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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204502

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204502

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL WELZER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Welzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle la commission de recours contre la décision de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du consulat général de France à Oran refusant de lui délivrer un visa de long séjour de retour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois.

Elle soutient que :

- la décision de la commission n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision viole les articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante marocaine née le 22 juin 1971, a sollicité le 1er septembre 2021 auprès des autorités consulaires françaises à Oran (Algérie), la délivrance d'un visa dit de " retour " qui lui est refusé le 23 septembre 2021. Le 22 novembre 2021, elle forme un recours auprès de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Le 2 février 2022, la commission a rejeté son recours contre cette décision consulaire et confirmé le refus de visa. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 411-1 et l'article 9 alinéas 2 et 3 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et indique que pour refuser de délivrer à Mme C A le visa de long séjour sollicité, la commission s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressée ne justifie pas de droit au séjour et ne peut utilement solliciter un visa de long séjour dit de " retour ". Ces éléments de droit et de fait sont suffisants pour considérer que la décision en litige est suffisamment motivée. Ce premier moyen ne peut donc qu'être écarté.

3.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article L. 312-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour () sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. ". Enfin, aux termes de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ".

4.Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

5.Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 18 août 2019 sous couvert d'un visa de court séjour pour accomplir des démarches judiciaires. Le 4 novembre 2019, elle s'est vu délivrer par le préfet des Vosges une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 5 mai 2020 le temps de la procédure pénale liée au décès de son fils. Le 22 novembre 2019, elle a quitté la France pour rentrer en Algérie. Par suite, à la date du 1er septembre 2021 du dépôt de sa demande de visa dit " de retour ", l'autorisation provisoire de séjour de Mme A n'était plus valide. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur de fait ou qu'elle a procédé à une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant le visa sollicité au motif que Mme A ne disposait pas d'un droit au séjour à la date de sa demande.

6.En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7.Si Mme A fait valoir sa volonté de se rendre en France pour se recueillir sur la tombe de son fils dramatiquement décédé, il est constant que la décision attaquée se borne à constater, ainsi qu'il a été dit au point 5 que l'intéressée ne pouvait prétendre à un visa de long séjour dit "de retour " en l'absence de titre de séjour valide au moment de sa demande de visa. Toutefois, ainsi que le fait valoir le ministre en défense, Mme A peut parfaitement solliciter un visa de court séjour auprès des autorités consulaires pour se rendre en France aux fins indiquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8.En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits ou obligations de caractère civil, soit du bien fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ". Ces stipulations n'étant applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits ou obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale et non aux procédures administratives, le moyen tiré de la violation par la commission de recours, lorsqu'elle réexamine une demande de visa, des stipulations sus énoncées ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9.Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

Le rapporteur,

P. B

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LEGOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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