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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205074

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205074

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2022 et le 8 novembre 2022, Mme E C A, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer sans délai un récépissé valant autorisation de séjour et de travail le temps de l'examen de cette demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa demande et de sa situation ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur de fait en examinant sa demande au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante ;

- cette décision méconnaît les articles L. 422-1 et L. 435-1 de ce code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente et est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente et est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante tchadienne née le 17 juillet 2000, est entrée en France en dernier lieu le 10 novembre 2017, munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de type C " Schengen " de retour valable du 28 avril 2017 au 27 avril 2018. Le 31 août 2021, elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la régularisation de sa situation de séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 22 mars 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré. Mme C A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 7 septembre 2021, publié le 9 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte les éléments de fait et de droit qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation manque en fait. En outre, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'obligation de quitter le territoire français est fondée, comme c'est le cas en l'espèce, sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 de ce même code, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constate que l'intéressée est de nationalité tchadienne et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, comporte, de ce seul fait, les éléments de fait et de droit qui la fonde. Il en résulte que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, si l'arrêté attaqué relève que Mme C A " n'a sollicité aucun autre titre de séjour " que son admission exceptionnelle au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il mentionne également que celle-ci " ne remplit pas la condition d'âge (16 ans) fixée au 2ème alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", dont il cite les termes. Dans ces conditions, le préfet a procédé, contrairement à ce que soutient la requérante, à l'examen de la situation de celle-ci au regard des conditions de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Si c'est à tort que cet arrêté, après avoir estimé que l'intéressée ne peut prétendre au bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1, indique que l'intéressée " n'a sollicité aucun autre titre de séjour ", cette inexactitude n'est pas, dans ces conditions, propre à vicier la légalité refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen dont serait entaché l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.,

5. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait et une erreur de droit en n'examinant pas sa demande de titre de séjour présentée en qualité d'étudiante.

6. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; / () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'entrée à l'âge de 17 ans en France, Mme C A a été scolarisée de 2017 à 2020 en filière STMG au lycée David d'Angers à Angers et qu'elle a obtenu un baccalauréat en juin 2021, avant de s'inscrire pour l'année 2021-2022 en première année de BTS au lycée polyvalent Chevrollier à Angers. Toutefois, d'une part, alors qu'elle a été scolarisée après l'âge de seize ans en France où elle est entrée sans disposer de visa de long séjour, les éléments produits par la requérante ne suffisent à justifier d'une nécessité particulière liée au déroulement d'études de nature à dispenser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant de la justification d'une entrée régulière sur le territoire français sous couvert d'un visa de long séjour. Dans ces conditions, c'est sans entacher sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a refusé de délivrer à la requérante un titre de séjour en qualité d'étudiante.

8. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

9. Si la requérante, jeune majeure sans charge de famille, est accompagnée en France de ses parents et de sa fratrie, son entrée sur le territoire français est encore relativement récente et elle ne justifie pas d'une insertion particulière, stable, de longue durée et satisfaisante, dans la société française. Sa scolarité sur le territoire français, alors qu'elle était en situation irrégulière, ne constitue pas un motif exceptionnel d'admission au séjour ni ne répond à une considération humanitaire et n'ouvre pas à la requérante un droit au séjour en France. Dès lors, elle n'est pas fondée à prétendre que le préfet de Maine-et-Loire aurait, dans l'exercice du large pouvoir d'appréciation qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle de l'intéressée au séjour en France ni ne répond à des considérations humanitaires, ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'elle aurait fait valoir.

10. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de la durée comme des conditions du séjour de Mme C A en France, le préfet de Maine-et-Loire aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de l'intéressée, en prenant l'arrêté attaqué.

12. En neuvième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, Mme C A n'est pas fondée à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

13. En dixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ".

14. Le délai de départ volontaire a, en principe, pour seul objet de permettre l'organisation du départ et non d'accorder un droit supplémentaire et provisoire au séjour. Ainsi, la seule circonstance tirée de ce que la requérante poursuit une scolarité en France, dans des conditions de séjour irrégulières ne permet pas d'établir qu'un délai supplémentaire aurait dû lui être accordé. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a obligé le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

15. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que Mme C A n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

S. D

Le président,

A. B DE BALEINE La greffière,

L. LECUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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