vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LE FLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 avril 2022 et le 16 novembre 2022, A E B et M. D B, agissant en leur nom et au nom de l'enfant mineure F B, A C B et A G B, représentés par Me Le Floch, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les quatre décisions du 6 décembre 2021 de l'autorité consulaire française à Dakar refusant de délivrer des visas de long séjour à M. D B, A C B, A G B et A F B en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas de long séjour sollicités dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer les demandes de visas dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Le Floch au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
4°) en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle ou d'admission à l'aide juridictionnelle partielle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas établi que la commission se soit réunie en étant régulièrement composée ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
A E B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 12 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de A Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Le Floch, avocate des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. A B, ressortissante sénégalaise née en 1981 et titulaire d'une carte de résidente, soutient être mariée à M. D B et avoir trois filles, C B, G B et F B, nées en 2002, 2003 et 2010 à Dakar au Sénégal. A B a obtenu pour son époux et ses trois filles allégués une autorisation de regroupement familial du sous-préfet de Loire-Atlantique le 12 novembre 2020. Par leur requête commune, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné par la commission le 7 février 2022, formé contre les quatre décisions de l'autorité consulaire française à Dakar au Sénégal, refusant de délivrer à M. B et aux trois filles alléguées H A B les visas de long séjour sollicités en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. La requérante ayant obtenu, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes, le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, les conclusions de la requête tendant à l'admission des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ont perdu leur objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la commission est réputée avoir rejeté le recours formé devant elle au motif que l'acte de naissance produit à l'appui de la demande de visa de M. B ne permettait pas d'établir son identité et son lien de famille avec la regroupante et que les éléments de possession d'état produits ne permettaient pas d'établir l'existence d'un lien de filiation entre A B et ses trois filles alléguées.
4. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure notamment au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Pour justifier de l'identité de M. D B, a été présentée, à l'appui de la demande de visa, une copie littérale d'acte de naissance portant mention d'un acte n° 152 du 15 février 1994, faisant état de la naissance de M. D B le 6 mai 1984 dans la commune de Niaguis, dressé sur la base d'un jugement d'autorisation tardive de naissance du tribunal d'instance de Ziguinchor (Sénégal) du 2 octobre 1989, non produit devant l'administration ni à l'instance. Les requérants versent à l'instance un " jugement d'autorisation d'inscription de naissance " du 27 avril 2022 du tribunal d'instance de Ziguinchor, statuant sur une requête de M. D B, dont il ressort que cette juridiction a autorisé l'inscription sur le registre des naissances de M. D B né le 6 mai 1984 à Niaguis. Le jugement indique que la naissance de l'intéressé " n'a pas été déclarée dans le délai légal et n'a donc pu être inscrite sur les registres de naissance du centre principal de Niaguis ".
7. Pour justifier la coexistence de ces différents documents, M. B indique que l'acte de naissance portant le numéro 152 et la mention de l'année 1994 concernait une tierce personne. Les requérants versent également à l'instance un extrait du registre des actes de naissance portant le numéro 122, sur lequel apparaît la transcription du jugement du 27 avril 2022, ainsi qu'une copie de la carte d'identité sénégalaise de M. B et la copie d'un passeport délivré au mois de septembre 2022 portant le numéro 1080202200122. Eu égard aux mentions biographiques concordantes figurant sur le jugement supplétif du 27 avril 2022, la carte d'identité sénégalaise et la copie du passeport délivré à M. B, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir pour établie son identité, la commission a commis une erreur d'appréciation.
8. S'agissant des filles alléguées H A B, ont été produits à l'appui de la demande de visa trois passeports et des certificats de scolarité, lesquels ne permettaient pas d'établir le lien de filiation revendiqué. Les requérants versent à l'instance trois copies littérales d'actes de naissance établies respectivement le 14 février 2020 par l'officier d'état civil de la commune de Biscuiterie, le 21 février 2021 par l'officier d'état civil de la commune de Grande-Yoff et le 2 février 2021 par l'officier d'état civil de la même commune. D'après ces documents, les enfants C B, G B et F B sont nées le 8 avril 2002, le 24 octobre 2003 et le 17 décembre 2010 et les actes originaux ont été établis respectivement le 30 décembre 2002, le 16 avril 2004 et le 30 décembre 2010. L'aînée apparaît comme étant la fille de A E B, sans père déclaré, et les deux cadettes comme les filles de A B et de M. B. En l'absence de contestation sérieuse de la régularité de ces actes, dont les mentions biographiques correspondent à celles figurant sur leurs trois passeports, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir pour établies l'identité et la filiation des trois demanderesses de visa, la commission a commis une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les quatre décisions de l'autorité consulaire française à Dakar refusant de délivrer des visas de long séjour à M. D B et aux enfants C B, G B et F B au titre du regroupement familial.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D B et aux enfants C B, G B et F B les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) dans la présente affaire. Par suite, Me Le Floch peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Floch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Floch de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission des requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant implicitement le recours en contestation des décisions de refus de délivrance de visas de long séjour à M. D B et aux enfants C B, G B et F B est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D B et aux enfants C B, G B et F B les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Le Floch une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à A E B, à M. D B, à A C B, à A G B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
A Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
A Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026