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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204780

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204780

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, M. D G, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et l'a astreint à se présenter au bureau des étrangers de la préfecture de la Vendée pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai, et le munir d'un récépissé le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. G a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,

- et les observations de Me Perrot, avocate de M. G, en présence de celui-ci

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant congolais (RDC) né le 19 décembre 1985, déclare être entré sur le territoire français le 30 août 2018. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 31 janvier 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 26 août 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 20 février 2020, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 16 juillet 2020 du tribunal administratif de Nantes. Le 20 juillet 2021, il a sollicité du préfet de la Vendée son admission exceptionnelle au séjour, en faisant valoir son intégration sociale et professionnelle. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 19 novembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. G demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par arrêté du 15 janvier 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Vendée lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. G, et mentionne des éléments relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé. Elle énonce les motifs justifiant le refus de séjour. Dans ces conditions, la décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle du requérant dont le préfet de la Vendée avait connaissance, tels que son état de santé, mais seulement ceux pris en considération pour fonder sa décision, comporte ainsi un énoncé suffisant des motifs de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la demande de titre de séjour du requérant intitulée " demande de carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle avec autorisation de travail " et des termes de la décision attaquée, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. G.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. M. G se prévaut de sa durée de présence en France, de son insertion sociale et professionnelle et des risques qu'il encourrait personnellement en cas de retour en République démocratique du Congo (RDC). Il fait valoir la présence sur le territoire français de sa femme, Mme F, ressortissante congolaise, et de leurs quatre enfants, B, C, A et E. Il ressort toutefois des termes de la décision attaquée que le requérant s'est maintenu sur le territoire de manière irrégulière, en dépit d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Par ailleurs, si M. G se prévaut de la scolarisation en France de ses trois premiers enfants au collège Les Gondoliers et à l'école Jean Moulin à La Roche-sur-Yon, ainsi que de leur inscription à des clubs sportifs, aucun obstacle ne s'oppose à ce que ces derniers soient scolarisés dans leur pays d'origine. Mme F faisant également l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la cellule familiale peut se reconstituer dans ce pays. Par ailleurs, M. G ne peut utilement se prévaloir des craintes qu'il encourrait personnellement en cas de retour en République démocratique du Congo dès lors que la décision attaquée n'a pas pour objet de l'éloigner vers ce pays. En outre, si le requérant se prévaut de son état de santé en produisant plusieurs ordonnances et attestations de prise en charge médicale, ces seuls documents ne suffisent pas à établir l'existence de circonstances exceptionnelles ou de considérations humanitaires, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait présenté une demande de titre de séjour sur ce fondement. Enfin, en produisant deux promesses d'embauche, dont l'une pour un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein auprès de la société La Boulangère en qualité de préparateur de commandes, il ne justifie toutefois pas, par ces seuls éléments, d'une insertion professionnelle durable en France. De même, s'il soutient être bénévole au sein de l'association " France Bénévole Vendée ", de la Croix rouge française et de l'association " Gem'éclate ", ces éléments, bien que démontrant une réelle volonté d'insertion du requérant et de sa famille dans la société française, sont toutefois insuffisants, comme les éléments précédents, à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Ainsi qu'il a été dit précédemment si M. G démontre sa volonté d'insertion dans la société française, il ne justifie toutefois pas avoir noué en France des liens personnels particulièrement intenses, anciens et stables. Son insertion professionnelle n'est pas stable et durable. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans et où son épouse, également en situation irrégulière, et ses enfants peuvent le suivre. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

10. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Si une décision portant refus de séjour prise à l'encontre d'un des parents est susceptible d'affecter de fait, la situation de l'enfant, cette circonstance ne suffit pas à établir une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, lequel réside dans la possibilité de demeurer auprès de ses parents. En l'espèce, la décision portant refus de séjour n'impliquant pas, en elle-même, d'éloigner M. G de ses enfants, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 précité de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Le 3° de l'article L. 611-1 du même code est relatif à l'hypothèse où, comme c'est le cas de M. G, l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, en l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Et aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

14. Si l'intéressé soutient que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir sollicité l'avis du collège de médecins de l'OFII, il produit seulement à l'appui de ce moyen des ordonnances de médicaments et attestations de prise en charge médicale, qui attestent de la nécessité pour le requérant de bénéficier d'un suivi, notamment psychiatrique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait disposé de suffisamment d'éléments relatifs à l'état de santé du requérant justifiant qu'il sollicite l'avis des médecins de l'OFII. Dès lors, la décision attaquée n'a pas méconnu des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'est pas entachée d'un vice de procédure au regard de ces dispositions.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

17. Ainsi qu'il a été dit précédemment, si M. G se prévaut de la scolarisation en France de trois de ses enfants, rien ne s'oppose toutefois à ce que ces derniers poursuivent leur scolarité en République démocratique du Congo. Mme F, épouse du requérant, faisant également l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la cellule familiale peut se reconstituer dans ce pays. Dans ces conditions, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il ne ressort pas davantage des termes de cette décision qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait également état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle de M. G, notamment le fait qu'il est de nationalité congolaise. En outre, la décision litigieuse précise que le requérant ne justifie pas faire l'objet de menaces ni être exposé à des risques pour sa sécurité ou sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, et en tout état de cause, cette décision n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé dont l'administration a connaissance et qu'elle a pris en considération, mais seulement ceux sur lesquels elle entend fonder sa décision. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

20. M. G soutient qu'il risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo du fait de son travail d'édition et d'impression pour le leader du BDK, mouvement politique d'opposition, qui lui a valu son emprisonnement, et du fait de la profession de journaliste de son épouse, elle-même inquiétée pour avoir couvert une manifestation. Toutefois, en se bornant à produire des articles de presse, il n'apporte pas d'élément suffisamment probant permettant d'établir qu'il encourrait personnellement, en cas de retour dans son pays d'origine, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. En outre, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant le pays de destination.

22. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 17, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, au préfet de la Vendée et à Me Perrot.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIERL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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