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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204798

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204798

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantANGLADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, Mme C B, représentée par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine au service des étrangers de la préfecture pour y indiquer les diligences dans la préparation de son départ ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ; elle a déposé une demande de titre de séjour ;

- le défaut de prise en charge médicale entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- la décision méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de ces stipulations ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision l'astreignant à se présenter à la préfecture pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'obligation est incompatible avec son état de santé ;

La requête a été communiquée le 15 avril 2022 au préfet de la Sarthe qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 30 mai 2022 du bureau d'Aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Specht, vice-présidente pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle le rapport de Mme Specht, magistrate désignée, a été entendu.

Après avoir prononcé à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante du Nigéria, née le 1er janvier 1984, est entrée régulièrement en France en août 2019, munie d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises, valable du 19 août au 18 septembre 2019. A l'expiration de la validité de son visa, elle a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision du 30 juillet 2021 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par une décision du 25 février 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 9 mars 2022, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 30 mai 2022 du bureau d'Aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. A, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Sarthe. Par arrêté du 7 mars 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du même code prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les textes dont il est fait application et énonce avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de fait, en particulier la situation de l'intéressée, et les circonstances de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième lieu, si Mme B soutient que le préfet n'a pas, avant de lui faire obligation de quitter le territoire, procédé à l'examen de sa situation personnelle au regard de la demande de titre de séjour pour motif de santé qu'elle a présentée, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour, datée du 15 mars 2022, dont la date de notification n'est pas établie, est postérieure à l'arrêté attaqué, édicté le 9 mars 2022 et adressé le 14 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de la requérante doit être écarté.

8. Par ailleurs, il résulte de qui précède que la demande de titre de séjour étant postérieure à l'arrêté attaqué, la requérante ne peut utilement soutenir que le préfet ne pouvait édicter la mesure d'éloignement avant de statuer sur sa demande de titre de séjour.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'arrêté attaqué, Mme B a présenté une demande de titre de séjour pour motif de santé et produit un certificat médical du 17 janvier 2022 établi par un médecin généraliste indiquant que son état de santé justifie une intervention chirurgicale gynécologique spécifique, programmée en 2022. Il ne ressort pas des éléments produits que le défaut de prise en charge de la requérante pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni en tout état de cause, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Nigéria, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite le moyen tiré de ce que son état de santé fait obstacle à son éloignement en application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives à la protection du droit à la vie par la loi ou de l'article 3 de la même convention relative à la protection contre les traitements inhumains et dégradants à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le Nigéria comme pays de destination de la mesure d'éloignement.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Si Mme B, présente en France depuis 2019, soutient avoir développé des attaches personnelles, elle n'apporte aucune précision ou élément à l'appui de son affirmation. Par suite le préfet n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision astreignant la requérante à se présenter auprès de la préfecture de la Sarthe pour y indiquer les diligences dans la préparation de son départ :

14. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ".

15. Si Mme B soutient que son état de santé est incompatible avec l'obligation qui lui est faite de se présenter une fois par semaine auprès des services de la préfecture de la Sarthe pour y indiquer les diligences dans la préparation de son départ, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une difficulté particulière l'empêchant de se conformer à cette obligation et notamment de l'impossibilité de se présenter à la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2022 du préfet de la Sarthe doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, la demande présentée sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de la Sarthe et à Me Pafundi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. SPECHT

La greffière

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui

le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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