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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205178

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205178

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCUJAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 avril 2022 et le 7 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Cujas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de visa dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- la décision est entachée d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né en 1976, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours, réceptionné le 22 février 2022, contre la décision de l'autorité consulaire française à Casablanca du 4 février 2022 refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de travailleur salarié.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

3. Faute pour le requérant de justifier de la présentation, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, d'une demande de communication des motifs de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de la commission doit être écarté.

4. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la commission doit être réputée comme ayant rejeté le recours de M. B au motif qu'il existerait une inadéquation entre les qualifications et l'expérience de l'intéressé et l'emploi qu'il soutient vouloir exercer en France.

5. La décision de la commission étant née implicitement du silence gardé par elle sur le recours présenté par M. B contre la décision de l'autorité consulaire française, le moyen de la requête tiré de défaut d'examen particulier de la situation du requérant ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ".

7. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

8. Par une décision du 16 août 2021, le ministre de l'intérieur a accordé une autorisation de travail à l'entreprise " N-PROJETEL " pour recruter M. A B en qualité de soudeur à l'arc électrique en contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2021 pour un salaire brut mensuel de 1 950 euros. Il ressort des pièces du dossier que M. B est titulaire d'un certificat de technicien en industrie mécanique délivré au mois de juin 2001. Si le requérant produit une attestation établie le 28 septembre 2021 par un agent municipal d'une commune au Maroc certifiant qu'il exerce à la date de l'attestation le métier de soudeur, il ne verse au dossier aucun contrat de travail ni aucun bulletin de paie et indique sur son curriculum vitae, communiqué à l'administration, avoir exercé de 2001 à 2002 " dans l'atelier mécanique " puis " de 2010 à ce jour " en tant que " soudeur dans la zone Hay Mohammadi " sans plus de précisions sur l'identité de ses employeurs et le détail de son activité par année et sans faire état d'une activité professionnelle entre 2002 et 2010. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission a estimé que M. B ne justifiait pas suffisamment de l'adéquation entre le poste envisagé et ses expériences et qualifications professionnelles.

9. Par ailleurs, il ne ressort pas des écritures du ministre en défense que la décision de la commission serait entachée d'une erreur de fait.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de M. B contre la décision lui refusant la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

11. Le présent jugement rejetant les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France il y a lieu de rejeter également par voie de conséquence les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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