mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204832 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LIETAVOVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, Mme E, représentée par Me Lietavova, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et, d'autre part, la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours administratif contre cet arrêté du 23 novembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 202Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,
- et les observations de Me Lietavova, avocate de Mme D, en présence de celle-ci.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante géorgienne née le 23 janvier 1998, est entrée sur le territoire français une première fois en 2017 puis le 5 septembre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour valable du 3 septembre 2018 au 3 septembre 2019, afin d'y suivre des études. Dans le cadre de ses études, elle a obtenu deux cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant ", valables du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2021. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 23 novembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 1er septembre 2021, le préfet de ce département lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de séjour, les obligations de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits de libertés d'autrui. ".
4. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont, par elles-mêmes, sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies par un étranger lors de l'instruction d'une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour en qualité d'étudiant.
5. En outre, il ressort des relevés de notes produits par le préfet que Mme D s'est inscrite à trois reprises à l'université de Nantes en première année de licence " mathématiques - informatique - physique " et qu'elle a été déclarée comme non inscrite par les services universitaires en raison de ses nombreuses absences aux examens. Pour justifier de son manque de progression dans ses études, elle se prévaut de sa grossesse et indique par ailleurs que cette formation ne lui correspondait pas et qu'elle a donc décidé de se réorienter pour l'année 2021-2022 à l'université de Rennes en licence d'arabe. Toutefois, sa grossesse ne saurait expliquer ses échecs pour les années 2018-2019 et 2019-2020, années universitaires au cours desquelles elle n'était pas encore enceinte, de sorte que Mme D ne justifie pas du caractère sérieux de ses études. Sa réorientation en licence d'arabe n'est au surplus pas de nature à attester de la cohérence de son parcours dès lors qu'elle ne fait valoir en France aucun projet professionnel particulier en lien avec l'apprentissage de cette langue et qu'il n'est d'ailleurs pas établi ni même allégué par la requérante qu'elle ne pourrait suivre une telle formation dans son pays d'origine. Enfin, l'absence de progression dans ses études n'est pas sérieusement contestée par la requérante.
6. Par ailleurs, Mme D fait valoir une durée de présence en France de seulement cinq ans à la date de la décision attaquée. La requérante se prévaut en outre de sa relation avec M. A, ressortissant tunisien titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 28 février 2023. Si elle indique être en couple avec M. A depuis 2017, soit plus de quatre ans à la date de la décision contestée, les documents qu'elle produit à l'appui de ses allégations, à savoir d'une part un relevé de prestation de sa mutuelle, une facture de son fournisseur d'électricité et un courrier de la caisse aux allocations familiales, datés des années 2021 et 2022, et d'autre part, plusieurs photographies non datées montrant Mme D en compagnie de M. A, ne suffisent pas à établir l'ancienneté et la stabilité de cette relation. Si Mme D se prévaut également de ce qu'elle était enceinte à la date de la décision dont elle sollicite l'annulation, cette circonstance, en dépit de la déclaration de reconnaissance avant naissance antérieure à la décision attaquée, ne saurait suffire par là même à établir l'ancienneté et la stabilité de cette relation. Par ailleurs, la requérante ne fait état d'aucune autre attache personnelle sur le territoire français et ne justifie pas être dépourvue de telles attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle a donc nécessairement conservé des liens culturels et linguistiques. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision de refus de séjour contestée n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme D.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. Il résulte de ces stipulations que, sauf circonstances exceptionnelles, l'intérêt supérieur de l'enfant est de rester auprès de ses parents. Si Mme D soutient que la décision attaquée aura pour effet de priver son enfant, né au demeurant le 26 décembre 2021, de la présence de l'un de ses deux parents, la seule circonstance que son père soit titulaire d'une carte de résident de dix ans, au demeurant uniquement valable jusqu'au 28 février 2023, ne saurait suffire à établir que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Géorgie, pays d'origine de la requérante, ou en Tunisie, pays d'origine de son époux, dès lors qu'un tel titre de séjour n'a pas pour effet d'empêcher ce dernier de quitter la France en même temps que son épouse. Ainsi, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant de délivrer à Mme D un titre de séjour.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
10. En second lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 6 et 8 s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, en obligeant Mme D à quitter le territoire français, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. L'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Lucia Lietavova et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
Le président-rapporteur,
S. DEGOMMIER
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
L. FRELAUTLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026