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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204734

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204734

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;

- elle méconnait l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée des mêmes vices de légalité externe que le refus de titre de séjour, notamment d'un vice d'incompétence et d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée des mêmes vices de légalité externe et interne que les autres décisions attaquées.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens soulevés pour Mme C ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires ont été produites pour Mme C, le 27 juin 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Lay,

- et les observations de Me Beaudouin, substituant Me Boezec, avocat de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née en 1982, est entrée en France au mois de février 2019 et s'est mariée avec M. D, ressortissant français, le 20 juillet 2019. Elle s'est vu délivrer un certificat de résidence en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 5 juillet 2021 dont elle a sollicité le renouvellement. Par l'arrêté attaqué du 11 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français, tout en fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

2. L'arrêté attaqué est signé par Mme B, pour le préfet. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. L'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article 6-2° de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne différents éléments de la situation personnelle et familiale de Mme C, notamment ses conditions d'entrée et de séjour en France, sa situation familiale, et la présence d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel elle n'établit pas encourir des risques pour sa vie ou sa liberté. Il contient ainsi l'exposé des motifs de droit et de fait sur lesquels s'est fondé le préfet de la Loire-Atlantique pour prendre les décisions contestées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté en toutes ses branches. En outre, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de la requérante.

4. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence portant la mention ''vie privée et familiale'' est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre époux ". Ces stipulations régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si une ressortissante algérienne ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au renouvellement du titre de séjour lorsque l'étranger a subi des violences conjugales et que la communauté de vie a été rompue, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, et notamment des violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressée.

5. Mme C qui a indiqué lors de son dépôt de plainte qu'elle n'entretenait plus de relation de couple avec M. D depuis le mois de mars 2020 et reconnait qu'elle avait quitté le domicile conjugal à la date de la décision attaquée, ne conteste pas qu'elle ne remplit plus la condition de communauté de vie effective entre époux à laquelle l'article 6-2 de l'accord franco-algérien soumet le renouvellement du certificat de résidence au bénéfice d'un conjoint de français. En outre, et ainsi qu'il est dit au point précédent, l'intéressée ne peut utilement invoquer le bénéfice des dispositions de l'articles L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'époux de Mme C lui a fait part de son intention de mettre fin à leur relation au mars 2020 et que le couple a uniquement continué à cohabiter pendant au moins un an. S'il est constant que la requérante a quitté le domicile conjugal après avoir porté plainte contre son époux au mois de mars 2021 à la suite d'une dispute au cours de laquelle elle déclare avoir reçu deux gifles, il ressort des pièces du dossier que tant ces violences que les violences antérieures évoquées lors du dépôt de plainte sont intervenues à une période où Mme C et son époux n'entretenaient plus de relation de couple et avaient déjà décidé de se séparer. Par suite et alors au surplus que sa plainte a été classée sans suite au motif que les faits reprochés étaient insuffisamment caractérisés, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la rupture de la vie commune est imputable à des violences conjugales. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que sa présence en France est récente et uniquement liée à son union avec un ressortissant français et que l'intéressée ne justifie pas d'attaches d'une particulière intensité sur le territoire français. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, Mme C n'est pas fondée à soutenir que dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation à laquelle il s'est livré de sa situation personnelle.

6. Ainsi qu'il est dit au point précédent, la présence en France de Mme C, qui est entrée sur le territoire français en 2019 pour rejoindre son futur époux, est récente et uniquement liée à sa relation avec un ressortissant français. Si la requérante se prévaut de la présence en France d'une de ses sœurs, elle n'est pas dénuée d'attaches familiales en Algérie où résident ses parents et ses autres frère et sœur et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. Dans ces conditions et alors même qu'elle justifie d'une insertion professionnelle, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait en France des liens personnels d'une intensité et d'une ancienneté telles que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, et alors au demeurant que Mme C ne peut utilement invoquer l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, que Mme C invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, doit être écarté.

8. En se bornant à renvoyer à ses développements relatifs à l'illégalité interne du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, lesquelles n'ont ni le même objet, ni les mêmes effets que la décision fixant le pays de destination, pour soutenir que cette décision est entachée d'illégalité, Mme C n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer que Mme C ait entendu exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, il résulte de ce qui est dit aux points précédents que ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

Y. LE LAY

Le président,

T. GIRAUDLe greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

2

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