vendredi 13 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | PRONOST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés le 29 avril 2022, le 3 juin 2022, le 26 septembre 2022 et le 28 octobre 2022, Mme C A et M. B E A, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite puis explicite en date du 4 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision des autorités consulaires françaises à Ouagadougou (République démocratique du Congo) refusant à M. B E A un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié statutaire ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au ministre de l'intérieur de délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa dans le même délai ;
3°) subsidiairement, de transmettre une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne portant sur l'appréciation de l'âge à retenir pour les enfants de réfugiés statutaires ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Pronost, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à défaut de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission est entachée d'un vice de procédure dès lors que les motifs de la décision n'ont pas été communiqués dans le délai d'un mois prévu à l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision de la commission est entachée d'une erreur d'appréciation du lien de filiation et d'une erreur de droit dès lors que M. A avait moins de 19 ans à la date de sa demande de visa ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 novembre 2022.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2022 :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur,
- les observations de Me Pronost, représentant Mme A et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante burkinabé née le 2 octobre 1981 à Beguedo (Burkina Faso), s'est vu reconnaître en France la qualité de réfugiée le 10 novembre 2020 par l'Office de protection des réfugiés et apatrides. Elle se déclare mère de M. B E A, né le 10 janvier 2003 à Ouaregou (Burkina Faso) d'une précédente union avec M. D A. Le 1er juillet 2021, M. B E A a déposé une demande de visa en qualité de membre de famille de réfugiée statutaire auprès des services consulaires français à Ouagadougou. Le 30 novembre 2021, l'intéressé se voit refuser son visa. Le 29 décembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était saisie d'un recours administratif préalable contre le refus opposé à M. A et rejetait par une décision implicite puis expresse en date du 4 mai 2022 le recours formé par le requérant contre la décision consulaire. Par la présente requête, M. B E A et sa mère Mme A demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'étendue du litige :
2.Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.
3. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A et de son fils tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours a rejeté son recours contre la décision du 30 novembre 2021 des autorités consulaires françaises à Ouagadougou doit être regardée comme dirigée contre la décision expresse du 4 mai 2022 par laquelle la commission a confirmé ce refus.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4.Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus de visa opposé à M. A aux motifs que, d'une part, l'intéressé avait plus de dix-huit ans au moment de sa demande de visa et que, d'autre part, l'acte de naissance produit n'est pas authentique car non conforme aux articles 106 et 109 du code de la famille burkinabé, ne permettant pas ainsi d'établir l'identité et le lien de filiation avec la réunifiante.
5.Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ".
6.En premier lieu, il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article L. 434-3 du même code, auxquelles l'article L. 561-4 renvoie expressément, que l'enfant du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire a droit à la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale pourvu qu'il n'ait pas atteint son dix-neuvième anniversaire à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite et que, s'agissant de l'enfant mineur de dix-huit ans, soient remplies les conditions fixées par les articles L. 434-3 ou L. 434-4 de ce code. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 10 janvier 2003, que Mme A, réfugiée statutaire, présente comme son fils, était âgé de moins de 19 ans à la date de sa demande de visa. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit en refusant de lui délivrer le visa sollicité pour le premier motif exposé au point 4.
7.En second lieu, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
8.Lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne reconnue refugiée, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état-civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial des intéressés avec la personne réfugiée.
9.Pour justifier de l'identité de M. A et de son lien de filiation avec sa mère alléguée, les requérants produisent un extrait d'acte de naissance du registre d'état civil de la commune de Garango délivré par l'officier d'état civil de la commune de Garango le 16 avril 2019 qui indique un numéro d'acte de naissance n°481 du 29 septembre 2004 et mentionne que l'intéressé est né le 10 janvier 2003 de A Mamadou et de A Fatima, ainsi que son passeport. Il ressort également des pièces du dossier que la Cour nationale du droit d'asile a admis la véracité des déclarations de la requérante au moment de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle elle a mentionné son fils. En outre, les requérants versent également trois justificatifs de transfert d'argent, deux attestations de témoins, ainsi que des justificatifs de communications électroniques entre les requérants antérieurs à la décision attaquée. Il suit de là que l'ensemble de ces éléments de possession d'état permet de regarder, dans les circonstances particulières de l'espèce, le lien de filiation comme établi. Dès lors, l'identité de M. A et son lien de filiation avec Mme A doivent être regardés comme établis par les pièces du dossier. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour ce motif.
10.Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A et son fils sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11.Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
12.Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pronost renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision en date du 4 mai 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à M. A un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pronost une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LEGOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026