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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205145

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205145

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDROUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 avril 2022 et 6 janvier 2023,

Mme B F A, représentée par Me Drouet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai, et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) à titre subsidiaire, sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Le refus de séjour :

- est illégal dès lors qu'il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

L'obligation de quitter le territoire :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme F A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F A, née le 12 novembre 1997, de nationalité congolaise, est entrée sur le territoire français le 28 septembre 2017 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante, valable du 11 septembre 207 au 11 septembre 2018. L'intéressée a bénéficié de titres de séjour en cette même qualité jusqu'au 30 septembre 2021. Elle en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 10 janvier 2022, dont la requérante demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur le moyen commun aux différentes décisions :

2. L'arrêté du 10 janvier 2022 a été signé par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du

31 août 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Pour refuser à Mme F A le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée, qui n'avait validé qu'une seule année d'études en quatre ans de présence en France, ne justifiait pas qu'elle menait avec sérieux les études entreprises sur le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, entrée en France en 2017 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante, était inscrite, pour l'année universitaire 2017-2018 en Licence " Biologie, Géosciences, Chimie année 1 " et qu'elle a été ajournée avec une moyenne de 5,55 sur 20. Elle a été réinscrite en " Licence Biologie, Géosciences, Chimie année 1 " durant l'année universitaire 2018-2019 et a été admise avec une moyenne de 10,28 sur 20. Durant l'année universitaire 2019-2020, elle a été inscrite en " Licence Sciences de la vie année 2 " et a été ajournée avec une moyenne de 8,92 sur 20. Elle a été réinscrite en " Licence Sciences de la vie année 2 " durant l'année universitaire 2020-2021 et a de nouveau été ajournée avec une moyenne de 9,75 sur 20. L'ensemble de ces éléments démontre que Mme F A n'avait validé à la date de la décision attaquée qu'une seule année d'étude malgré quatre ans de présence en France et qu'elle a obtenu sa première année de licence avec une moyenne à peine supérieure à 10 sur 20. Si la requérante, qui fait valoir qu'elle a été admise au titre de l'année universitaire 2021-2022 avec une moyenne de 10,29 sur 20, produit un relevé de notes du 7 juin 2022 et justifie de son inscription pour l'année universitaire 2022-2023 en " Licence Sciences de la vie et de la terre année 3 ", les éléments dont elle se prévaut sont postérieurs à la décision attaquée et restent dès lors sans incidence sur sa légalité. Enfin, Mme F A soutient qu'elle a souffert de fibromes utérins bénins et qu'elle a dû être hospitalisée au mois de mars 2021, puis au mois de novembre 2021, auprès du centre hospitalier universitaire de Nantes et que compte tenu de cette pathologie, elle n'a pas été en capacité de se concentrer sur ses études. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi d'ailleurs que la requérante le fait elle-même valoir, que ces pathologies étaient bénignes, traitées par antalgiques et qu'elle n'a été hospitalisée que pendant trois jours au mois de mars 2021 et une seule journée en novembre 2021. L'intéressée ne démontre pas que cette pathologie l'aurait empêchée durablement de poursuivre ses études et aurait préjudicié à l'obtention de son diplôme. Si Mme F A précise qu'elle a été contrainte de travailler pour subvenir à ses besoins, elle ne démontre pas dans quelle mesure cette circonstance aurait affecté le déroulement de ses études alors que de nombreux étudiants sont astreints de travailler pour financer leur scolarité. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire ministérielle du

7 octobre 2008, qui ne présentent pas un caractère règlementaire. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que Mme F A ne justifiait pas du sérieux des études poursuivies.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. "

7. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui garantit le droit au respect de la vie familiale, est inopérant à l'encontre d'une décision de refus de renouveler une carte de séjour portant la mention " étudiant ", qui procède exclusivement d'une appréciation par l'autorité préfectorale, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la satisfaction des conditions requises pour la délivrance d'un tel titre de séjour et de la réalité et du sérieux des études poursuivies par l'intéressée.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte des points 2 à 7 du jugement que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Mme F A n'est dès lors pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme F, célibataire, sans enfant, n'était présente sur le territoire depuis quatre ans et trois mois à la date de la décision attaquée. Alors que son titre de séjour pour études ne lui donnait pas vocation à s'établir de manière pérenne sur le territoire national, elle n'établit pas avoir tissé en France des liens particulièrement intenses et anciens et n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de son activité à temps partiel en tant qu'agent de service auprès de la société SERENET depuis novembre 2019, cette expérience professionnelle, exercée de manière accessoire à ses études, ne permet pas d'établir son insertion professionnelle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

10. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F A ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F A, à Me Victoria Drouet et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le rapporteur,

Y. E

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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