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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204896

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204896

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLE ROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, M. B A, représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il justifie avoir suivi une scolarité réelle et sérieuse ainsi qu'avoir engagé une insertion professionnelle au travers de plusieurs stages qui ont abouti à une promesse d'embauche à durée indéterminée alors qu'il peut se prévaloir de nombreuses attaches sociales en France ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il peut se prévaloir d'une année d'expérience en boulangerie, secteur qui connaît des difficultés ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses attaches fortes en France ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

La clôture de l'instruction est intervenue le 16 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Echasserieau, rapporteur,

- et les observations de Me Le Roy représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 10 janvier 2001 indique être entré irrégulièrement en France en septembre 2016. Sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance a été rejetée le 9 décembre 2016 en le déclarant majeur et l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire. Par courrier du 21 juillet 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à l'encontre de l'intéressé un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et a désigné le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié le 1er septembre 2021, lui a consenti une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées, contenues dans l'arrêté du 2 novembre 2021 doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis le mois de septembre 2016, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire après ne pas avoir été reconnu mineur par les juridictions judiciaires et avoir vu sa demande de prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique rejetée. D'une part, M. A justifie avoir obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " propreté de l'environnement urbain - collecte et recyclage " au mois de juin 2021. Toutefois ce diplôme résulte d'une réorientation au regard de l'insuffisance de ses notes obtenues en CAP " employé de vente spécialisé " en 2019. Par ailleurs, au soutien de sa demande de régularisation, l'intéressé a indiqué avoir engagé des démarches pour poursuivre ses études afin de préparer une formation en plomberie. En outre, pour établir être " intégré professionnellement ", M. A produit des contrats de travail à durée déterminée en boulangerie à temps complet de deux mois en juillet 2018 puis à temps partiel d'octobre 2018 à janvier 2019 puis de janvier 2019 à juin 2019. Si l'intéressé produit également une promesse d'embauche datée du 23 juillet 2021, non visée par les services du travail, en tant qu'aide au service production de la même boulangerie que celle pour laquelle il a accompli les contrats de travail précités, ces éléments, eu égard à l'hétérogénéité de son parcours scolaire et de l'absence de qualification en matière de boulangerie, domaine dans lequel il n'envisage pas de se former, ne suffisent pas à démontrer que le requérant peut se prévaloir d'un parcours d'intégration professionnelle abouti. D'autre part, si M. A soutient s'être intégré en France et y avoir créé des liens, les justificatifs concernant ces liens se limitent à des attestations de professeurs notant l'implication de l'intéressé dans le suivi de ses études, un courrier du club de loisirs et d'action jeunesse d'août 2017 signalant son implication en tant que bénévole ainsi que quelques témoignages écrits de connaissances et de relations de voisinage se rapportant à son civisme et sa volonté d'aide au quotidien. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un ressortissant étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur sa situation.

6. Compte tenu des éléments rappelés au point 4 et aux conditions de séjour en France de M. A, ces témoignages et la capacité supposée de l'intéressé à s'insérer professionnellement, une fois sa situation administrative régularisée, ne suffisent pas à établir qu'en refusant de faire droit à sa demande de régularisation, le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier et du point 4 que l'intéressé ne peut se prévaloir d'une insertion sociale et professionnelle aboutie. Il ne ressort pas plus du dossier que M. A ne pourrait poursuivre sa vie personnelle au Mali, où il a vécu pendant la majeure partie de son existence, où réside encore son père avec lequel il reconnaît maintenir quelques contacts. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de l'intéressé en France, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 7, le préfet n'a pas plus entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte des points 2 à 8 que le moyen tiré par voie d'exception

de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision contestée, en indiquant que M. A " n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y est exposé à des peines ou traitements contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales " et " qu'il ne produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine " est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. M. A n'établit ni même n'allègue encourir de risques pour sa vie ou sa liberté, ni de risques de faire l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Roy.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

B. ECHASSERIEAU

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

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