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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204706

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204706

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204735, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 13 avril 2022, 19 avril 2023, 20 avril 2022, 24 février 2023 et 19 avril 2023, Mme D A C, épouse H, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer le titre de séjour demandé, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour celui-ci de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est illégale en raison des irrégularités entachant l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A C ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires produites par Mme A C, enregistrées le 24 avril 2023, n'ont pas été communiquées.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Par une ordonnance du 22 mars 2023, l'instruction de l'affaire a été rouverte et la clôture de l'instruction a été prononcée au 25 avril 2023.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2204706, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 12 avril 2022, 20 avril 2022, 26 janvier 2023 et 24 février 2023, M. F H, représenté par Me Bearnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer le titre de séjour demandé, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour celui-ci de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est illégale en raison des irrégularités entachant l'avis du collège des médecins de l'Office français de 1'immigration et de 1'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires produites par M. H, enregistrées le 24 avril 2023, n'ont pas été communiquées.

M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Par une ordonnance du 22 mars 2023, l'instruction de l'affaire a été rouverte et la clôture de l'instruction a été prononcée au 25 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caro,

- les observations de Me Béarnais, représentant Mme A C, épouse H, et M. H ;

- et les explications de Mme A C et de M. H.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, épouse H, ressortissante algérienne née le 1er mars 1981 à Iferhounene (Algérie), et son époux, M. F H, ressortissant algérien né le 18 janvier 1982 à Kouba (Algérie), sont entrés en France le 28 juin 2019 sous couvert de passeports revêtus de visas de court séjour de 10 jours, valables du 26 juin au 21 juillet 2019, accompagnés de leurs deux filles mineures. Par courrier du 8 juillet 2019, Mme A C et M. H ont sollicité chacun la délivrance d'un titre de séjour en raison de leur état santé sur le fondement de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien, ainsi qu'en qualité d'accompagnant de conjoint et d'enfants malades. Dans le cadre de l'instruction de leurs demandes, Mme A C et M. H ont bénéficié d'autorisations provisoires de séjour valables respectivement jusqu'au 11 avril 2021 et 19 octobre 2021. A la suite des quatre avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), les 26 mars 2020, 3 novembre 2020 et 1er juin 2021, portant sur l'état de santé des deux époux et de leurs deux enfants, le préfet de la Loire-Atlantique a, par deux arrêtés du 28 décembre 2021, refusé respectivement à Mme A C et M. H la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les présentes requêtes numérotées respectivement 2204735 et 2204706, Mme A C et M. H demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes n°2204735 et n°2204706 présentées par Mme A C et M. H concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour opposé à Mme A C, en qualité d'étrangère malade :

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. (). ".

4. D'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi ainsi que l'accès effectif à celui-ci. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. D'autre part, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu médical du 25 octobre 2021 du docteur B, relevant du service de génétique médicale du CHU de Nantes, et du certificat médical du 25 janvier 2022 du docteur E, ophtalmologiste, que Mme A C souffre d'une malformation oculaire congénitale bilatérale d'origine génétique responsable d'un nystagmus congénital, d'une cataracte congénitale et d'un glaucome juvénile, responsables d'une acuité visuelle limitée à une perception lumineuse à droite et une absence de perception de la lumière à gauche. Elle a bénéficié d'une chirurgie bilatérale de la cataracte à l'âge de six ans sans implantation et s'agissant du glaucome, d'une opération de type trabéculectomie bilatérale en 2015, puis d'une hémicyclodestruction au laser diode en 2020 à droite. Elle doit faire l'objet tant d'une surveillance intra-oculaire trimestrielle que d'un traitement médicamenteux, composé des médicaments Ganfort, Simbrinza, refresh et siccafluid. Elle a également besoin d'aides techniques au quotidien, telles qu'un téléphone basse vision, une canne blanche et des verres teintés spéciaux. Elle a bénéficié d'un bilan multidisciplinaire au centre régional de basse vision d'Angers et d'une rééducation basse vision. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme A C, sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-algérien, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé, notamment, sur un avis de l'OFII du 3 novembre 2020, lequel a estimé que, si l'état de santé de Mme A C nécessite une prise en charge médicale et que le défaut de cette prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il existe néanmoins un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que s'agissant du médicament Ganfort, collyre anti-glaucomateux, l'une des substances active, le bimatoprost ne figure pas dans la nomenclature nationale de 2021 des médicaments disponibles en Algérie. Par ailleurs, la requérante s'est vu prescrire un nouveau médicament, le Costec, pour remplacer le Simbrinza auquel elle était allergique. Si le Costec est un collyre antiglocaumateux à base de dorzolamide et de timolol, dont les substances sont toutes deux disponibles en Algérie, le docteur G, ophtalmologiste au centre régional basse vision, atteste dans un certificat du 13 février 2023 qui, bien que postérieur à la décision contestée, donne des indications sur l'état de santé de Mme A C à la date du refus de séjour, que ne sont pas substituables, selon elle, le Costec et le Ganfort, afin de ne pas prendre de risques supplémentaires de déséquilibrer la tension oculaire, au vu du glaucome sévère que la requérante présente, simplement par une réaction allergique. Dans ces conditions, compte tenu de l'impossibilité pour Mme A C de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de délivrer à l'intéressée le certificat de résidence sollicité sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, a méconnu ces stipulations et entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour opposé à M. H, en qualité d'étranger malade :

7. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort de ce qui a été dit précédemment que Mme A C, qui souffre d'une pathologie grave et chronique, doit se voir délivrer un certificat de résidence algérien pour raison de santé afin de poursuivre des soins médicaux sur le territoire français pour une durée indéterminée. Son époux, M. H, lui-même souffrant d'une atrophie optique bilatérale, à la suite d'une méningite contractée durant l'enfance, responsable d'une acuité visuelle (1/20è non améliorable et à raison de laquelle il a été reconnu handicapé à plus de 80%, fait valoir que l'état de santé de son épouse aveugle nécessite sa présence constante auprès d'elle. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C vit depuis juin 2019 avec son mari et ses deux filles, elles-mêmes malvoyantes, dans un appartement situé dans la ville de Nantes, qu'elle est aveugle et a peu d'autonomie dans ses activités personnelles du fait de sa cécité. M. H assiste son épouse dans les actes de la vie quotidienne, en assurant notamment au domicile son hygiène corporelle ainsi que ses repas, une aide à la marche et aux déplacements. En outre, ainsi qu'il l'a été dit, les deux filles du couple, également atteintes d'une déficience visuelle due à une cataracte congénitale bilatérale, sont scolarisées et accompagnées par une équipe de professionnels spécialisés pluridisciplinaires. Enfin, il ressort des différents témoignages des professionnels assurant le suivi social et médical de la famille H que, malgré la précarité de leur situation et leur absence de ressources, la famille s'investit pour s'intégrer dans la société française. Ainsi, Mme A C, qui a un diplôme universitaire d'interprétariat en langues arabe, française et anglaise du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique de l'université d'Alger et qui était traductrice en Algérie, a le projet de reprendre des études en France (thèse en doctorat dans le domaine de la traduction) avec la volonté de retrouver un emploi et d'être indépendante financièrement. M. H, ouvrier professionnel en Algérie, a repris des études et s'est inscrit à l'Université de Nantes. Dans ces conditions, compte tenu de la situation de l'ensemble des membres de la famille, la présence en France de M. H auprès de son épouse et de ses deux filles mineures leur est indispensable. Ainsi dans les circonstances très particulières de l'espèce, M. H est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré par le requérant de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les deux décisions de refus de séjour du 28 décembre 2021 du préfet de la Loire-Atlantique doivent être annulées. Ces annulations impliquent, par voie de conséquence, celle des décisions obligeant Mme A C et son époux, M. H, à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Les annulations prononcées par le présent jugement impliquent nécessairement, eu égard aux motifs retenus, que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à Mme A C et à M. H un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés aux instances :

11. Mme A C et M. H ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Béarnais, avocate des requérants, renonce à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci la somme globale de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les deux arrêtés attaqués du préfet de la Loire-Atlantique du 28 décembre 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à Mme A C, épouse H, et à M. H un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Béarnais, la somme globale de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C, épouse H, à M. F H, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

N. CARO

Le président,

L. MARTINLa greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos2204706- 2204735

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