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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204676

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204676

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHOUMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, M. B C, représenté par

Me Thoumine, demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de

1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par un autorité dûment habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin qui a établi le rapport médical sur son état de santé n'a pas siégé au sein du collège des médecins qui a émis l'avis dont la partie adverse se prévaut ; le caractère collégial de l'avis n'est pas démontré ; il n'est pas établi que l'avis a été rendu par le collège de médecins dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le défaut de prise en charge médicale entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le principe à valeur constitutionnelle de respect de la dignité, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations des articles 3, 6 et 11 de la convention relative aux droits de personnes handicapées du 20 mars 2010 ; elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par un autorité dûment habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin qui a établi le rapport médical sur son état de santé n'a pas siégé au sein du collège des médecins qui a émis l'avis dont la partie adverse se prévaut ; le caractère collégial de l'avis n'est pas démontré ; il n'est pas établi que l'avis a été rendu par le collège de médecins dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte excessive au respect de sa vie privée ;

- elle méconnaît le principe à valeur constitutionnelle de respect de la dignité, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations des articles 3, 6 et 11 de la convention relative aux droits de personnes handicapées du 20 mars 2010 ; elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

15 mars 2022.

Des pièces ont été produites par le préfet de la Loire-Atlantique et enregistrées les 13 et 20 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention relative aux droits des personnes handicapées ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 12 mai 1991 à Oujda (Maroc), de nationalité marocaine, a déclaré être entré sur le territoire le 13 mars 2020 sans en apporter la preuve. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 décembre 2021 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté a été signé par Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, à laquelle le préfet a, par arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit ainsi que des éléments de fait tirés de la situation personnelle et familiale du requérant, qui en constituent le fondement. La décision contestée est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. /L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. /Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays () ".

6. Pour refuser d'admettre au séjour M. C, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 7 septembre 2021 qui indique que, si l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. D'une part, il résulte des dispositions citées au point 5 que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle à laquelle ne prend pas part le médecin ayant établi le rapport médical préalable. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège des médecins de l'OFII 7 septembre 2021 et de son bordereau de transmission, produits par le préfet, que le médecin de l'OFII, auteur du rapport médical qu'il a transmis au collège des médecins de l'OFII, n'a pas siégé au sein de ce collège, composé de trois autres docteurs régulièrement désignés. Par ailleurs, lorsque l'avis médical revêt comme en l'espèce, la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. Or, M. C n'apporte aucun élément permettant de douter du caractère collégial de l'avis médical ainsi rendu. Enfin, si les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que l'avis du collège de médecins de l'OFII est rendu dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux adéquats, le respect de ce délai n'est pas prescrit à peine de nullité. Le dépassement de ce délai n'a pas privé le requérant d'une garantie et n'a pas exercé d'influence sur le sens de la décision du préfet. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'irrégularité de la procédure suivie devant l'OFII.

8. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. Par ailleurs, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Il ressort des pièces produites par le requérant que celui-ci présente, depuis la petite enfance, un tableau neurologique associant un syndrome cérébelleux statique et cinétique et un syndrome tétra-pyramidal avec troubles dystoniques, se traduisant par un handicap moteur lourd et invalidant. Si l'intéressé fait valoir que cette pathologie, en raison de laquelle la MDPH de Loire Atlantique lui a reconnu un taux d'incapacité compris entre 50 et 80%, nécessite un traitement approprié, constitué de séances de rééducation et d'ergothérapie, il se borne à soutenir, sans l'établir, que l'arrêt de ce traitement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ces éléments ne permettent donc pas d'infirmer l'avis précité du collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la

Loire-Atlantique a méconnu dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. En l'espèce, M. C fait valoir qu'il souffre d'un handicap lourd et qu'il représente une charge pour sa famille au Maroc où il indique ne pas être intégré socialement en raison de sa pathologie. Il soutient qu'il se projette davantage dans l'avenir en France, où le regard sur le handicap est très différent et où il va pouvoir être accompagné dans l'emploi et bénéficier de mesures d'adaptation nécessaires. Il précise qu'il est pris en charge pas sa sœur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire sans enfant, qu'il était présent en France depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée, qu'il a passé la majeure partie de sa vie au Maroc, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans et où résident son frère et son autre sœur. M. C ne justifiant pas avoir de liens particulièrement intenses, anciens et stables en France, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par conséquent, être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

13. La circonstance que M. C justifie d'une situation de handicap sévère l'exposant à l'exclusion sociale en cas de retour dans son pays d'origine ne permet pas, en tout état de cause, de regarder la décision de refus de titre de séjour litigieuse, qui n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre l'intéressée à quitter le territoire français à destination du Maroc, comme méconnaissant le principe à valeur constitutionnelle de sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme d'asservissement ou de dégradation et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent dès lors être écartés.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits des personnes handicapées : " Les principes de la présente Convention sont : a) Le respect de la dignité intrinsèque, de l'autonomie individuelle, y compris la liberté de faire ses propres choix, et de l'indépendance des personnes () ". Aux termes de l'article 6 de cette même convention : " Les États Parties reconnaissent que les femmes et les filles handicapées sont exposées à de multiples discriminations, et ils prennent les mesures voulues pour leur permettre de jouir pleinement et dans des conditions d'égalité de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés fondamentales. Les États Parties prennent toutes mesures appropriées pour assurer le plein épanouissement, la promotion et l'autonomisation des femmes, afin de leur garantir l'exercice et la jouissance des droits de l'homme et des libertés fondamentales énoncés dans la présente Convention. ". Aux termes de l'article 11 de cette convention : " Les États Parties prennent, conformément aux obligations qui leur incombent en vertu du droit international, notamment le droit international humanitaire et le droit international des droits de l'homme, toutes mesures nécessaires pour assurer la protection et la sûreté des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris les conflits armés, les crises humanitaires et les catastrophes naturelles. ".

15. Le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations rappelées ci-dessus de la convention relative aux droits des personnes handicapées qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux particuliers.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I () ".

Le 3° du I de cet article est relatif à l'hypothèse où l'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un vice dans la procédure consultative suivie devant l'OFII pour l'instruction de sa demande de titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant dès lors que ces garanties procédurales n'ont pas vocation à s'appliquer aux décisions portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été exposé au point 7 que ce moyen n'est pas fondé et doit être écarté.

18. En troisième lieu, il résulte des points 2 à 15 que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. M. C n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

19. En quatrième lieu, aux termes de l''article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'il soit fait obligation à M. C de quitter le territoire français.

20. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11,

M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

22. Si M. C fait valoir qu'un retour dans son pays d'origine aurait pour conséquence de l'exposer à un isolement social, il ne produit à l'appui de cette affirmation aucun élément probant qui justifierait d'un tel risque en cas de retour au Maroc. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision méconnaît le principe à valeur constitutionnelle de respect de la dignité de la personne humaine et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

23. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 et 15,

M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations des articles

3, 6 et 11 de la convention relative aux droits de personnes handicapées du 20 mars 2010.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

24. Il résulte des points 2 à 15 du jugement que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. M. C n'est, par suite, pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

25. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Elen Thoumine et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le rapporteur,

Y. E

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2204676

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