026