vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | HERRERO |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204717 le 12 avril 2022, M. E B et Mme H F, agissant en qualité de représentants légaux de l'enfant C B, représentés par Me Herrero, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision en date du 23 novembre 2021 de l'ambassade de France en Guinée à Conakry rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour C B au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité à C B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision consulaire est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 99 du code civil dès lors qu'un acte d'état civil étranger doit être considéré comme valable en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte à sa situation personnelle une atteinte disproportionnée ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B et Mme F ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2204718 le 12 avril 2022, M. E B et Mme H F, agissant en qualité de représentants légaux de l'enfant D B, représentés par Me Herrero, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision en date du 23 novembre 2021 de l'ambassade de France en Guinée à Conakry rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour D B au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité à D B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 99 du code civil dès lors qu'un acte d'état civil étranger doit être considéré comme valable en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte à sa situation personnelle une atteinte disproportionnée ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B et Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant guinéen, né le 18 octobre 1991, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision en date du 18 décembre 2018. Les jeunes C et D B, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas de long séjour auprès de l'ambassade de France à Conakry (Guinée), en qualité de membres de famille de réfugié. Par une décision du 23 novembre 2021, cette ambassade a refusé de délivrer les visas sollicités. Par deux décisions implicites nées le 13 février 2022, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre cette décision de l'ambassade.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 224718 et 224717 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : ()3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents
5. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
6. Il ressort du mémoire en défense présenté par le ministre de l'intérieur que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est fondée sur le motif tiré de ce que les documents d'état civil produits étant dépourvus de valeur probante et en l'absence d'éléments de possession d'état, l'identité des demandeurs de visas et leur lien familial à l'égard de M. B ne sont pas établis.
7. Pour justifier du lien de filiation avec le réunifiant, M. B et Mme F ont produit à l'appui des demandes de visas pour les jeunes C et D B, nés tous deux le 12 juin 2013, des copies de jugements supplétifs d'acte de naissance n° 4920 et n° 4921 rendus le 9 mai 2019 par le tribunal de première instance de Kaloum et des copies " d'extrait de registre de l'état civil " n° 4078 et 4345 établis respectivement le 9 juillet et 19 juillet 2019, dressés en transcription de ces jugements supplétifs d'acte de naissance, selon lesquels les jeunes C et D sont nés le 12 juin 2013 à Conakry (Guinée) de l'union de M. E B et de Mme H F. Ils produisent également le passeport délivré le 24 novembre 2021 par les autorités guinéennes pour le jeune D B.
8. Le ministre fait valoir en défense que M. B avait fourni au bureau des réfugiés de l'OFPRA des copies d'autres jugements supplétifs d'acte de naissance n° 2898 et n° 2839 rendus le 14 avril 2021 par le tribunal de première instance de Kaloum et des copies " d'extrait de registre de l'état civil " n° 2378 et 2377 établis respectivement le 23 avril 2021, dressés en transcription des jugements supplétifs d'acte de naissance rendus le 14 avril 2021 à la demande de M. A F, dont le lien avec les requérants n'est pas démontré. Le ministre de l'intérieur fait également valoir que, dans le cadre de la mise en œuvre des passeports biométriques, un numéro d'identification national unique a été mis en place par les autorités guinéennes, lequel est composé de quinze chiffres dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres, doivent correspondre à ceux portés sur l'acte de naissance présenté à l'appui de la demande du document de voyage. La mise en place d'un numéro d'identification national unique est destinée à permettre de contrôler l'authenticité de l'acte de naissance fourni à l'appui d'une demande de passeport. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, sur le passeport produit lors de la demande de visa sont portés en 11ème, 12ème et 13ème rang les chiffres " 816 " alors que les actes de naissance précédemment mentionnés sur les " extraits du registre d'état civil " des 23 avril 2021 indiquent quant à eux les chiffres " 377 " et " 378 ". Par ailleurs, le numéro porté sur le passeport ne correspond pas davantage au numéro indiqué sur " l'extrait du registre de l'état civil " daté du 19 juillet 2019. Il suit de là que le passeport présenté par le demandeur de visa a été dressé sur la base d'un acte de naissance différent de celui qui a été produit dans la présente instance. Les requérants n'apportent aucune explication à ces incohérences. Il s'ensuit que la coexistence de ces différents documents ainsi que les incohérences qu'ils comportent doivent être regardées, au sens des dispositions de l'article 47 du code civil, comme de nature à établir le caractère non probant des documents d'état civil produits pour établir l'identité des demandeurs de visa. Les autres éléments versés aux débats sont insuffisants pour établir avec certitude que les demandeurs de visas seraient effectivement les enfants de M. B. Dans ces conditions, en rejetant la demande de visa litigieuse au motif que l'identité des intéressés n'était pas établie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
9. En second lieu, en l'absence de liens familiaux établis entre M. B et les demandeurs de visas, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions contestées porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou méconnaitrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les décisions attaquées au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle des intéressés doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B et Mme F doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2204718 et 2204717 de M. B et Mme F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, Mme H F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2023.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N° 2204717 et 2204718
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026