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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204786

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204786

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCHAUMETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 avril 2022 et 15 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Chaumette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête, tardive, est irrecevable ;

- il convient de neutraliser le motif tiré d'un défaut dans la légalisation de l'acte ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,

- et les observations de Me Chaumette, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 6 décembre 1997, déclare être entrée irrégulièrement en France le 6 mai 2014, alors qu'elle était mineure. Elle a fait l'objet d'une ordonnance d'ouverture de tutelle du 21 mai 2015 la confiant aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique jusqu'à sa majorité. Une fois majeure, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11 7°, L. 313-14 et L. 313-15, alors applicables, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande qui a été rejetée par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 14 juin 2016 portant en outre obligation de quitter le territoire, dont la légalité a été confirmée par des décisions du tribunal administratif de Nantes du 28 décembre 2016 et de la cour administrative d'appel de Nantes du 23 mai 2017. Elle a de nouveau sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 29 avril 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article R. 421-5 du même code prévoit que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.

4. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l'arrêté du 29 avril 2021 attaqué, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception et présenté le 19 mai 2021 à l'adresse indiquée par la requérante. Ce courrier a été retourné à l'administration le 7 juin 2021 revêtu des mentions " présenté / avisé le 19 mai 2021 " et " pli avisé et non réclamé ". Les mentions figurant sur ces pièces sont suffisamment claires, précises et concordantes pour établir la régularité de la notification de la décision attaquée. Dès lors, cette notification est réputée avoir été régulièrement accomplie le 19 mai 2021. Par ailleurs, les différentes attestations établies par les membres de l'association ANEF FERRER et des voisins, faisant état de dysfonctionnements et de dégradations des boites aux lettres de l'hébergement de Mme A, au sein du quartier Malakoff à Nantes, ne suffisent pas à démontrer l'existence d'un incident faisant obstacle, à la date du 19 mai 2021, à la notification régulière par voie postale, de l'arrêté pris à son encontre. Mme A produit également un courrier des services postaux en date du 21 décembre 2021 qui, s'il évoque le fait que les boites aux lettres du quartier Malakoff sont " souvent visitées ", précise néanmoins que la lettre en cause a été " présentée le 19 mai et avisée le même jour ". Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique est fondé à soutenir que la requête, enregistrée au greffe du tribunal le 14 avril 2022, est tardive et, par suite, irrecevable.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est irrecevable et doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIER

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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