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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204835

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204835

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 avril et 23 novembre 2022, M. A D, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France en République centrafricaine refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à B D en qualité d'enfant de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser au requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à son conseil en application des dispositions de ce même article combinées à celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision consulaire a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe des articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant français, a demandé à l'ambassade de France en République centrafricaine de délivrer un visa de long séjour à B D, ressortissant centrafricain né le 28 décembre 2009, en qualité d'enfant de moins de vingt-et-un ans de ressortissant français. L'autorité consulaire française a rejeté sa demande le 24 décembre 2021. M. D a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours contre de la décision de l'autorité consulaire, dont il a été accusé réception le 9 février 2022. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence de la commission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les autorités administratives chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public.

3. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.

4. Il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

5. L'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire indique : " En l'absence d'une réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois à compter de la date de réception du recours mentionnée ci-dessus, le recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée (CAA de Nantes, 17 novembre 2020, n°20NT00588). ". La décision consulaire comporte une case cochée portant le numéro 9 et la mention " Les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables ".

6. La circonstance, à la supposer avérée, selon laquelle M. D ne justifierait pas des conditions de séjour pour assurer la prise en charge du demandeur ne constitue pas un motif d'ordre public susceptible de justifier le rejet d'une demande de visa de long séjour en qualité d'enfant étranger de ressortissant français et n'est, ainsi, pas de nature à fonder légalement la décision attaquée. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que la décision de la commission est entachée d'erreur de droit.

7. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir en défense que l'identité du demandeur et le lien de filiation l'unissant à M. D ne sont pas établis par les documents d'état civil présentés à l'appui de la demande de visa.

9. Pour justifier de l'identité du demandeur et du lien de filiation les unissant, M. D a produit, à l'appui de la demande de visa, l'acte de naissance n° 1302 établi le 19 octobre 2020 en transcription du jugement d'autorisation de reconstitution d'acte de naissance n° 3254 rendu par le 16 octobre 2020 par le tribunal de grande instance de Bimbo. Il est toutefois constant que ce jugement n'a pas été produit, ce qui est de nature à priver de valeur probante l'acte de naissance établi en transcription de ce jugement. En revanche, le requérant verse au dossier le passeport du demandeur ainsi que le jugement du 5 juillet 2021 rendu par le tribunal de première instance de Bimbo faisant état de naissance de l'enfant B D le 28 décembre 2009 de l'union de M. A D. Si l'administration relève que le requérant n'a pas mentionné l'existence du demandeur lors de sa demande de naturalisation, cette circonstance ne permet pas de démontrer que ce jugement serait frauduleux ou contraire à la conception française de l'ordre public international dans la mesure où le jeune B est né postérieurement à cette demande de naturalisation. Dans ces conditions, l'identité du demandeur présenté comme B D et le lien de filiation l'unissant au requérant doivent être tenus pour établis par les pièces du dossier. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'est pas fondé à solliciter que soit substitué ce motif à celui de la décision attaquée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à B D le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressé ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

12. M. D n'a pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

13. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à B D le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Gueye.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

La rapporteuse,

M. C

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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