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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205123

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205123

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 avril 2022, Mme C A et M. B A, représentés par Me Denis Seguin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté leur demande tendant à l'obtention d'un rendez-vous pour permettre à M. B A de déposer une demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de proposer une date de rendez-vous à cette fin ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3.1 de la convention relative aux droits de l'enfant ; le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur ;

- et les conclusions de M. Labouysse, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 1er juin 1996, est entré en France le 21 décembre 2013. Il a épousé, le 10 février 2019, Mme D, ressortissante ivoirienne née le 2 mars 1981, entrée en France le 20 avril 2009 et y séjournant régulièrement. Cette dernière a sollicité, le 10 octobre 2019, le bénéfice du regroupement familial au profit de M. A. Le 3 septembre 2020, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande. Le 12 janvier 2021, Mme A a saisi le tribunal d'une requête tendant à l'annulation de cette décision préfectorale. Sans attendre la décision du tribunal, les époux A ont, le 22 décembre 2021, par l'intermédiaire de leur avocat, adressé au préfet de Maine-et-Loire une lettre le priant " de bien vouloir proposer une date de rendez-vous afin de permettre à M. A de déposer sa demande de titre de séjour ". Le préfet n'ayant pas répondu à cette demande, M. et Mme A demandent l'annulation de la décision implicite par laquelle cette autorité aurait rejeté leur demande de rendez-vous.

2. Aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire. ". Les articles R. 431-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile organisent la procédure d'examen des demandes de titres de séjour susceptibles d'être présentées par des étrangers, autres que ceux qui sollicitent l'asile. Ainsi, le premier alinéa de l'article R. 431-2 prévoit que : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. () ". Le certificat de résidence algérien prévu par le 5°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, que M. A entendait demander, ne figurait pas alors sur cette liste. Selon l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de ce certificat de résidence devait être déposée, soit en préfecture ou dans les lieux désignés par le préfet de département, soit par voie postale dans l'hypothèse où l'autorité administrative l'avait autorisée pour ce titre de séjour.

3. Enfin, aucune disposition législative ou réglementaire, notamment pas les articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.

4. Comme il a été dit, le conseil des époux A a saisi, par un courrier reçu le 24 décembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire d'une demande de rendez-vous afin de permettre à M. A de déposer une demande de titre de séjour. Les requérants soutiennent, sans être contredits, ne pas avoir obtenu de rendez-vous à la suite de leur demande. Ils ne justifient toutefois pas avoir questionné la préfecture sur l'état d'avancement de leur demande de rendez-vous, ni avoir sollicité les motifs du refus qui leur avait été implicitement opposé. Ils ne justifient pas davantage avoir demandé au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de leur communiquer, dans un délai déterminé, une date de rendez-vous. Par ailleurs, comme il a été dit, une demande de regroupement familial avait été déposée par Mme A au profit de son époux et le refus opposé à cette demande par le préfet faisait l'objet d'une action contentieuse pendante devant le tribunal. Dans ces conditions et alors que M. A était présent sur le territoire français depuis 2013, les moyens tirés par les requérants de ce que le préfet, en s'abstenant de répondre à leur demande de rendez-vous, aurait porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, méconnu les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que les époux A ne sont pas fondés à demander l'annulation du refus implicite opposé par le préfet de Maine-et-Loire à leur demande de rendez-vous.

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. A, n'appelle, dès lors, aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par les intéressés doivent, par suite, être rejetées.

7. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M.Xavier Catroux, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien,

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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