lundi 23 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
| Avocat requérant | CLOAREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, M. E C, représenté par Me Crabières, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022, notifié le même jour par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
3°) d'annuler la décision du 13 avril 2022 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence pour une durée maximale de six mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la procédure contradictoire préalable n'a pas été mise en œuvre et que son droit d'être entendu n'a pas été respecté ; il méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire sans délai :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle se fonde sur les circonstances qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet le 3 décembre 2020 ; celles-ci ayant fait l'objet d'un recours devant le Tribunal, l'obligation de territoire français est suspendue tant que la juridiction n'a pas rendu sa décision et le préfet ne pouvait prendre une nouvelle décision d'obligation de quitter le territoire français en la motivant par l'inexécution de la première ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'absence totale de lien existant avec la Cote d'Ivoire et du fait que le renvoi vers ce pays l'expose à un isolement total et à une extrême précarité ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, compte tenu de son parcours d'insertion ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est disproportionnée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.
Par une décision du 20 juin 2022, le bureau de l'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Nantes (section administrative) a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant du contentieux des mesures d'éloignement et d'assignation à résidence.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 17 janvier 2023 à 14 heures 15, le rapport de Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C, ressortissant ivoirien qui déclare être né le 10 octobre 2001 et être entré en France en octobre 2017, a été confié au service d'aide sociale à l'enfance du département de la Sarthe par ordonnance de placement provisoire du procureur de la République près le tribunal de grande instance d'Orléans du 12 octobre 2017. Le 18 septembre 2019, M. C a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Sarthe a par une décision du 3 décembre 2020, refusé la délivrance du titre de séjour à M. C, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C a été interpellé le 13 avril 2022, par des fonctionnaires de police pour une infraction au code de la route alors qu'il était déjà connu défavorablement des services de police pour des faits de vol en réunion, transport, acquisition, offre ou cession, détention non autorisées de stupéfiants, de violences commises en réunion sans incapacité et usage illicite de produits stupéfiants. Le 13 septembre 2022, il a fait l'objet d'un mandat de dépôt en comparution immédiate délivré par le juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire du Mans pour des faits de violence par une personne en état d'ivresse sans incapacité. Par un jugement prononcé par le Tribunal correctionnel du Mans le 14 septembre 2022, pour les faits délictuels précités, l'intéressé a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement avec maintien en détention. La levée d'écrou de l'intéressé est prévue le 28 février 2023. Par un arrêté du 13 avril 2022, le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 776-29 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant l'expiration du délai de jugement prévu, selon le cas, au dernier alinéa de l'article R. 776-13 ou à l'article R. 776-13-3, l'administration en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. / Sous réserve des adaptations prévues à la présente section, il est alors statué selon la procédure prévue à la section 3 du présent chapitre, dans un délai qui ne peut excéder huit jours à compter de l'information prévue au premier alinéa ".
3. Après avoir introduit, le 15 avril 2022, un recours contre les arrêtés du 13 avril 2022 portant d'une part, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et d'autre part, assignation à résidence pour une durée maximale de six mois, M. C a été placé en détention à la maison d'arrêt du Mans et est susceptible d'être libéré le 28 février 2023. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné de statuer sur ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
4. En premier lieu, il ressort des dispositions des articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, en les assortissant le cas échéant d'une interdiction de retour. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur territoire français.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.
6. Il ressort du procès-verbal de l'audition du requérant par un officier de police judiciaire du commissariat de police du Mans, conduite le 13 avril 2022, que l'intéressé a eu la possibilité de faire valoir des éléments justifiant qu'il soit autorisé à séjourner en France et ne soit pas contraint de quitter ce pays et de retourner dans son pays d'origine. M. C ne justifie d'ailleurs d'aucun élément relatif à sa situation qui, s'il avait été connu du préfet de la Sarthe, aurait fait obstacle à ce que soit décidée la mesure d'éloignement attaquée ou qui aurait pu le conduire à ne pas la décider. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;()". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application. Elle fait également état de ce que l'intéressé a fait l'objet d'une décision de refus d'admission au séjour le 3 décembre 2020 et qu'il se maintient sur le territoire français irrégulièrement depuis cette décision malgré l'édiction d'une précédente obligation de quitter le territoire. L'obligation de quitter le territoire français en litige est, par suite, suffisamment motivée, dès lors qu'elle énonce les considérations de droit et de fait qui la fondent.
9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.
10. En troisième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. C n'a pas été admis à séjourner en France par une décision du 3 décembre 2020 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, toujours en vigueur à la date d'édiction de l'obligation de quitter le territoire français en litige. La circonstance que le requérant a formé un recours contentieux contre cette décision, recours qui ne présente pas de caractère suspensif, est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il s'est bien soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions citées au point 7 en n'assortissant pas l'obligation de quitter le territoire français en litige d'un délai de départ volontaire.
12. En cinquième lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait formulé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement.
13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. C, célibataire et sans enfant, réside depuis cinq sur le territoire français, où il s'est maintenu en situation irrégulière. Son séjour en France n'est donc pas ancien. Il n'y a pas noué des liens anciens, intenses et stables. S'il se déclare en couple avec Mme F D, il ne l'établit pas. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'il conserve des attaches personnelles et familiales en Côte d'Ivoire, où il a vécu jusqu'à ses seize ans et où résident ses parents. Par suite, et malgré les efforts d'intégration professionnelle accomplis par le requérant avant ses condamnations, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ni comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, la décision fixant le pays de la reconduite vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait également état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle de M. C, notamment du fait qu'il est de nationalité ivoirienne et dispose de toutes ses attaches culturelles et familiales en Côte d'Ivoire. En outre, la décision litigieuse précise que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'il risquerait d'y être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.
16. En deuxième lieu, le dernier aliéna de l'article L. 721-4 du même code prévoit que " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées () ".
17. M. C ne fait valoir aucune menace personnelle dont il pourrait être l'objet en cas de retour dans son pays d'origine susceptible de faire obstacle à sa reconduite à destination de ce pays. Dans ces conditions, le préfet ne peut être considéré comme ayant, à cet égard, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
18. En troisième lieu, à supposer le moyen soulevé, l'illégalité de la décision fixant le pays de destination au motif de la même illégalité au titre de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux cités au point 14.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ()". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
20. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
21. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour se réfère aux articles cités au point 18 dont elle fait application. Elle fait également état de la durée de la présence de M. C sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de ce qu'il existe un risque de ce que M. C se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, dès lors qu'il a déclaré ne pas avoir de document de voyage ou d'identité, ne pas justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, qu'il déclare ne pas vouloir quitter la France et qu'il s'est soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 décembre 2020. La décision attaquée est, par suite, suffisamment motivée, dès lors qu'elle énonce les considérations de droit et de fait qui la fondent.
22. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.
23. En troisième lieu, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, pour soutenir que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire est illégale.
24. En quatrième et dernier lieu, les moyens tirés la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 14.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
25. En premier lieu, la décision contestée, après avoir visé l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. C qui est dépourvu de document d'identité ou de voyage en cours de validité, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour de deux ans prise le 13 avril 2022 et que son éloignement demeure une perspective raisonnable, le cas échéant par l'obtention d'un laissez-passer consulaire. Cette décision est donc motivée en droit et en fait.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Et aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. (..) ".
27. En l'espèce, M. C n'apporte aucun élément de nature à établir que son éloignement ne constituerait pas une perspective raisonnable au sens des dispositions précitées, l'intéressé ne démontrant en outre l'existence d'aucun obstacle à son départ volontaire. En outre, si le requérant soutient que l'administration a déjà édicté, le 22 novembre 2021, une décision portant assignation à résidence à son encontre pour une durée de six mois, il résulte des dispositions de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, que l'assignation à résidence peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet de la Sarthe doit être écarté.
28. En troisième lieu, compte tenu de ce qui précède, M. C ne peut se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire pour demander, par la voie de l'exception, l'annulation de l'assignation à résidence.
29. En dernier lieu, le requérant, qui se borne à des allégations générales sur le caractère disproportionné dont serait revêtue la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet, n'apporte pas le moindre élément de nature à établir que ces modalités, et en particulier l'obligation de se présenter chaque semaine, les lundi, mercredi et vendredi à 9 heures au commissariat central du Mans, feraient peser sur lui une contrainte excessive au regard des finalités poursuivies. Par ailleurs, la circonstance qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes ou qu'il aurait purgé sa peine de prison pour laquelle il a été condamné et qu'il n'y aurait pas de raison de craindre une récidive, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que cet arrêté revêt un caractère disproportionné au regard des éléments précédemment exposés. Enfin, l'erreur manifeste d'appréciation, invoquée de façon générale par le requérant, n'est pas établie.
30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions de sa requête à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de la Sarthe et à Me Cloarec.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.
La magistrate désignée,
N. B La greffière d'audience,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
4
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026