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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205481

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205481

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I-Par une requête, enregistrée le 16 mars 2020 sous le numéro 2003130, Mme C B épouse D, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de Maine-et-Loire n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 11 avril 2022 en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Mme C B épouse D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 février 2021.

II- Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2020 sous le numéro 2013289, Mme C B épouse D, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté notifié le 27 novembre 2020 par lequel préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie en méconnaissance des dispositions des articles L. 312-2 et R. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que le centre de ses attaches familiales se situe en France ;

- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de Maine-et-Loire n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise de demeure qui lui a été adressée le 22 septembre 2022 en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Mme C B épouse D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 février 2021.

III-Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2205481 les 29 avril 2022 et 13 février 2023, M. A D, représenté par Me Kaddouri puis par Me Jeanneteau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a notifié une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles n'ont pas été précédées de l'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie préalablement à l'intervention de la décision en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la procédure suivie devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à l'issue de laquelle la décision est intervenue est irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016, en ce que :

* le préfet ne justifie pas qu'un médecin a établi un rapport médical le concernant et qu'il l'a transmis au collège de médecins de l'OFII ni du respect des formes et délais prévus par les dispositions des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* il n'est justifié ni de l'existence de l'avis du collège des médecins de l'OFII, ni du caractère collégial de cet avis ;

* il n'est pas établi que les médecins composant le collège aient été régulièrement nommés par le directeur général de l'OFII ni qu'ils aient signé l'avis émis ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 mai 2022.

IV-Par une requête, enregistrée sous le numéro 2205477 le 29 avril 2022, Mme C B épouse D, représentée par Me Kaddouri puis par Me Jeanneteau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles n'ont pas été précédées de l'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie préalablement à l'intervention de la décision en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C B épouse D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Vu le procès-verbal de l'audience à huis clos du 10 mai 2023 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Jeanneteau, représentant M. D et de Mme B épouse D ;

- et les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D et Mme E épouse D, ressortissants macédoniens, respectivement nés en 1978 et 1977, déclarent être entrés irrégulièrement en France au mois de septembre 2018. Ils ont déposé des demandes de reconnaissance du statut de réfugié qui ont été rejetées par deux décisions du 29 mars 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Leurs recours contre ces décisions ont été rejetés par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 27 août 2019. Le 23 juillet 2019, ils avaient chacun fait l'objet d'un arrêté portant refus de maintien sur le territoire français au titre de l'asile. Par la suite, M. D a bénéficié, à compter du 29 août 2019, de la délivrance d'un titre de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, régulièrement renouvelé jusqu'au 28 octobre 2021. Mme D, a, durant cette période, par deux fois sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un premier arrêté du 13 février 2020 puis un second arrêté, sans date mais notifié, selon l'intéressée, le 27 novembre 2020, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté ses demandes de titre de séjour. Par ses requêtes enregistrées sous les numéros 2003130, et 2013289, Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 février 2020 et l'arrêté notifié le 27 novembre 2020.

2. Le 25 octobre 2021, M. D a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade et, le 31 janvier 2022, Mme D a sollicité quant à elle du préfet son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Leurs demandes ont été rejetées par deux arrêtés du 6 avril 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré. Par deux requêtes enregistrées sous les numéros 2205481 et 2205477, Mme et M. D demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du 6 avril 2022.

3. Les requêtes numéros 2003130, 2013289, 2205481 et 2205477 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la publicité de l'audience :

4. L'article L. 731-1 du code de justice administrative dispose que : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 6, le président de la formation de jugement peut, à titre exceptionnel, décider que l'audience aura lieu ou se poursuivra hors la présence du public, si la sauvegarde de l'ordre public ou le respect de l'intimité des personnes ou de secrets protégés par la loi l'exige () ".

5. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la demande formulée en ce sens par le conseil de M. D, et eu égard au respect de l'intimité de M. D, il a été fait application de ces dispositions en tenant l'audience, devant une formation collégiale, hors de la présence du public.

Sur la décision du 13 février 2020 et la décision notifiée le 27 novembre 2020 portant refus de séjour à l'encontre de Mme D :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces des dossiers que M. D s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé, à compter du mois d'août 2019. Cette carte de séjour a été, en outre, régulièrement renouvelée jusqu'au 28 octobre 2021. Par ailleurs, il ressort également des pièces des dossiers et notamment des certificats médicaux produits que M. D, atteint de graves troubles psychiatriques ayant justifié la délivrance d'un titre de séjour et son renouvellement, est soutenu et porté par son épouse pour l'accompagnement aux soins et pour les tâches de la vie quotidienne, l'intéressé souffrant de perte de son autonomie et son épouse assurant toutes les tâches de la vie quotidienne. Il ressort également de ces certificats du médecin du centre de santé mentale d'Angers (CESAME) que Mme D soutient son époux au quotidien et l'apaise lors de ses moments d'angoisse et d'envahissement d'idées noires. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour par les décisions attaquées l'une du 13 février 2020 et l'autre notifiée le 27 novembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes n° 2003130 et 2013289, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 février 2020 et de la décision notifiée le 27 novembre 2020.

Sur la requête n° 2205481 :

9. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a émis, le 28 décembre 2021, un avis relevant que si l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier d'un traitement approprié et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Néanmoins il ressort tant du rapport établi en 2021 que des certificats médicaux établis à plusieurs reprises par le médecin du CESAME qui assure le suivi psychiatrique de M. D depuis l'année 2018, que ce dernier souffre d'un syndrome de stress post traumatique complexe du fait des sévices physiques et agressions sexuelles graves subis dans son pays d'origine, et a connu plusieurs hospitalisations pour des crises suicidaires. Le médecin du CESAME relève à plusieurs reprises le lien avec le pays d'origine de M. D et qu'il existe un risque majeur de " passage à l'acte auto-agressif " en cas de retour de l'intéressé en Macédoine, et la nécessité pour l'intéressé de soins spécialisés dans un environnement " qui lui est sécure ". Un autre médecin du CESAME a ainsi relevé, dans un certificat postérieur à la décision contestée mais qui retrace la pathologie de M. D depuis plusieurs années, que " un retour dans son pays d'origine impacterait grandement sa santé psychique en raison de l'exposition aux souvenirs traumatiques et est donc contre-indiqué sur le plan psychiatrique ". Dans ces conditions, si de graves troubles psychiatriques de même nature que ceux dont souffrait M. D pouvaient faire l'objet d'un traitement approprié dans son pays d'origine, il n'en allait pas de même de ceux dont il souffrait tout particulièrement, compte tenu du lien entre sa pathologie et les événements traumatisants vécus en Macédoine, qui ne permettait pas, dans son cas, d'envisager un traitement effectivement approprié dans ce pays.

11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à soutenir qu'en refusant, le 6 avril 2022, de renouveler le titre de séjour dont il bénéficiait, le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à demander, pour ce motif, l'annulation du refus du séjour du 6 avril 2022. L'annulation du refus de séjour du 6 avril 2022 entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur la requête n° 2205477 :

12. Ainsi qu'il a été indiqué aux points 5 et 8 du jugement, d'une part, le refus de séjour opposé le 6 avril 2022 à M. D méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part, il ressort des différents documents médicaux produits que Mme D, mariée avec M. D, l'assiste en outre dans ses activités quotidiennes, M. D souffrant d'une réduction de l'autonomie, et lui assure un soutien au quotidien dans sa pathologie psychiatrique. Il suit de là que Mme D est fondée à soutenir que le refus de séjour qui lui a été opposé le 6 avril 2022 porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation du refus de séjour du 6 avril 2022. L'annulation du refus de séjour entraine, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour portant à son égard obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Compte tenu des motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. D d'une part et à Mme D d'autre part une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

15. M. D et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans chacune des instances. Par suite, leurs avocats peuvent se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kaddouri et Me Jeanneteau, avocats de M. et Mme D, renoncent à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kaddouri de la somme de 800 euros dans l'instance n° 2003130, à Me Kaddouri la somme de 800 euros dans l'instance n° 2013289, à Me Jeanneteau la somme de 800 euros dans l'instance 2205477 et à Me Jeanneteau la somme de 800 euros dans l'instance n° 2205481.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 13 février 2020 et la décision notifiée le 27 novembre 2020 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D sont annulées.

Article 2 : Les décisions du 6 avril 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour de M. D, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.

Article 3 : Les décisions du 6 avril 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour de Mme D, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à M. D d'une part et à Mme D d'autre part une carte de séjour mention " vie privée et familiale ".

Article 5 : L'Etat versera à Me Kaddouri, avocat de Mme D, deux fois la somme de 800 euros, dans les instances n° 2003130 et 2013289, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle. L'Etat versera à Me Jeanneteau, avocat de M. et Mme D, deux fois la somme de 800 euros, dans les instances n° 2205477 et 2205481, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2003130, 2013289, 2205477 et 2205481 est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme E épouse D, au préfet de Maine-et-Loire, à Me Kaddouri et à Me Jeanneteau.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2003130, 2013289, 2205481, 2205477

cnd

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