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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204670

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204670

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 avril 2022 et le 7 octobre 2022, M. D A et Mme B E, représentés par Me Lietavova, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 4 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision en date du 7 décembre 2021 de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) rejetant la demande de visa d'entrée et de court séjour présentée par M. A ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer le visa sollicité, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de Me Lietavova, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il appartiendra au ministre de l'intérieur de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France qui s'est réunie le 4 mai 2022 était régulièrement composée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que M. A justifie de l'objet et des conditions de son séjour en France : il dispose des ressources suffisantes et sera hébergé ; il a remis aux autorités consulaires le certificat de non-opposition au mariage, le motif du séjour est de contracter un mariage et de retourner dans son pays de résidence afin d'obtenir un visa long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commission de recours s'est estimée en compétence liée par rapport à l'avis défavorable sur la demande de visa du préfet de la Réunion ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A et Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant marocain né le 20 avril 1993, a demandé la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour à l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) en vue de se marier avec Mme B E, ressortissante française. Cette autorité a rejeté sa demande le 7 décembre 2021. Par une décision implicite née le 24 février 2022 puis une décision explicite du 4 mai 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé à l'encontre de la décision de refus de l'autorité consulaire. M. A et Mme E demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, l'annulation de cette décision du 4 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance, il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées. En soutenant qu'il " appartiendra au ministre de démontrer que la commission de recours était régulièrement composée le jour de la séance du 4 mai 2022 " les requérants n'apportent pas les précisions de nature à permettre au tribunal d'apprécier la teneur du moyen. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal de séance produit par le ministre de l'intérieur, qu'à l'occasion de sa séance du 4 mai 2022, lors de laquelle a été délibérée la décision en litige du même jour, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était composée, outre son président, de l'ensemble des membres prévus par les dispositions de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir de représentants du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, du ministère de l'intérieur, de la juridiction administrative et du ministère chargé de l'immigration, dont les nom, prénom et date de nomination sont précisément indiqués dans ledit procès-verbal. Ainsi, elle était régulièrement composée. Le moyen tiré de la composition irrégulière de la commission ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée se réfère aux dispositions du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas et notamment aux articles L. 311-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle est fondée sur les motifs tirés d'une part, du fait que le certificat de non-opposition au mariage n'a pas été produit, que M. A ne justifie pas de ressources personnelles suffisantes, que les accueillants du demandeur de visa n'ont pas justifié de moyens financiers suffisants pour assumer son accueil et son entretien pendant le séjour et sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires compte tenu de la situation personnelle de M. A. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (CE) du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes dit " code frontières Schengen " : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours () les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes: () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens; () 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. / () L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. (). ". Aux termes de l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement qui prend la forme d'une attestation d'accueil, signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal. Cette attestation est validée par l'autorité administrative et constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée ". Aux termes de L. 313-2 de ce code, l'attestation d'accueil " est accompagnée de l'engagement de l'hébergeant de prendre en charge, pendant toute la durée de validité du visa ou pendant une durée de trois mois à compter de l'entrée de l'étranger sur le territoire des Etats parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, et au cas où l'étranger accueilli n'y pourvoirait pas, les frais de séjour en France de celui-ci, limités au montant des ressources exigées de la part de l'étranger pour son entrée sur le territoire en l'absence d'une attestation d'accueil ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'obtention d'un visa de court séjour est subordonnée à la condition que le demandeur justifie à la fois de sa capacité à retourner dans son pays d'origine et de moyens de subsistance suffisants pendant son séjour. Il appartient au demandeur de visa, dont les ressources personnelles ne lui assurent pas ces moyens, d'apporter la preuve de ce que les ressources de la personne qui l'héberge et qui s'est engagée à prendre en charge ses frais de séjour au cas où il n'y pourvoirait pas sont suffisantes pour ce faire. Cette preuve peut résulter de la production d'une attestation d'accueil validée par l'autorité compétente et comportant l'engagement de l'hébergeant de prendre en charge les frais de séjour du demandeur, sauf pour l'administration à produire des éléments de nature à démontrer que l'hébergeant se trouverait dans l'incapacité d'assumer effectivement l'engagement qu'il a ainsi souscrit.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne perçoit qu'un salaire mensuel net d'environ 3 600 à 4 500 dirhams marocains soit 332 à 420 euros par mois et qu'ainsi, il ne peut être regardé comme disposant de ressources personnelles suffisantes pour financer les frais liés à son séjour en France et à son retour dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a produit, à l'appui de sa demande de visa, une attestation d'accueil, établie par M. et Mme E, parents de la requérante, qui se sont engagés à l'héberger et prendre en charge les frais de son séjour. Le ministre fait valoir que les ressources des époux E sont insuffisantes pour supporter la prise en charge financière d'une personne supplémentaire. Il relève que leur foyer est composé de trois personnes avec un revenu fiscal de référence de 7 626 euros au titre de l'année 2020 et que Mme B E perçoit quant à elle une bourse d'études de 485 euros. Par suite, en l'absence d'éléments supplémentaires produits par les requérants, le ministre établit que M. A ne dispose pas des ressources suffisantes pour lui permettre d'assurer ses frais de voyage, d'entretien et d'hébergement pendant la durée de son séjour. Dans ces conditions en se fondant sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé, la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée et de séjour en France n'a pas fait une inexacte application des stipulations et des articles mentionnés au point 4.

7. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision, si elle s'était fondé uniquement sur ce seul motif, qui suffit à lui seul à justifier la décision attaquée. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision du 4 mai 2022 est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

8. En quatrième et dernier lieu, compte tenu du fait qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants ne pourraient pas se marier au Maroc, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A et Mme E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, Mme B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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