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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204639

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204639

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12eme chambre
Avocat requérantSCP D'ASSOMPTION - HUREAUX - POLETTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, M. B A, représenté par Me Hureaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 19 août 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre chargé des naturalisations de réexaminer sa demande de naturalisation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense du 18 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 25 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 19 août 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de naturalisation.

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

3. Pour rejeter la demande de naturalisation de M. A, le ministre s'est fondé sur la circonstance que le postulant avait fait l'objet d'une procédure pour violences volontaires par conjoint ou concubin avec incapacité totale de travail de moins de huit jours à Arles du 1er janvier 2000 au 5 novembre 2008, d'une autre procédure pour usage de fausses plaques d'immatriculation le 18 avril 2013 et qu'il faisait l'objet d'une procédure toujours en cours pour des faits de violences en réunion en date du 9 août 2019.

4. Il ressort des pièces du dossier que la troisième procédure mentionnée dans la décision attaquée a été classée sans suite, de surcroît avant l'édiction de la décision attaqué, en raison de l'insuffisante caractérisation de l'infraction, de sorte que la matérialité des faits à l'origine de cette procédure n'est pas établie. Par ailleurs, la première procédure mentionnée dans la décision attaquée a été classée sans suite au motif d'une mesure alternative aux poursuites pénales. Si la matérialité des faits relatifs aux première et deuxième procédures mentionnées est en revanche établie, les procédures ayant été classées sans suite en raison de, respectivement, une mesure alternative aux poursuites et la régularisation de l'infraction, l'absence de suites pénales, l'ancienneté des faits en cause à la date d'édiction de la décision attaquée et, s'agissant des faits d' usage de fausses plaques d'immatriculation, le degré de gravité de l'infraction, sont de nature à établir que le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur le comportement sujet à caution du requérant pour rejeter la demande de naturalisation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 février 2022 du ministre de l'intérieur.

6. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de naturalisation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions de la requête tendant à ce que ceux-ci soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent en revanche qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 février 2022 du ministre de l'intérieur est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de naturalisation de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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