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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205346

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205346

vendredi 13 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, Mme C F épouse E, agissant en son nom et au nom de l'enfant mineur A B, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française en Centrafrique refusant de délivrer un visa de long séjour à l'enfant Rayan B en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car présentée tardivement ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme F.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 décembre 2022 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Le Floch, substituant Me Rodrigues Devesas, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante centrafricaine née en 1988, a obtenu le 12 mai 2021 une autorisation de regroupement familial du préfet du Morbihan afin de faire venir l'enfant Rayan B qu'elle présente comme sa fille, née le 4 juillet 2009, également de nationalité centrafricaine. Par sa requête, Mme F demande au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision de l'autorité diplomatique française en Centrafrique refusant de délivrer à l'enfant Rayan B un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire d'une procédure de regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de la lecture de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que celle-ci a rejeté le recours formé devant elle aux motifs que l'identité et le lien de filiation de l'enfant Rayan B avec Mme C F ne seraient pas établis dès lors qu'une enquête locale du poste consulaire aurait conclu au fait que Mme F avait accouché d'un garçon et non d'une fille, que l'acte de naissance de l'enfant n'avait été dressé qu'en 2019 et qu'un jugement supplétif avait été produit en 2021, postérieurement à la demande de visa.

3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". La circonstance qu'une demande de visa de long séjour a pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure notamment au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.

4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Mme F soutient être la mère d'une enfant nommée Rayan B, née le 4 juillet 2009, et produit à l'appui de sa requête un jugement supplétif rendu le 18 mars 2019 par le tribunal de grande instance de Bangui d'après lequel l'enfant Rayan B, de sexe féminin, est née le 7 juillet 2009 de l'union entre M. D B et Mme C F. La requérante verse également au dossier un acte de transcription du jugement supplétif dressé le 5 juillet 2019. Il ne ressort pas des déclarations de la requérante que la différence de trois jours entre la date de naissance apparaissant sur le jugement supplétif et l'acte de transcription d'une part et la date de naissance déclarée par la requérante dans sa demande de regroupement familial et ses écritures résulterait d'une erreur matérielle sur les actes en question. La requérante produit par ailleurs un jugement rectificatif d'erreur matérielle corrigeant le nom d'un centre de santé mentionné dans le jugement supplétif du 18 mars 2019, mais n'apportant aucune rectification concernant la date de naissance de l'enfant. Il ressort en outre d'une attestation signée le 4 février 2021 par la cheffe du service de gynécologie de la maternité de Boy Rabe de Bangui que celle-ci a certifié que Mme C F y avait accouché le 4 juillet 2009 d'un enfant de sexe masculin. Dans ces conditions, eu égard à l'absence d'explications apportée à la différence de date de naissance et de sexe de l'enfant, le jugement supplétif du 18 mars 2019 versé au dossier ne peut être regardé comme authentique.

6. Si la requérante produit des captures d'écran de téléphone portable faisant apparaître des échanges de notes vocales au mois d'avril 2022 avec un contact nommé " Ma Mam Chérie ", ni l'identité des correspondants, ni la teneur ou la fréquence des échanges ne ressort de ces pièces. Par ailleurs, si les photographies jointes aux écritures de la requérante sont variées et prises dans des contextes différents, les pièces du dossier ne permettent pas d'identifier de façon suffisamment certaine les personnes apparaissant sur ces photos et ne peuvent en tout état de cause suffire à établir la réalité du lien de filiation allégué. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la commission était bien fondée à soutenir que l'identité et le lien de filiation de l'enfant Rayan Osman avec Mme F n'étaient pas suffisamment établis. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Faute pour la requérante de justifier d'un lien de filiation avec l'enfant Rayan Osman pour laquelle une demande de visa a été présentée, le moyen de la requête tiré de l'atteinte disproportionnée portée par la décision litigieuse au droit des intéressées au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur les conclusions accessoires :

10. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter par voie de conséquence les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F épouse E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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