mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204518 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DAHANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, M. D B, représenté par Me Dahani, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 février 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir de manière rétroactive le bénéfice les conditions matérielles d'accueil ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 700 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision ait été prise par une autorité compétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant l'intervention de la décision attaquée, en méconnaissance de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les dispositions du 3° du 1 de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où l'OFII n'a pas établi qu'il aurait manqué à ses obligations en s'abstenant de se présenter aux autorités ;
- l'OFII n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît le paragraphe 5 de l'article 20 de la directive " accueil ", compte tenu de la situation de vulnérabilité dans laquelle il se trouve.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- en application des articles L. 551-11 et L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant n'est plus éligible au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Par des observations, enregistrées le 9 décembre 2024, M. B, représenté par Me Dahani, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/22/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 5 mai 1993, est entré en France en avril 2021 et y a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure " Dublin " le 28 avril 2021 et il a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 7 juillet 2021, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert vers l'Italie, pays responsable de sa demande d'asile. Le recours de M. B contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Nantes du 26 juillet 2021 et l'appel interjeté par M. B contre ce jugement a été rejeté par un arrêt de la Cour administrative de Nantes du 21 janvier 2022. Le 24 janvier 2022, M. B ne s'est pas présenté à l'embarquement de son vol à destination de Rome en vue de l'exécution de son transfert vers l'Italie et a fait l'objet d'une déclaration de fuite par les services préfectoraux. Par un courrier du 27 janvier 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informé de son intention de cesser le versement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 15 février 2022, dont M. B demande l'annulation, l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil.
2. Par une décision du 3 juin 2021, le directeur général de l'OFII a donné à Mme A C, directrice territoriale de l'OFII à Nantes, délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux missions de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. La décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.
4. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'un entretien personnel de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel entretien ne peut qu'être écarté. De plus, compte tenu notamment de la tenue d'un tel entretien et de la motivation de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de sa vulnérabilité.
5. Aux termes de l'article L. 553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".
6. Par ailleurs, aux termes de l'article D. 553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 551-9 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 521-7. / Lorsque le droit au maintien a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et que l'attestation de demande d'asile a été retirée ou n'a pas été renouvelée par l'autorité administrative, en application de l'article L. 542-3, l'allocation pour demandeur d'asile est versée jusqu'aux termes prévus à l'article L. 551-14 ". Aux termes de l'article D. 553-24 de ce code : " Le versement de l'allocation prend fin dans les cas suivants : / () 3° A compter de la date à laquelle l'attestation de demande d'asile a été retirée par l'autorité administrative ou n'a pas été renouvelée en application de l'article R. 573-2 ".
7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les demandeurs d'asile ne peuvent percevoir l'allocation pour demandeurs d'asile que s'ils sont titulaires d'une attestation de demande d'asile en cours de validité.
8. L'OFII fait valoir en défense que le requérant ne pouvait pas bénéficier des conditions matérielles d'accueil en application des dispositions de l'article D. 553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne disposait plus, depuis le 10 février 2022, d'une attestation de demande d'asile en cours de validité et doit, ainsi, être regardé comme demandant que ces dispositions soient substituées, comme base légale de la décision attaquée, aux dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du même code.
9. Il ressort en effet des pièces du dossier que M. B ne disposait plus, depuis le 10 février 2022 d'une attestation de demande d'asile en cours de validité, le non-renouvellement de l'attestation de demandeur d'asile de l'intéressé ne pouvant en l'espèce être regardé comme imputable à l'administration. L'intéressé entrait ainsi dans un cas dans lequel il pouvait être mis fin à ses conditions matérielles d'accueil en raison d'un défaut d'attestation de demande d'asile. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale et de motifs demandée par l'OFII en défense, qui n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, eu égard au même pouvoir d'appréciation de l'administration pour appliquer les articles L. 511-16, D. 553-1 et D. 553-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée étant légalement fondée sur les dispositions précitées des articles D. 553-1 et D. 553-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 551-18 de ce même code ne peut qu'être écarté comme inopérant.
11. En tout état de cause, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".
12. M. B fait valoir qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité compte tenu de son absence de ressource et de la gravité de son état de santé. Toutefois, les éléments médicaux versés au dossier, dont l'acuité concerne, non la pathologie pulmonaire contractée en Guinée qui a donné lieu à une hospitalisation du 30 avril au 14 mai 2021, mais des douleurs lombaires par ailleurs traitées à la date de la décision attaquée notamment par un seul suivi de kinésithérapie et de rhumatologie, ne suffisent, en dépit de la précarité de sa situation, à justifier d'une situation de particulière vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait, en tout état de cause, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
13. M. B ne saurait utilement invoquer la méconnaissance par la décision attaquée des dispositions du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive n° 2013/22/UE du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, cette directive ayant été entièrement transposée en droit interne.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et à Me Dahani.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
S. THOMAS
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026