lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205001 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | OUAHMED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2022 et le 14 octobre 2022, Mme C D, représentée par Me Ouahmed, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui délivrer un visa de long séjour dit " de retour " ;
2°) d'enjoindre aux autorités compétentes de délivrer le visa sollicité, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision du ministre de l'intérieur est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ; les dispositions de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 311-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et la circulaire du 21 septembre 2009 du ministre de l'immigration, de l'intégration et de l'identité nationale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Pollono, substituant Me Ouahmed, avocat de Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante algérienne née le 1er mars 2002 à Arzew (Algérie), qui résidait sur le territoire français sous couvert d'un document de circulation pour étranger mineur (A) est retournée en Algérie en juillet 2020 et a sollicité, après l'expiration de son document de circulation, la délivrance d'un visa de long séjour dit " de retour " auprès des autorités consulaires françaises à Oran. Par une décision en date du 13 septembre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 22 décembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a recommandé au ministre de l'intérieur d'accorder le visa de long séjour sollicité. Par une décision du 14 février 2022, dont Mme D demande l'annulation, le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer le visa " de retour " sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de visa " de retour " présentée par Mme D, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de l'absence de droit au séjour en France de la requérante, et d'autre part, de ses attaches dans son pays d'origine et du fait qu'étant majeure, elle n'a pas vocation à vivre auprès de ses parents.
3. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales () ". Aux termes de l'article L. 312-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour () sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. ". Enfin, aux termes de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426- 5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ". Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.
4. Mme D a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur (A) valable jusqu'au 28 février 2021. Ce document n'a pu être renouvelé compte tenu de sa majorité. Il ressort des pièces du dossier que de retour en Algérie depuis le mois de juillet 2020, elle a sollicité le 16 juin 2021 la délivrance d'un visa " de retour ", soit après l'expiration de son A. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D aurait déposé une demande de certificat de résidence algérien auprès des services préfectoraux avant l'expiration de son document de circulation. Dans ces conditions, la requérante ne pouvait pas prétendre à la délivrance d'un visa " de retour " sur le fondement de l'article L. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Toutefois, Mme D soutient résider en France depuis l'âge de quatre ans et fait valoir que ses parents et ses frères et sœurs vivent régulièrement sur le territoire français et sont tous titulaires d'une carte de résident. Elle produit, à ce titre, une attestation d'hébergement établie par son père. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante était titulaire d'un A en cours de validité lors de son voyage familial en Algérie en 2020 au cours duquel elle a été seule empêchée de regagner la France compte tenu de son âge. Dans ces conditions, eu égard à l'ancienneté de son séjour et de la présence de tous les membres de sa famille en France, le ministre de l'intérieur a, en refusant de lui délivrer un visa de retour, entaché sa décision d'une erreur manifeste.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu s'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 14 février 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer un visa de long séjour à Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 200 euros (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Beyls, conseillère,
Mme Heng, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
La présidente-rapporteure,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. B
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026