jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205474 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, et un mémoire, enregistré le 2 mai 2023, M. A D, représenté par Me Emmanuelle Neraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, opposées par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique pris le 24 janvier 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à défaut, de prendre une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de cette décision, un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Neraudau en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté formalisant les décisions attaquées a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- aucune de ces décisions n'est suffisamment motivée ;
- le refus de séjour méconnaît des règles de procédures inscrites aux articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les articles L. 425-9 et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard duquel le préfet de la Loire-Atlantique n'a procédé à aucun examen ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié ces conséquences ;
- l'illégalité du refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français et la décision relative au pays de renvoi ; cette décision est également privée de base légale par l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision relative au pays de renvoi méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, le préfet s'étant par ailleurs estimé lié par les décisions rejetant sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. D.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. D par une décision du 31 mars 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- l'arrêté de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 mai 2023 à partir de 9h20 :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Me Claire Lachaux, substituant Me Neraudau, représentant M. D.
Une note en délibéré, présenté pour M. D, a été enregistrée le 11 mai 2023 à 11h58.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D est un ressortissant de nationalité guinéenne qui est né le 3 avril 1995. Il est entré en France le 9 mai 2016. La demande d'asile qu'il a présentée a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 17 mars 2017. Le recours formé contre cette décision a été rejeté le 15 décembre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. D a, ultérieurement, saisi le préfet de la Loire-Atlantique d'une demande tendant à la délivrance, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en invoquant des raisons de santé ainsi que le bénéfice du dispositif d'admission exceptionnelle au séjour inscrit à l'article L. 435-1 du même code. Par un arrêté du 24 janvier 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. M. D demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ".
En ce qui concerne la légalité externe :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ".
5. L'arrêté du 24 janvier 2022 a été signé, non par le préfet de la Loire-Atlantique, mais "pour le préfet" par Mme C B en qualité de directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de ce département. Cette dernière bénéficiait, par arrêté de ce préfet, pris le 31 août 2021 et publié le lendemain au recueil des actes administratifs de ce département, d'une délégation à l'effet de signer les arrêtés formalisant l'ensemble des décisions relatives au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire du refus de séjour en litige doit être écarté.
6. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui constitue une mesure de police, doit être motivée c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé, non pas de l'ensemble des éléments soumis à l'examen de l'autorité ayant pris cette décision, mais uniquement des considérations de droit et de fait sur lesquels elle a entendu fonder sa décision. La circonstance que ces considérations seraient entachées d'illégalité est, eu égard à la finalité de l'obligation de motivation, sans incidence dans l'appréciation du respect de cette obligation.
7. Il ressort de la lecture de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 24 janvier 2022 que, d'une part, il se réfère aux dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précisant les conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé et qu'il indique celles de ces conditions, dont l'autorité préfectorale a estimé qu'elles n'étaient pas satisfaites en l'espèce, d'autre part, qu'il vise les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du même code et qu'il expose les raisons pour lesquelles l'autorité préfectorale a estimé que M. D ne justifiait d'aucun motif exceptionnel et d'aucune considération humanitaire permettant la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de séjour doit être écarté.
8. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article 6 de l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016, que l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) évoqué à l'article L. 425-9 de ce code doit être émis au vu notamment d'un rapport médical établi par un médecin instructeur de l'OFII, lequel ne doit pas siéger au sein du collège. Cet avis est rendu à l'issue d'une délibération pouvant s'opérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle et il doit être signé par les trois médecins composant le collège.
9. La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. D a été prise au regard d'un avis présenté comme émanant du collège de médecins de l'OFII délivré le 6 août 2021. Les médecins qui apparaissent sur cet avis comme ayant fait partie de ce collège sont différents de celle qui a établi le rapport médical de sorte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la composition de ce même collège aurait été irrégulière. La signature de chacun des médecins le composant apposée sur l'avis ne présentant pas les caractéristiques d'une signature électronique au sens de l'article 1367 du code civil et de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, lequel ne concerne au demeurant que la signature électronique des décisions et non des avis de l'administration, le requérant ne peut utilement soutenir que les règles issues de ces articles, instituant des garanties dans l'utilisation de ce mode de signature, seraient susceptibles d'avoir été méconnues. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier alors que, comme cela a été rappelé au point 8, la collégialité entre les médecins se traduit par une délibération pouvant s'opérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle, qu'une discussion n'aurait pas eu lieu en l'espèce entre les trois médecins.
En ce qui concerne la légalité interne :
S'agissant des moyens relatifs à la mise en œuvre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
10. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. D sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas avoir, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'en tout état de cause, il n'est pas établi qu'il ne puisse bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
11. Selon l'article 4 de l'arrêté ministériel du 5 janvier 2017 : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 () ", dont les dispositions alors en vigueur ont été reprises, à compter du 1er mai 2021, à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante ".
12. Pour contester l'appréciation portée par le préfet de la Loire-Atlantique au regard essentiellement de l'avis du 6 août 2021 émis par le collège de médecins de l'OFII, quant à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité d'un défaut de prise en charge médicale de son état de santé, M. D fait valoir qu'il souffre, d'une part, de troubles de la cornée post-traumatique à la suite de coups reçus en Guinée, pour lesquels il a subi plusieurs interventions de tatouage et une chirurgie d'éviscération suivie de la mise en place d'une prothèse oculaire, d'autre part, de problèmes d'ordre psychologique également dus aux traumatismes vécus dans son pays d'origine. Cependant, aucun des documents médicaux qu'il produit ne permet d'étayer sérieusement ses allégations concernant l'existence de conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions précitées des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 4 de l'arrêté ministériel du 5 janvier 2017. Dans ces conditions, le motif tiré du défaut de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas d'absence de prise en charge médicale de l'état de santé de M. D ne peut être regardé comme étant entaché d'erreur d'appréciation.
13. Il résulte de l'instruction, et en particulier des termes de l'arrêté attaqué, confirmés par ceux du mémoire en défense, que le préfet de la Loire-Atlantique aurait également opposé au requérant un refus de séjour s'il s'était fondé sur le motif évoqué au point précédent, lequel permet de justifier légalement, à lui seul, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise cette autorité en estimant que M. D peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ne peut être utilement invoqué. Il ne peut, dès lors, qu'être écarté.
S'agissant du moyen relatif à la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
14. Le motif de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. D sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tiré de ce qu'il ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire au sens des dispositions de cet article est motivé, dans l'arrêté attaqué, de la manière suivante : l'intéressé "précise être adhérent au centre LGBT de Nantes et prendre part aux activités de cette association ; s'il déclare ne pas pouvoir rentrer dans son pays d'origine du fait de son homosexualité, il ne démontre pas y avoir fait l'objet de persécutions ; en tout état de cause sa demande d'asile a été rejetée".
15. M. D fait état, à l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des risques qu'il encourrait en raison de son homosexualité en cas de retour en Guinée et de son état de santé. Cependant, les allégations du requérant concernant son orientation sexuelle ne sont pas sérieusement étayées par les pièces du dossier, M. D, âgé de 27 ans à la date de la décision attaquée, se bornant à soutenir que sa seule relation avec un homme est intervenue à l'âge de 10 ans lorsqu'après avoir subi des attouchements de la part d'un jeune homme recueilli par sa famille, il aurait accepté d'avoir des relations intimes avec ce dernier. Son implication, pendant cinq années, au sein de l'association de personnes Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres (LBGT) basée à Nantes ne peut simplement qu'attester, dans ses conditions, de son soutien à la défense de ces personnes. Le certificat médico-légal qu'il produit, décrivant les séquelles des violences subies par l'intéressé dans son pays d'origine ne permet pas, comme le reconnait le requérant lui-même, d'établir la relation qu'il allègue entre ces violences et son orientation sexuelle. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les deux médicaments composant le traitement du requérant à la suite de la réalisation de la chirurgie d'éviscération de son œil de gauche et la pose d'une prothèse oculaire, qui selon les termes du rapport médical établi par le médecin instructeur de l'OFII est un "traitement au long cours" ne sont pas disponibles en Guinée, aucun document médical ne vient décrire de manière précise les conséquences de l'absence de prise de ces médicaments, lesquelles n'ont pas été regardées comme d'une exceptionnelle gravité, comme cela a été relevé au point 12. Dans ces circonstances, M. D n'est pas fondé à soutenir que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que la décision refusant à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a écarté l'application de ces dispositions.
S'agissant des autres moyens :
16. En premier lieu, un refus de séjour ne peut être légalement opposé s'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'un ressortissant étranger et s'il méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. La demande de titre de séjour présentée par M. D n'est pas seulement fondée sur des raisons médicales, et, par suite, sur l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif. Elle a été également présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code, M. D estimant qu'au regard de son orientation sexuelle et des risques qu'il encourt dans son pays d'origine en raison de cette orientation, il justifiait d'une considération humanitaire au sens de cet article lui permettant d'obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique ne pouvait légalement s'abstenir d'examiner sa situation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale. Or, il ressort de l'ensemble de la lecture de l'arrêté en litige qu'il se réfère à divers éléments de la situation personnelle de l'intéressé que l'autorité préfectorale a mis en relation avec l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en relevant que cet article "n'a ni pour effet ni pour objet de permettre à un individu de choisir son pays de résidence". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de séjour aurait été opposé sans un examen de la situation de M. D au regard de cet article ne peut qu'être écarté.
18. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D est célibataire et qu'il n'a pas de famille en France. Les six années de son séjour en France, lequel n'a jamais été effectué sous couvert d'une carte de séjour temporaire, et les relations nouées au travers de son implication pendant cinq années au sein de l'association de personnes Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres (LBGT) basée à Nantes, ne suffisent pas, alors même que les liens avec sa famille en Guinée seraient distendus, pour considérer que le refus de séjour, qui n'a pas été pris en méconnaissance des deux dispositions législatives du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté sa demande, porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D. Dès lors, cette décision ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. En troisième lieu, au regard des éléments évoqués aux points 12, 15 et 18 du présent jugement, le préfet de la Loire-Atlantique, en ne faisant pas usage de la faculté dont il disposait de prendre, à titre gracieux et exceptionnel, une mesure favorable à M. D pour régulariser sa situation, n'a pas entaché le refus de séjour en litige d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur cette situation.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".
21. En premier lieu, la délégation de signature mentionnée au point 5 du présent jugement couvre également les décisions énonçant une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. D ne peut qu'être écarté.
22. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas, lorsqu'elle est, comme en l'espèce, fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, le refus de séjour opposé à M. D est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté.
23. En troisième lieu, l'ensemble des moyens critiquant la légalité du refus de séjour opposé au requérant ayant été écartés aux points 4 à 19, il n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
24. En quatrième lieu, au regard des mêmes éléments que ceux auxquels se réfère le point 18, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi :
25. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Selon cet article L. 721-3 : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ".
26. En premier lieu, l'article R. 721-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le préfet de département est compétent pour fixer le pays de renvoi d'un étranger en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. La délégation de signature mentionnée au point 5 du présent jugement couvre également les décisions relatives au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de cette décision ne peut qu'être écarté.
27. En deuxième lieu, l'arrêté du 24 janvier 2022 pris à l'encontre de M. D vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. Il indique par ailleurs que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y est exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'a produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté du 24 janvier 2022 énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi de l'intéressé de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
28. En troisième lieu, le refus de séjour n'étant pas entaché d'illégalité au regard des moyens précédemment examinés, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour obtenir l'annulation de la décision fixant son pays de renvoi. L'ensemble des moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant été également écartés, le requérant n'est pas davantage fondé à invoquer l'illégalité de cette mesure d'éloignement pour obtenir l'annulation de la décision relative à son pays de destination.
29. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
30. Il ne ressort pas de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi de M. D que le préfet de la Loire-Atlantique ne serait estimé lié par la décision rejetant sa demande d'asile pour considérer que l'intéressé pouvait être éloigné d'office à destination de son pays d'origine. Les allégations du requérant concernant son orientation sexuelle n'étant pas, comme cela a été relevé au point 15, sérieusement étayées par les pièces du dossier, il ne peut utilement faire état, pour soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions et stipulations citées au point 29 en fixant la Guinée comme pays de renvoi, de la répression pénale de l'homosexualité dans ce pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
31. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 18, la décision fixant la Guinée comme pays de renvoi ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D. Elle ne méconnait pas, par suite, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions, opposées par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique pris le 24 janvier 2022, refusant à M. D la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement doivent être rejetées. Par voie de conséquences, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Emmanuelle Neraudau.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
Le rapporteur,
D. E
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026