mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204535 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, Mme E B épouse A, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale d'Aminata B, d'Aissatou Sylla Bah, de Mariam A, de Kadiatou A et d'Abdoulaye A, représentée par Me Régent, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone refusant de délivrer des visas d'entrée et de long séjour à Aminata B et à Aissatou Sylla Bah au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Régent en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen des demandes ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'erreurs de droit concernant l'inéligibilité des demandeuses à la procédure de réunification familiale et compte tenu du fait que l'administration s'est crue, à tort, placée en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant les identités et le lien de filiation les unissant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022 :
- le rapport de Mme D, rapporteuse,
- et les conclusions de M. Barès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B épouse A, ressortissante guinéenne, réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de résidente en qualité de mère de Mariam A et de Kadiatou A, nées le 8 avril 2017 et le 19 février 2019, lesquelles se sont vu reconnaître la qualité de réfugiées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 octobre 2017 et du 19 octobre 2021. Mme B épouse A a demandé à l'autorité consulaire française à Conakry de délivrer des visas de long séjour à Aminata B et à Aissatou Sylla Bah, qu'elle présente comme ses filles, au titre de la réunification familiale. Cette autorité a rejeté sa demande. Par une décision du 17 novembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre du refus de l'autorité consulaire. Mme B épouse A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision du 17 novembre 2021.
2. Pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que : " - Les enfants C B et F B, dont les parents allégués résident en France, n'entrent pas dans le cadre du droit à la réunification familiale prévu par les dispositions de l'article L. 561-2 du CESEDA ; / - Par ailleurs, la production, au dossier et au recours, de deux actes de naissance pour chacune des demanderesses, ayant été établis à des dates différentes, dont certains tardivement, respectivement 13 ans et 7 ans après les évènements, portant des numérotations distinctes et comportant des incohérences, ne permet pas de donner à ces documents un caractère authentique et ne permet pas d'établir l'identité des demanderesses et partant, leur lien familial allégué avec la réunifiante. Leur production au dossier relève au surplus d'une intention frauduleuse ; () ".
3. En premier lieu, la décision en litige mentionne les dispositions des articles L. 311-1, L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que le visa sollicité a été refusé au motif que les demandeuses ne sont pas éligibles à la procédure de réunification familiale compte tenu de la présence de leurs parents allégués en France, et ajoute que les identités et le lien familial allégués ne sont, en tout état de cause, pas établis. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A l'appui de ce moyen, la requérante ne saurait, en outre, utilement contester le bien-fondé des motifs de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de recours, qui a notamment examiné la situation des demandeuses au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, se serait crue à tort en situation de compétence liée pour refuser de délivrer les visas sollicités au motif que leur père et mère résident déjà en France. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être écarté.
5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'une enfant mineure non mariée réfugiée en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à la rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. La circonstance que l'un des deux parents réside déjà en France ne fait pas obstacle à la délivrance d'un visa de long séjour au profit de ces enfants s'il sont accompagnés par l'autre parent.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.
7. Tout d'abord, il est constant que les demandeuses disposent chacune de deux actes de naissance distincts, l'un établi dans le délai légal et l'autre suivant jugement supplétif. Mme B épouse A soutient toutefois, pour expliquer cette coexistence d'actes, avoir suivi les instructions des autorités consulaires françaises en produisant des actes d'état civil récents en version originale à l'appui des demandes de visas ainsi que celles des autorités guinéennes en vue de faire établir les passeports. Dans ces conditions, en l'absence de toute discordance existante entre les informations contenues dans les deux séries d'actes, et alors que le ministre ne démontre pas quelles dispositions du droit guinéen la requérante aurait méconnu en produisant des jugements supplétifs superfétatoires aux informations concordantes, cette coexistence d'actes ne permet pas de caractériser l'existence d'une situation frauduleuse.
8. Ensuite, le jugement supplétif n° 1808 rendu le 12 mars 2020 par le tribunal de première instance de Conakry III concernant Aissatou Sylla Bah ne fait l'objet d'aucune critique de nature à démontrer son caractère frauduleux. Par ailleurs, la circonstance que le jugement n° 2598 rendu le 12 octobre 2020 par le tribunal de première instance de Labé concernant Aminata B a été établi tardivement n'est pas de nature à démontrer son caractère frauduleux ou contraire à la conception française de l'ordre public international compte tenu des caractéristiques inhérentes à ce type d'acte, dont la vocation est en principe d'établir l'identité juridique d'une personne qui ne disposerait pas d'éléments, d'ordre administratif ou juridique, suffisamment probants pour en justifier, et en l'absence de toute démonstration sur ce qui serait à même de faire obstacle à une telle temporalité en République de Guinée. Si Mme B épouse A ne conteste pas le constat opéré par l'administration s'agissant de la mention du père décédé depuis 2011 sur le jugement supplétif produit, ni n'apporte d'explication quant à ce constat, celui-ci ne suffit pas à établir que ce jugement serait frauduleux.
9. Dans ces conditions, l'identité des demandeuses et le lien de filiation les unissant à Mme B épouse A doivent être tenus pour établis par ces jugements. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne saurait utilement critiquer la valeur probante des actes de naissance pris en transcription de ce jugement, en faisant valoir qu'ils ont été établis tardivement. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
10. Toutefois, il est également constant que Mme B épouse A réside déjà en France. Dans ces conditions, en application des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les demandeuses, qui ne sont pas accompagnées, ne peuvent prétendre à la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'erreur de droit.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la décision litigieuse est fondée sur un motif légal et sur un motif illégal. Or il résulte de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif légal, tiré de ce que les demandeuses n'entrent pas dans le champ de la procédure de réunification familiale.
12. En quatrième et dernier lieu, la requérante n'expose pas d'éléments permettant d'apprécier concrètement les conditions de vie, privée et familiale, des demandeuses de visas. S'il est constant que les membres de la famille demeurent séparés depuis 2013, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'Aminata et Aissatou Sylla seraient isolées en Guinée où elles ont toujours vécu et où elles sont scolarisées. A cet égard, les justificatifs d'échanges par messagerie électronique et les bordereaux de transferts d'argent produits au dossier, tous adressés à des tiers et au demeurant particulièrement récents, ne suffisent pas à démontrer que Mme B épouse A prendrait en charge l'éducation et l'entretien des demandeuses de visas. Il est enfin constant que Mme B épouse A n'est pas, en droit, empêchée de rendre visite aux intéressées dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
La rapporteuse,
M. D
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026