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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204566

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204566

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantNGUIYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2022, Mme F A, agissant en qualité de représentante légale de Lauren César A et de Carine Stéphane H A, représentée par Me Nguiyan, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) refusant de délivrer des visas d'entrée et de long séjour aux enfants D A et E H A au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire procéder au réexamen des demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen des demandes ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A, ressortissante camerounaise, a obtenu le bénéfice du regroupement familial par une décision du préfet des Vosges du 22 novembre 2019 au profit de Lauren César A et de Carine Stéphane H A, qu'elle présente comme ses enfants. Elle a demandé à l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) de délivrer des visas d'entrée et de long séjour aux bénéficiaires du regroupement familial, laquelle a rejeté sa demande. Par une décision du 27 avril 2022, produite en défense, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre du refus de l'autorité consulaire. La requérante doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision du 27 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

3. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

4. Pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que " - Les actes de naissances des enfants D A et E H A, qui avaient déjà été produits pour les demandeurs en 2019, ne sont pas conformes à la législation locale (article 47 du Code civil camerounais et article 16 de l'ordonnance n°81-02 du 29/06/1981 portant organisation de l'état civil camerounais). Ces irrégularités leur ôtent tout caractère probant et ne permettent pas d'établir leurs identités et, partant, leur lien familial allégué avec la regroupante, Mme F A. La production de tels documents relève au surplus d'une intention frauduleuse ; / - Par ailleurs, Mme F A n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle a contribué ou contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation des enfants dont elle sollicite la venue en France, ni qu'elle leur apporterait un soutien affectif et qu'elle communiquerait régulièrement avec eux () ".

5. Le motif tiré de ce que la requérante n'établit pas contribuer à l'entretien et l'éducation des enfants ni qu'elle leur apporte un soutien affectif et régulier n'est pas au nombre des motifs d'ordre public susceptibles de justifier légalement le refus de délivrer un visa d'entrée et de long séjour au demandeur et à la demandeuse dont la venue en France a été autorisée au titre du regroupement familial et n'est ainsi pas de nature à fonder légalement la décision attaquée.

6. Pour justifier de l'identité du demandeur et de la demandeuse et du lien de filiation les unissant, Mme A produit la copie des actes de naissance originaux nos 074/2011 et 2013/CE7203/N/378 établis respectivement les 30 mai 2011 et 23 novembre 2013 par l'officier d'état civil du centre de Yaoundé 1er (Cameroun). Il est constant que la copie certifiée conforme à la souche, issue de la levée d'acte effectuée sur l'acte de naissance de Lauren César, mentionne deux noms différents. Pour autant, cette seule incohérence, qui peut s'expliquer par une erreur matérielle, ne permet pas de démontrer que la copie de l'original versée au dossier aurait, en l'absence d'anomalie, été falsifiée. En tout état de cause, la levée d'acte confirme les informations essentielles relatives à l'identité de l'enfant. Par ailleurs, les éléments dont se prévaut l'administration pour établir l'incohérence alléguée entachant la numérotation de l'acte de naissance de Carine Stéphane H A ne suffisent pas à démontrer son caractère inauthentique. Dans ces conditions, l'identité du demandeur et de la demandeuse de visas et leur lien de filiation avec Mme A doivent être tenus pour établis par les documents ainsi produits. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que la commission de recours a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants de la rejoindre au titre du regroupement familial.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Lauren César A et à Carine Stéphane H A les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer aux intéressés ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 27 avril 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Lauren César A et à Carine Stéphane H A les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

La rapporteuse,

M. C

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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