jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SEGUIN & KONRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, et des mémoires, enregistrés les 31 mai 2022 et 5 janvier 2023, M. A D B, représenté par Me Denis Seguin, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 28 mars 2022, lui refusant le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant", l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la même date ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Seguin en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le motif du refus de séjour tiré du défaut de justification du caractère réel et sérieux des études est entaché d'erreur d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est privée de base légale dès lors que le refus de séjour est lui-même illégal ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle n'est pas suffisamment motivée au regard de cet article ;
- dans la mesure où le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont illégaux, la décision fixant le pays de destination est illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que les moyens tirés de l'erreur dans l'appréciation du caractère réel et sérieux des études, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des exceptions d'illégalité ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 23 janvier 2023 à 12h00.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 8 juin 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 mars 2023 à partir de 9h20 :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Dhieux, substituant Me Seguin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D B est un ressortissant de nationalité ivoirienne qui est né le 19 juin 1994. Il est entré en France le 23 août 2017 muni d'un passeport revêtu d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité d'étudiant valable du 20 août 2017 au 20 août 2018. Il a séjourné par la suite en France en cette même qualité en étant détenteur de cartes de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Avant l'expiration, le 24 novembre 2021, de la durée de validité de son dernier titre de séjour, M. B en a sollicité le renouvellement auprès du préfet de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 28 mars 2022, cette autorité a rejeté cette demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces décisions
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient au préfet, saisi d'une demande tendant au renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études.
3. Au titre de l'année universitaire 2017-2018 correspondant à la période de validité de son visa d'entrée et de long séjour qui lui a été délivré en qualité d'étudiant, M. B a été inscrit en première année du master droit des affaires au sein de l'Université d'Angers, qu'il a validé en ayant obtenu une note globale de 11,049/20. Au titre de l'année universitaire 2018-2019 correspondant à la période de validité de la première carte de séjour temporaire qui lui a été délivrée en qualité d'étudiant, l'intéressé a été inscrit en première année du master droit privé au sein de l'Université d'Angers. Il ne l'a pas validée dès lors qu'il n'a obtenu qu'une note globale de 9,407/20. Il a cependant validé le second semestre de cette année après avoir eu la note globale de 10/20 grâce à un bonus de 0,1 point accordé par le jury. Au titre de l'année universitaire 2019-2020 correspondant à la période de validité de la deuxième carte de séjour temporaire qui lui a été délivrée en qualité d'étudiant, M. B a été de nouveau inscrit en première année de master droit privé au sein de l'Université d'Angers et il a validé cette année en ayant obtenu une note globale de 10,4/20. Au titre de l'année universitaire 2020-2021 correspondant à la période de validité de la dernière carte de séjour temporaire qui lui a été délivrée en cette même qualité, M. B a été inscrit à l'Université d'Angers, au sein de la préparation à l'examen d'entrée au Centre régional de formation professionnelle d'avocats, mais, cela est constant, il échoué à cet examen. Sa demande de titre de séjour, rejetée par le préfet de Maine-et-Loire par la décision attaquée, a été présentée afin de pouvoir s'inscrire de nouveau au sein de cette préparation au titre de l'année universitaire 2021-2022. Pour lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire a relevé que M. B ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études suivies compte tenu de ses redoublements et de la stagnation de son parcours universitaire.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours des trois premières années durant lesquelles il a séjourné régulièrement en France en qualité d'étudiant, M. A a validé deux premières années de master en droit, l'une en droit des affaires, l'autre en droit privé et qu'il s'est par la suite inscrit au sein de l'institut d'études judiciaires de l'Université d'Angers en vue de préparer l'examen d'entrée au Centre régional de formation professionnelle d'avocats. Certes, il n'a pas obtenu cet examen, mais, d'une part, il est très sélectif, d'autre part, il justifie de son assiduité au cours de la préparation lors de l'année universitaire 2020-2021. Pour l'année universitaire 2021-2022, au titre de laquelle il a sollicité la délivrance d'une nouvelle carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant", refusée par la décision attaquée, il s'est, parallèlement à sa nouvelle inscription au sein de cette même préparation, et afin de renforcer ses compétences, inscrit au sein d'une préparation privée à l'examen d'entrée au Centre régional de formation professionnelle d'avocats, proposant des enseignements et des évaluations à distance. Par ailleurs, le 13 janvier 2022, une convention a été conclue du 17 janvier 2022 au 13 juillet 2022 entre M. A, la SELARL Lexcap et l'Université d'Angers afin que l'intéressé puisse être accueilli en qualité de stagiaire auprès d'une avocate de ce cabinet spécialisée en droit des sociétés. Ce stage est en lien avec sa préparation à l'examen d'entrée au Centre régional de formation professionnelle d'avocats au sein de l'Université d'Angers, plus particulièrement de l'épreuve de spécialité de cet examen choisi par cet étudiant. L'attestation produite par le co-gérant du cabinet d'avocats exploité par la SELARL Lexcap fait valoir les qualités que M. A a démontrées au cours de ce stage, lequel a, au demeurant, été renouvelé pour une durée de six mois postérieurement à la décision attaquée. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, M. A doit être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et par suite comme établissant qu'il fait des études en France au sens des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est dès lors fondée à soutenir que le motif tiré de l'absence d'une telle justification est entaché d'erreur d'appréciation et que le refus de séjour en litige méconnait ainsi cet article. Il suit de là que le refus de séjour en litige est entaché d'illégalité.
5. L'illégalité de ce refus de séjour prive de base légale la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions, opposées par arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 28 mars 2022, lui refusant le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'annulation de ces décisions entraîne, par voie de conséquence, celle fixant son pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Compte tenu du motif d'annulation du refus de séjour opposé à M. B, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement de circonstances serait intervenu depuis la décision attaquée, l'intéressé étant en particulier inscrit, au titre de l'année universitaire 2022-2023, au sein de l'Université Paris Nanterre afin de préparer l'examen d'entrée au Centre régional de formation professionnelle d'avocats, le présent jugement implique nécessairement, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que lui soit délivrée une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant". En conséquence, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de délivrer au requérant ce titre de séjour et de fixer à un mois le délai à l'expiration duquel il devra être satisfait à cette injonction.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour cette instance. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Seguin, avocat de M. B, sur le fondement des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative. Conformément aux dispositions de cet article 37, la perception de cette somme vaudra renonciation par cet avocat au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions refusant à M. B la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant", l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, opposées par l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 28 mars 2022, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" à M. B.
Article 3 : L'Etat versera à Me Seguin la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026