mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204663 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUAUME LEPELLETIER ARIN PELLETIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril et 15 novembre 2022, M. E B, représenté par Me Arin, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 19 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'autorité consulaire française à F (République du Congo) du 13 octobre 2020 refusant de délivrer aux enfants H D A et G B des visas de long séjour en qualité d'enfants de ressortissant français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation concernant l'authenticité des documents d'état civil produits ;
- il bénéficie d'un jugement de délégation d'autorité parentale sur l'enfant H D A de la part de sa mère ;
- il justifie disposer de conditions d'accueil satisfaisantes pour les demandeurs de visa.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de la tardiveté de la saisine de la commission de recours, intervenue au-delà du délai raisonnable d'un an à compter de la notification des décisions consulaires ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est un ressortissant français né le 7 avril 1971. Des demandes de visa de long séjour en qualité d'enfant d'un ressortissant français ont été déposées pour ses deux enfants allégués, H D A B et G B, ressortissants congolais respectivement nés le 4 août 2010 et le 18 février 2016. Ces demandes ont été rejetées par des décisions de l'autorité consulaire française à F du 13 octobre 2020. Le recours formé contre ces refus consulaires devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 19 janvier 2022, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à ces décisions. M. B doit donc être regardé comme demandant l'annulation de la décision implicite du 19 janvier 2022.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable, lequel, sauf circonstances particulières, ne saurait excéder un an.
3. Les deux décisions consulaires comportent chacune, sous la mention du nom et de la qualité de leur auteure, outre la signature de cette dernière, le cachet du consulat ainsi qu'un tampon indiquant la date du 13 octobre 2020. Elles ne comportent toutefois ni le nom, ni la signature de la personne concernée ou de son mandataire à l'endroit prévu à cet effet, ne permettant ainsi pas d'établir la date de notification effective de ces décisions. Aucun autre élément présent au dossier ne permet d'établir la date de notification de ces décisions, ou même que M. B ou son mandataire en aurait eu connaissance depuis plus d'un an à la date d'enregistrement du recours devant la commission, le 19 novembre 2021.
4. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de ce que la saisine de la commission de recours ne serait pas intervenue dans le délai raisonnable d'un an doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Les autorités administratives chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
6. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.
7. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre que la décision attaquée est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'acte de naissance modifié de l'enfant Blaise E B n'a pas été présenté aux autorités consulaires qui n'ont pas pu l'identifier, et, d'autre part, de l'inauthenticité du jugement de délégation d'autorité parentale concernant l'enfant H D A B.
En ce qui concerne l'enfant Blaise E :
8. Pour établir l'identité et la filiation du demandeur de visa, le requérant produit notamment la copie intégrale de son acte de naissance n°630 certifiée conforme au registre, délivrée le 17 mars 2021. Ce document fait état de la naissance de l'enfant le 18 février 2016 et de son lien de filiation avec M. B, né le 7 avril 1971. Il comporte en marge la mention d'une rectification concernant l'identité du déclarant de la naissance, suivant décision du procureur de la République près le tribunal d'instance de Tié-Tié du 8 mars 2021, également produite à l'appui de la requête.
9. Dès lors, d'une part, qu'il appartient à la commission de recours de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments qui lui sont soumis, y compris ceux postérieurs au dépôt de la demande de visa, et de se placer à la date à laquelle elle statue pour apprécier la demande et, d'autre part, que les dispositions de l'article D. 312-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version alors applicable prévoient que les autorités diplomatiques ou consulaires fournissent à la commission, à sa demande, les informations utiles à l'examen du recours dont elle est saisie, le ministre ne saurait utilement faire valoir que les documents mentionnés au point précédent n'ont pas été présentés aux autorités consulaires. Ces documents permettent ainsi d'établir l'identité du demandeur de visa et son lien de filiation avec M. B.
En ce qui concerne l'enfant H D A :
10. Le requérant produit notamment l'acte de naissance de la demandeuse de visa, établi le 17 septembre 2010. Ce document, qui ne fait l'objet d'aucune critique de la part de l'administration, permet d'établir l'identité de l'enfant et son lien de filiation avec M. B. Seul le jugement de délégation d'autorité parentale en faveur de son père, également produit à l'appui de la requête, est contesté.
11. L'absence de jugement de délégation d'autorité parentale par l'autre parent ne constitue pas un motif susceptible de fonder le rejet de la demande de visa de long séjour présentée en qualité d'enfant étranger de ressortissant français, et n'est ainsi pas de nature à fonder légalement la décision attaquée. En tout état de cause, si le jugement de délégation d'autorité parentale produit, rendu le 26 février 2021 par le tribunal pour enfants de F, comporte effectivement une erreur concernant le nom du père de l'enfant dans le dernier paragraphe de la première page, cette anomalie ne suffit pas, à elle seule, à établir le caractère frauduleux de ce jugement.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
13. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à H D A B et Blaise E B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 19 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer aux enfants H D A B et G B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
Le rapporteur,
T. GUILLOTEAU
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026