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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205473

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205473

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL GOMOT JOSSET HERMOUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, et un mémoire, enregistré le 19 janvier 2023, M. B D, représenté par Me Marie-Hélène Josset, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de la Vendée pris le 24 mars 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours jusqu'à ce qu'il soit statué de nouveau sur sa situation et ce au plus tard dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à la SCP Gomot-Josset-Hermouet en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté formalisant chacune des décisions attaquées a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée aux fins de signer ces décisions ;

- ce refus méconnaît des règles de procédures découlant des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et cette insuffisante motivation ne permet pas de garantir qu'il ait été procédé à un examen personnel et approfondi de sa situation ;

- le refus de séjour a été opposé en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le motif tiré de l'effectivité de l'accès à un traitement approprié dans le pays d'origine est entaché d'erreur d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;

- elle procède d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est privée de base légale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle été opposée en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, le préfet s'étant par ailleurs estimé lié par les décisions rejetant sa demande d'asile et ne l'ayant pas mis à même d'apporter des éléments concernant sa situation au regard des risques encourus en cas de renvoi vers le Nigéria.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin 2022 et 13 février 2023, le préfet de la Vendée demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. D.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 11 avril 2013, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été invité à produire l'entier dossier au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de cet établissement dans le cadre de la consultation sur la demande de titre de séjour présentée par M. D.

Des pièces, présentées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ont été enregistrées le 25 avril 2023.

Des observations, présentées pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ont été enregistrées le 13 juin 2023.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. D par une décision du 7 juillet 2022 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge des affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- l'arrêté de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 22 juin 2023 à partir de 9h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D est un ressortissant nigérian qui est né le 29 mars 1991. Il est entré en France le 19 décembre 2019. La demande d'asile qu'il a présentée a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 14 octobre 2021 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 14 mars 2022. Parallèlement à cette demande d'asile, M. D avait, dès le 22 juillet 2020, déposé, auprès des services de la préfecture de la Vendée, une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en invoquant des raisons de santé. Par un arrêté du 24 mars 2022, le préfet de la Vendée a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. M. D demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif notamment aux pouvoirs des préfets : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 1° En toutes matières () au secrétaire général () ".

3. L'arrêté du 24 mars 2022 a été signé, non par le préfet de la Vendée, mais "pour le préfet" par Mme A C en qualité de secrétaire générale de la préfecture de ce département. Cette dernière bénéficiait, en vertu d'un arrêté pris par ce préfet le 27 décembre 2021 et publié le 31 décembre suivant au recueil des actes administratifs de ce même département, d'une délégation à l'effet de signer les arrêtés formalisant les décisions relatives au séjour d'un ressortissant étranger en France. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de l'arrêté à prendre cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 425-9,

R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale apprécie s'il y a lieu de délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" prévue à ce même article L. 425-9 au regard d'un avis d'un collège de médecins à compétence nationale du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il résulte par ailleurs des dispositions des articles R. 425-12 et R. 425-13 de ce code et de celles des articles 6 et 8 de l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016, que cet avis doit être émis au vu notamment d'un rapport médical établi par un médecin instructeur de l'OFII, lequel ne doit pas siéger au sein du collège.

5. La décision en litige a été prise au regard d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII émis le 23 décembre 2020. Ce collège était composé de trois médecins. Cet avis a été rendu au regard notamment du rapport établi par un autre médecin de ce même établissement, transmis au collège. Par suite, les moyens tirés de l'absence d'avis et de rapport ainsi que de la présence au sein de collège du médecin ayant établi le rapport doivent être écartés.

6. En troisième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé, non pas de l'ensemble des éléments soumis à l'examen de l'autorité ayant pris cette décision, mais uniquement des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

7. Il ressort de la lecture de l'arrêté du préfet de la Vendée du 24 mars 2022 qu'il vise les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisant les conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé et qu'il indique celle de ces conditions, dont l'autorité préfectorale a estimé qu'elle n'était pas satisfaites en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si l'autorité préfectorale est tenue, avant de décider de rejeter une demande de titre de séjour, de procéder à un examen de la situation de l'intéressé, elle n'est en revanche pas obligée de faire état, dans l'arrêté formalisant cette décision, de l'ensemble des éléments de cette situation afin de montrer qu'elle les a bien examinés.

9. Il ne ressort pas de la motivation du refus de séjour que le préfet de la Vendée n'aurait pas procédé à un examen de la situation de M. D pour déterminer s'il pouvait se voir délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que sa situation n'aurait pas été examinée doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () ". Selon l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 précité dispose que " l'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause " et que " l'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié ".

11. Pour prendre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. D, le préfet de la Vendée s'est approprié l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII au travers de son avis délivré le 23 décembre 2020. Le préfet, après avoir constaté que l'intéressé n'apportait aucun élément de nature à remettre en cause cet avis, a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Nigéria, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

12. Pour déterminer si un ressortissant étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès. Pour déterminer si l'appréciation portée par l'autorité préfectorale n'est pas erronée, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire

13. Ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet de la Vendée, pour opposer le motif tiré de la possibilité pour M. D de bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Nigéria, s'est notamment appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 23 décembre 2020. Pour émettre cet avis, le collège de médecins s'est fondé en particulier, ainsi que cela résulte des dispositions des articles R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 visé ci-dessus, sur un rapport médical d'un médecin instructeur de l'OFII établi à partir d'un certificat médical délivré par un médecin ayant suivi l'intéressé. Il s'est fondé également sur des informations relatives aux possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, mises à la disposition des médecins faisant partie du collège grâce à des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires publiés au Journal Officiel de la République française, en annexe à l'arrêté du 5 janvier 2017. Cette annexe, également intitulée "bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine", recense, le cas échéant avec leur adresse, les sites internet institutionnels et associatifs, français, étrangers et internationaux comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine des demandeurs de titres de séjour pour raison médicale, ainsi que ceux relatifs aux pathologies les plus fréquemment rencontrées. Reprise sous la rubrique "ressources documentaires internationales de santé" en accès libre sur le site internet de l'OFII, cette annexe doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.

14. Pour contester l'appréciation qui a été portée par le préfet de la Vendée quant au bénéfice effectif d'un traitement approprié au Nigéria, M. D, qui est soigné pour des troubles mentaux depuis qu'il est entré en France, fait état d'un suivi par un psychiatre et de la prise d'un traitement médicamenteux contrôlé par des infirmiers dans le cadre d'un double passage quotidien à son domicile. Il fait valoir que ce traitement est composé de l'amisulpride, du Loxapac(r), dont la molécule est la loxapine succinate et du risperidone, qui sont trois antipsychotiques, du Seresta(r), dont l'Oxazepam est la molécule, qui est un anxiolytique et d'un antidépresseur, la paroxétine. Ce traitement lui a été prescrit le 30 mars 2022, soit six jours après la date de la décision attaquée. Or, il ressort de l'examen du dossier médical de l'intéressé, transmis par l'OFII sur demande du tribunal, et en particulier du rapport d'instruction établi par un médecin de cet établissement le 7 septembre 2020, que le traitement, appréhendé par le collège de médecins dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour en litige, est bien composé du Loxapac(r), du Seresta(r), du rispéridone et de la paroxétine, mais qu'en revanche n'y figure pas l'amisulpride. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, le requérant n'ayant produit, y compris à la suite de la demande faite par le tribunal, aucune ordonnance établie antérieurement à la date de la décision attaquée, qu'il prenait de l'amisulpride à cette date. Ainsi, ce médicament doit être regardé comme ayant été prescrit pour la première fois après cette date de sorte que la circonstance que, au regard des pièces du dossier, il ne soit pas disponible au Nigéria, est sans incidence sur la légalité du refus de séjour. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des éléments produits par l'OFII, que si le Loxapac(r) et sa molécule ne sont pas commercialisés au Nigéria, trois molécules équivalentes y sont disponibles, soit la sulpiride, l'ariprizole et la paliperidone, que si le Seresta et sa molécule ne sont pas davantage disponibles au Nigéria, deux molécules équivalentes y sont commercialisées, soit le bromazepam et le diazepam et que la fluoxétine qui, comme la paroxétine, est un antidépresseur, est aussi disponible au Nigéria, à la différence de ce dernier médicament. M. D ne fournit aucune pièce médicale, en particulier un certificat de son psychiatre, indiquant en quoi les molécules qui sont disponibles au Nigéria et qui sont équivalentes à celles des médicaments qui ne se trouvent pas dans ce pays ne pourraient pas y être substituées. Par ailleurs, le requérant n'étaye pas son allégation quant à l'impossibilité de bénéficier d'un suivi psychiatrique au Nigéria en se référant simplement aux rapports de deux organisations non gouvernementales, l'un du mois de novembre de l'année 2017, l'autre, du mois de novembre de l'année 2020, qui retracent des données constatées en 2014, 2018 et 2020, dont il ne ressort dès lors pas qu'à la date de la décision attaquée, les conditions d'accès à un médecin psychiatre au Nigéria seraient telles qu'il existerait des difficultés d'ordre systémique générant une impossibilité de pouvoir être suivi par un tel médecin. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne peut utilement faire valoir le coût des médicaments composant sa prise en charge au titre de l'appréciation de l'existence et de la disponibilité de ces médicaments, le moyen tiré de ce que le motif opposé par le préfet de la Vendée serait entaché d'erreur d'appréciation et que cette autorité aurait ainsi méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet de département est compétent pour prononcer l'obligation de quitter le territoire français. La délégation de signature mentionnée au point 3 du présent jugement couvre également les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de l'arrêté opposant une telle décision à M. D ne peut qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas, lorsqu'elle est, comme en l'espèce, fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Par ailleurs, si l'autorité préfectorale est tenue, avant de décider s'il y a lieu d'obliger une personne de nationalité étrangère à quitter le territoire français, de procéder à un examen de sa situation, elle n'est en revanche pas obligée de faire état, dans l'arrêté formalisant cette mesure d'éloignement, de l'ensemble des éléments de cette situation afin de montrer qu'elle les a bien examinés.

17. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, le refus de séjour opposé à M. D est suffisamment motivé. La circonstance qu'une erreur de fait entacherait des éléments de cette motivation est, eu égard à la finalité de l'obligation de motivation, sans incidence sur le respect de cette exigence. Il ne ressort par ailleurs pas de la lecture de l'arrêté pris le 24 mars 2022, lequel fait d'ailleurs état d'éléments relatifs à la vie privée et familiale de M. D, que le préfet de la Vendée n'aurait pas procédé à un examen de sa situation avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français. Certes, une erreur entache l'indication de l'âge jusqu'auquel le requérant a vécu dans son pays d'origine, qu'il a quitté à 25 ans et non à 30 ans, contrairement à ce qui est précisé dans l'arrêté, mais cette simple erreur, qui porte sur un élément accessoire de la situation de l'intéressé venant simplement en complément de la mention de ce qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, ne permet pas de considérer que le préfet n'aurait pas examiné comme il le devait la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

18. En troisième lieu, l'ensemble des moyens critiquant la légalité du refus de séjour opposé au requérant ayant été précédemment écartés, il n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

19. En dernier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut " faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Il résulte de ce qui a été dit au point 14 qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Nigéria, M. D ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur les moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :

20. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Selon l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ".

21. En premier lieu, l'article R. 721-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet de département est compétent pour fixer le pays de renvoi d'un étranger en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. La délégation de signature mentionnée au point 3 du présent jugement couvre également les décisions relatives au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de l'arrêté fixant le pays de renvoi de M. D ne peut qu'être écarté.

22. En deuxième lieu, l'arrêté du 24 mars 2022 pris à l'encontre de M. D vise les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. Il indique par ailleurs que l'intéressé ne justifie pas faire l'objet de menaces, ni être exposé à des risques pour sa sécurité ou sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, cet arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi de l'intéressé de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

23. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité au regard des moyens précédemment examinés, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de la décision fixant son pays de renvoi.

24. En quatrième lieu, si le préfet de la Vendée a relevé dans sa décision que l'absence de menaces et de risques pour la sécurité ou la vie du requérant en cas de retour au Nigéria était attestée par les décisions citées au point 1 du directeur général de l'OFRPA et de la CNDA rejetant sa demande d'asile, il a également relevé que l'intéressé n'avait transmis aucun élément nouveau concernant les menaces ou les risques qu'il encourrait en cas de renvoi vers son pays d'origine, de sorte que le préfet de la Vendée ne peut être regardé comme s'étant estimé lié par la position prise par l'OFPRA puis par la CNDA pour fixer le Nigéria comme pays de renvoi de M. D. Par ailleurs, il n'appartient pas à l'autorité préfectorale lorsqu'elle fixe le pays de renvoi d'un ressortissant étranger en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français prononcée en conséquence du rejet d'une demande de titre de séjour, de mettre à même l'intéressé de présenter des observations concernant l'éventualité de la désignation de son pays d'origine comme pays de renvoi. Par suite, les moyens mettant en cause la procédure suivant laquelle a été prise la décision fixant le pays de renvoi et l'incompétence négative qui aurait été commise par le préfet de la Vendée ne peuvent qu'être écartés.

25. En dernier lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ", aux termes desquelles " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

26. Comme cela a été rappelé au point 14, il ne ressort pas des pièces du dossier que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Nigéria, M. D ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Les extraits d'articles de presse et d'un document émanant de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada dont il se prévaut, évoquant des traitements inhumains ou dégradants subis par des personnes atteintes de maladies mentales, dès lors notamment que ces documents relatent des situations remontant à 2013, 2019 et 2020, ne permettent pas d'étayer sérieusement les allégations du requérant suivant lesquelles il serait susceptible d'être exposé en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 24 mars 2022 et en raison de son état de santé, à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui renvoie à ces mêmes stipulations doit être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation des décisions refusant à M. D la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, opposées par l'arrêté du préfet de la Vendée pris le 24 mars 2022. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de la Vendée et à la SCP Gomot-Josset-Hermouet.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

D. E

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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