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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205310

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205310

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2022, et un mémoire, enregistré le 21 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Hamid Kaddouri puis par Me Karim Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du préfet de Maine-et-Loire du 28 mars 2022 lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale", l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer ce titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, de prescrire à cette même autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été opposées dans un arrêté qui a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- il devra être justifié de l'établissement, conformément aux articles R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et d'un rapport par un médecin de l'OFII, ainsi que de la transmission de ce rapport au collège des médecins de l'OFII en vue de la délivrance de leur avis ; devront être par ailleurs justifiés la nomination des membres de ce collège ainsi que le caractère collégial de l'avis ;

- le refus de séjour méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été opposé en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard duquel le préfet de Maine-et-Loire n'a procédé à aucun examen ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- il ne pouvait être éloigné dès lors qu'il entre dans le champ des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter sans délai le territoire français a été opposée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation ;

- la décision relative au délai de départ volontaire procède d'un défaut d'examen de sa situation ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision relative au délai de départ volontaire, la décision fixant son pays de renvoi et l'interdiction de retour pendant douze mois;

- ces deux dernières décisions ont été opposées en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 23 janvier 2023 à 12h00.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 16 juin 2022, modifiée le 9 novembre 2022, de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- l'arrêté de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 mars 2023 à partir de 9h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant de nationalité albanaise qui est né le 20 février 1979. Il est entré en France le 21 septembre 2017 en compagnie de Mme C D, épouse A, née le 26 avril 1985, et de leurs deux enfants nés en 2008 et en 2012. Sa demande d'asile, et celle de son épouse, ont été rejetées en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juin 2018. Entre le 24 juillet 2019 et le 23 janvier 2020, M. A a, comme son épouse, bénéficié d'autorisations provisoires de séjour en qualité de parents accompagnant l'un de leurs deux enfants en raison de son état de santé. Pendant la période de validité de cette autorisation, plus précisément le 17 octobre 2019, M. A s'est vu opposer un refus à la demande de titre de séjour qu'il avait lui-même présentée en invoquant le bénéfice des dispositions alors inscrites au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son propre état de santé. Le 21 février 2020, M. A s'est vu opposer une décision rejetant sa demande tendant au renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivrée jusqu'au 23 janvier 2020 et une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ultérieurement, M. A et son épouse ont, chacun, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces demandes ont été rejetées le 1er juillet 2020. Le 19 octobre 2021, M. A a de nouveau sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé en revendiquant ainsi le bénéfice des dispositions désormais inscrites à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français, l'a privé d'un délai de départ volontaire pour exécuter lui-même cette obligation, a fixé son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois. M. A demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif notamment aux pouvoirs des préfets : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () au secrétaire général () ".

4. L'arrêté du 28 mars 2022 a été signé, non par le préfet de Maine-et-Loire, mais "pour le préfet" par Mme E F en qualité de secrétaire générale de la préfecture de ce département. Cette dernière bénéficiait, par arrêté de ce préfet, pris le 7 septembre 2021 et publié le 9 septembre suivant au recueil des actes administratifs de ce même département, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relatives au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé, non pas de l'ensemble des éléments soumis à l'examen de l'autorité ayant pris cette décision, mais uniquement des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Eu égard à la finalité de l'obligation de motivation, est sans incidence sur le respect de celle-ci la circonstance que l'énoncé de ces considérations révèlerait un défaut d'examen de la situation du demandeur.

6. Il ressort de la lecture de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 28 mars 2022 qu'il vise les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisant les conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé et qu'il indique celles de ces conditions dont l'autorité préfectorale a estimé qu'elles n'étaient pas satisfaites en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour doit être écarté.

7. En troisième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 425-9,

R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale apprécie s'il y a lieu de délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au regard d'un avis d'un collège de médecins à compétence nationale du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dont la composition est fixée par une décision de son directeur général. Il résulte par ailleurs des dispositions des articles R. 425-12 et R. 425-13 de ce code et de celles des articles 6 et 8 de l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016, que cet avis doit être émis au vu notamment d'un rapport médical établi par un médecin instructeur de l'OFII, lequel ne doit pas siéger au sein du collège. Cet avis, selon les dispositions de l'article 6 de cet arrêté, est rendu à l'issue d'une délibération et il doit être signé par les trois médecins composant le collège.

8. Le refus de séjour en litige a été pris au regard d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII émis le 7 décembre 2021, ainsi qu'en atteste la mention "après en avoir délibéré", laquelle fait foi jusqu'à preuve du contraire qui n'est pas apportée en l'espèce. Ce collège était composé de trois médecins l'ayant chacun signé, et qui ont été régulièrement nommés par la décision du 7 juin 2021 du directeur général de cet établissement, publiée sur le site internet de l'OFII. Cet avis a été rendu au vu du rapport établi par un autre médecin de ce même établissement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer un défaut de justification du caractère collégial de l'avis et à soutenir que la composition du collège de médecins l'ayant délivré aurait été irrégulière.

9. En quatrième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté pris à l'encontre de M. A que pour rejeter sa demande de titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'il peut voyager sans risques vers cet Etat.

10. Le préfet de Maine-et-Loire, pour opposer le motif tiré de la possibilité pour M. A de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie en Albanie, s'est notamment appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 17 décembre 2021. Pour émettre cet avis, ce collège s'est fondé en particulier, ainsi que cela résulte des dispositions des articles R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 visé ci-dessus, sur un rapport médical d'un médecin instructeur de l'OFII établi à partir d'un certificat médical délivré par un médecin ayant suivi l'intéressé. Le collège s'est fondé également sur des informations relatives aux possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Albanie, mises à la disposition des médecins faisant partie de ce collège grâce à des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires publiés au Journal Officiel de la République française, en annexe à l'arrêté du 5 janvier 2017. Cette annexe, également intitulée "bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine", recense, le cas échéant avec leur adresse, les sites internet institutionnels et associatifs, français, étrangers et internationaux comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine des demandeurs de titres de séjour pour raison médicale, ainsi que ceux relatifs aux pathologies les plus fréquemment rencontrées. Reprise sous la rubrique "ressources documentaires internationales de santé" en accès libre sur le site internet de l'OFII, cette annexe doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.

11. M. A est suivi pour des problèmes cardiaques et pneumologiques, pour une hypoacousie bilatérale et pour des acouphènes. S'il bénéficie de prestations de kinésithérapie respiratoire hebdomadaire, le programme de réhabilitation respiratoire sur huit semaines, encadré par une équipe médicale pluridisciplinaire, n'a cependant été mis en place que plusieurs mois après la date de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité. M. A fait également l'objet d'un suivi pneumologique donnant lieu à des rendez-vous réguliers pour la réalisation de tests d'effort, de spirométries ou encore de pléthysmographies. Le suivi cardiologique est annuel. Il prend par ailleurs plusieurs médicaments, comme cela ressort de différents comptes-rendus médicaux et d'ordonnances. Il bénéficie enfin d'un appareillage lié à son hypoacousie et ses acouphènes. Aucun des documents médicaux évoquant l'état de santé de M. A, et en particulier sa prise en charge, ne se prononce expressément sur la disponibilité des différentes prestations de soins dont il bénéficie et des nombreux médicaments qui lui sont prescrits. M. A, qui se borne à évoquer de manière globale la précarité de l'offre de soins en Albanie, ne développe aucune argumentation précise concernant l'impossibilité d'y bénéficier effectivement de tout ou partie de ces prestations et médicaments. La documentation émanant du Gouvernement du Canada dont il se prévaut, dont la dernière mise à jour remonte au mois de janvier de l'année 2023, est rédigé en des termes beaucoup trop généraux pour considérer qu'elle concernerait de manière spécifique tout ou partie de la prise en charge de l'état de santé du requérant. Enfin, M. A n'étaye pas sérieusement ses allégations concernant l'impossibilité, au regard du coût des soins en Albanie, de bénéficier effectivement de cette prise en charge dans ce pays, en produisant un document non daté et non référencé, que le requérant présente pourtant comme émanant du Conseil de l'Europe. Ce document se borne au demeurant à évoquer une absence de prise en charge par le système de protection sociale des dépenses liées à l'acquisition d'appareils auditifs. Au regard de ces éléments et compte tenu des conditions, rappelées au point 10, dans lesquelles l'avis a été émis par le collège de médecins de l'OFII sur la situation de M. A au regard de son état de santé, l'intéressé ne peut être regardé comme ne pouvant pas bénéficier effectivement dans son pays de la prise en charge de ses pathologies. Par suite, le requérant, qui ne conteste pas qu'il peut voyager sans risque, n'est pas fondé à soutenir que les motifs du refus de séjour qui lui ont été opposés seraient entachés d'une erreur d'appréciation et que cette décision méconnaîtrait ainsi les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour à M. A aurait été présentée pour un motif familial, ni qu'il y aurait fait état de l'existence d'une atteinte à sa vie privée et familiale en cas de rejet de cette demande. Dans ces conditions, d'une part, le préfet de Maine-et-Loire n'était pas tenu d'examiner s'il y avait lieu de mettre en œuvre les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale avant de décider de rejeter cette demande de titre de séjour, d'autre part, le moyen tiré de ce que le refus de séjour méconnaîtrait cet article ne peut être utilement invoqué pour contester la légalité de cette décision.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet de département est compétent pour prononcer l'obligation de quitter le territoire français d'une personne de nationalité étrangère. La délégation de signature mentionnée au point 4 du présent jugement couvre également les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de cette décision opposée à M. A ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas, lorsqu'elle est, comme en l'espèce, fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, le refus de séjour opposé à M. A est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté.

15. En troisième lieu, l'ensemble des moyens critiquant la légalité du refus de séjour opposé au requérant ayant été précédemment écartés, M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

16. En quatrième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut " faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

17. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pourrait pas, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

18. En cinquième lieu, une obligation de quitter le territoire français ne peut être opposée si elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'un ressortissant étranger et si elle méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. A la date de la décision attaquée, M. A y séjournait depuis plus de quatre années, mais il est entré irrégulièrement en France et, pendant la durée de ce séjour, il n'a été autorisé à se maintenir dans ce pays que pendant l'instruction de sa demande d'asile avant de bénéficier d'un droit au séjour à caractère provisoire, pendant seulement seize mois, lié aux soins prodigués à l'un de ses enfants. Postérieurement à la reconnaissance de ce droit au séjour, il a fait l'objet, comme son épouse, d'une obligation de quitter le territoire français le 21 février 2020, qu'il n'a pas exécutée. Aucun élément ne permet d'établir que la scolarité des deux enfants de M. A, qui ont vocation à suivre leur père, ainsi que leur mère, qui fait toujours l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et qui ont été scolarisés en Albanie avant leur entrée en France, ne pourrait pas se poursuivre en dehors du territoire français. Son fils est atteint de diverses pathologies, mais il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des pièces médicales produites faisant état de la prise de médicaments pour l'asthme, d'un suivi pour l'obésité de cet enfant et de rendez-vous pour une échographie cardiaque à partir du mois de septembre de l'année 2022, donc postérieurement à la décision attaquée, que son état de santé serait d'une gravité telle qu'il devrait nécessairement rester en France pour bénéficier d'une prise en charge. Aucun élément ne permet par ailleurs de penser que cette prise en charge ne pourrait pas être assurée en Albanie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales en dehors du territoire français puisque quatre de ses frères et sœurs résident en Albanie et qu'un autre frère réside en Angleterre. Dans ces conditions, le préfet de Maine-et-Loire n'a commis aucune erreur d'appréciation en estimant que l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. A ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaissait, par suite, pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, l'obligation de quitter le territoire français en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. A.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au délai de départ volontaire :

21. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

22. En premier lieu, l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet de département est compétent pour prendre une décision relative au délai de départ volontaire. La délégation mentionnée au point 4 du présent jugement couvre également la signature d'une telle décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de cette décision opposée à M. A ne peut qu'être écarté.

23. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté du 28 mars 2022 pris à l'encontre de M. A que le préfet de Maine-et-Loire, après avoir décidé d'opposer à l'intéressé une obligation de quitter le territoire français, s'est référé aux dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a indiqué que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise le 23 janvier 2020. Dans ces conditions, la décision privant M. A d'un délai de départ volontaire est suffisamment motivée.

24. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité au regard des moyens précédemment examinés, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de la décision relative au délai de départ volontaire.

25. En quatrième lieu, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté pris à l'encontre de M. A que le préfet de Maine-et-Loire, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments qui ont été soumis à son examen, n'aurait pas procédé à l'examen de la situation globale de l'intéressé avant de décider de le priver d'un délai de départ volontaire.

26. En dernier lieu, au regard notamment des éléments mentionnés au point 19, et alors même que la scolarité des enfants de M. A pourrait être du jour au lendemain interrompue du fait de la décision privant ce dernier d'un délai de départ volontaire pour quitter de lui-même le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision relative au départ volontaire doivent être écartés.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :

27. En premier lieu, l'article R. 721-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet de département est compétent pour fixer le pays de renvoi d'un étranger en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. La délégation de signature mentionnée au point 4 du présent jugement couvre également les décisions relatives au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire à prendre l'arrêté formalisant la décision fixant le pays de renvoi de M. A ne peut qu'être écarté.

28. En deuxième lieu, l'arrêté du 28 mars 2022 pris à l'encontre de M. A vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. Il indique par ailleurs que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté du 28 mars 2022 énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi du requérant de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

29. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité au regard des moyens précédemment examinés, M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de la décision fixant son pays de renvoi.

30. En dernier lieu, au regard des éléments mentionnés au point 19, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision relative au départ volontaire doivent être écartés.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour pendant une durée de douze mois :

31. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

32. En premier lieu, l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet de département est l'autorité administrative compétente pour prononcer une interdiction de retour et en fixer la durée. La délégation de signature mentionnée au point 4 du présent jugement couvre également de telles décisions. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire à prendre l'arrêté formalisant l'interdiction de retour en France pendant une durée de douze mois opposée à M. A ne peut qu'être écarté.

33. En deuxième lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué qu'il vise les dispositions citées au point 31 et énonce les éléments de la situation de l'intéressé que le préfet de Maine-et-Loire a mobilisés pour ne pas déroger au principe de l'interdiction de retour et en fixer la durée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour pendant une durée de douze mois doit être écarté. Il ne ressort pas de cette motivation que le préfet de Maine-et-Loire, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments soumis à son examen, n'aurait pas procédé à un examen de tous les éléments dont il disposait concernant la situation de M. A avant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

34. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 19 et alors qu'il ressort surtout des pièces du dossier que l'épouse et les enfants de M. A ont vocation à le suivre lorsqu'il sera éloigné du territoire français, l'interdiction de retour pendant la durée maximale de douze mois qui lui a été opposée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnait, par suite, pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

35. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation des décisions refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui interdisant le retour pendant douze mois en France, opposées par l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris à son encontre le 28 mars 2022. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Karim Smati.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

D. G

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

No 2205310

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