vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
A une requête et un mémoire enregistrés le 26 avril 2022 et le 25 novembre 2022, Mme K Q et M. T O, représentés A Me Richard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision A laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité diplomatique française au Centrafrique du 15 juillet 2021 refusant de délivrer à M. T O et aux enfants W G B, Y L D, V F I et P F des visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'annuler les cinq décisions de l'autorité diplomatique française en Centrafrique du 15 juillet 2021 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France à M. T O et aux enfants W G B, Y L D, V F I et P F dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, ou à défaut de réexaminer les demandes de visas dans le même délai.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission porte une atteinte excessive à l'intérêt supérieur des enfants tel que protégé A l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision a fait une inexacte application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux demandes de visa faites dans le cadre de la réunification familiale.
A un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés A les requérants ne sont pas fondés.
A décision du 28 février 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme Q au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport Z Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Q, ressortissante centrafricaine née en 1979, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire A décision de la Cour nationale du droit d'asile du 8 octobre 2018 et soutient être la mère de cinq enfants vivant en Centrafrique, nommés Alex Tony Lee O, Andrea Jessica B, Y L D, Josué Simon Paul F I et Jefferson F. A leur requête, Mme Q et M. O demandent au tribunal d'annuler les cinq décisions de l'autorité diplomatique française en Centrafrique refusant de délivrer aux cinq enfants allégués Z Q des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, et d'annuler la décision A laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises A les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise A les autorités diplomatiques ou consulaires. A suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée aux décisions de l'autorité diplomatique française en Centrafrique du 15 juillet 2021. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours.
3. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que la commission est réputée avoir rejeté le recours formé devant elle aux motifs tirés, d'une part, du caractère partiel de la demande de réunification familiale, au vu des déclarations incohérentes et inconstantes Z Q quant au nombre de ses enfants, à leur filiation paternelle et aux personnes avec lesquelles ils se trouvaient et, d'autre part, de ce que les documents produits pour justifier de l'état civil des demandeurs de visa ne permettaient pas suffisamment d'établir leur filiation avec Mme Q.
En ce qui concerne le caractère partiel de la réunification familiale :
4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° A son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié A une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° A son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° A les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 434-1 du même code, rendu applicable à la procédure de réunification familiale A l'article L. 561-4 de ce code, prévoit que : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Il résulte de ces dispositions que le regroupement familial ou la réunification familiale doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'un regroupement ou une réunification familiale partielle ne peut être autorisée, à titre dérogatoire, que si l'intérêt des enfants le justifie.
5. Il ressort d'une note de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du mois d'avril 2021 que Mme Q a déclaré dans son formulaire de demande d'asile complété au mois de mai 2016 être la mère de six enfants, à savoir les cinq enfants concernés A les demandes de visas litigieuses, et l'enfant M F né en 2013. La requérante soutient dans ses écritures que son fils M est décédé le 12 juillet 2018 et produit la copie intégrale d'un acte de décès dressé le 13 mars 2019 A un officier d'état civil d'une commune de Centrafrique dont il ressort que le décès de l'enfant M F a été déclaré le 14 juillet 2018, soit postérieurement à la demande d'asile de l'intéressée. La requérante est donc bien fondée à soutenir qu'en retenant l'incohérence de ses déclarations quant à la composition de sa famille eu égard au décès de son fils M, l'administration a commis une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne le lien de filiation des demandeurs de visa avec la requérante :
6. L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis A l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
7. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies A l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue A tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation A l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits A les parties.
8. Le ministre relève en défense que la validité de la pièce d'identité de M. R O, et de celle de M. H B, pères allégués de certains enfants, sont expirées. Ces circonstances sont toutefois sans incidence sur l'existence d'un lien de filiation entre Mme Q et ses enfants allégués. De même, la circonstance que les demandes de visa ont été présentées A une tierce personne dont le lien avec les demandeurs ne serait pas établi n'est pas de nature à remettre en cause l'existence du lien de filiation allégué.
9. Il ressort d'une note de l'OFPRA du mois d'avril 2021 que Mme Q a déclaré lors de son entretien le 22 septembre 2016 avoir eu quatre enfants avec M. C E, décédé, et deux enfants avec M. R O, désigné comme son époux, également décédé. La requérante affirme dans la présente instance que son premier enfant est issu de son union avec M. R O, ses deuxième et troisième enfants de sa relation avec M. H B puis M. J D et que ses trois derniers enfants sont issus de sa relation avec M. F. Pour expliquer la discordance entre ses déclarations, la requérante explique, d'une part, s'être exprimée en langue sango lors de son entretien à l'OFPRA et émet l'hypothèse que l'interprète qui l'assistait n'a pas parfaitement compris tous ses propos et ajoute, d'autre part, qu'elle était encore dans un état émotionnel perturbé en raison des traumatismes vécus en Centrafrique. Elle produit trois duplicata d'actes de naissance, établis au mois de février 2019, faisant état de la naissance le 30 janvier 2002, déclarée le 4 février suivant, de M. T O, de l'union entre M. R O et Mme K X Q, de la naissance Z W G B le 6 décembre 2004, déclarée le 10 décembre suivant, de la relation entre M. H B et Mme K Q et de la naissance de l'enfant Simonia Annicette Olivia D le 5 mai 2006, déclarée le 9 mai suivant, de la relation entre M. J D et Mme K Q. Si le ministre relève que le duplicata d'acte de naissance de l'enfant Alex O a été raturé et modifié et que la signature de l'intéressé y figurant n'est pas celle apparaissant sur son formulaire de demande de visa et sur son passeport, le document joint au mémoire en réplique des requérants ne fait pas apparaître de ratures ou de réécritures et ne comporte que la signature de l'officier d'état civil. Enfin, d'après deux copies intégrales d'actes de naissance dressées le 10 février 2020, l'enfant Josué Simon Paul F I et l'enfant Jefferson Jephté Stéphane F sont nés le 19 octobre 2007 et le 13 juin 2010 de la relation entre M. N F U et Mme K X Q et leurs naissances ont été déclarées le 22 octobre 2007 et le 15 juin 2010. Compte tenu des cinq actes produits, dont la régularité n'est pas sérieusement contestée A l'administration et dont les mentions biographiques correspondent à celles figurant sur les quatre passeports produits, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir pour établis l'identité des cinq demandeurs de visa et leur lien de filiation avec Mme Q, la commission a commis une erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant le recours formé contre les décisions de refus de visa.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer les demandes de visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer ces demandes dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D É C I D E :
Article 1er : La décision A laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions refusant la délivrance d'un visa de long séjour à M. T O et aux enfants W G B, Y L D, V F I et P F, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer les demandes de visas de M. T O, Z W G B et des enfants Y L D, V F I et P F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme K Q, à M. T O et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026