mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205487 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAVENANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2022, M. E A D, représenté par Me Justine Lavenant, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de renouveler son titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a subi une baisse de moral importante pendant la crise sanitaire, s'est retrouvé isolé et a finalement perdu pied malgré sa bonne volonté ; le confinement dans une pièce de 13 m2 a constitué une épreuve particulièrement éprouvante ; il a déménagé à Nantes pour suivre sa concubine et s'inscrire en licence " biologie-géosciences-chimie ; au cours du premier semestre, il a fait preuve d'assiduité et obtenu des notes très encourageantes pour la validation de son année à la session de juin 2022 ; une circulaire du 7 octobre 2008 reconnait que les changements d'orientation en cours d'études sont possibles, dès lors qu'ils sont justifiés soit par la cohérence dans l'enchainement des disciplines et des filières, soit par la nature de la nouvelle formation entreprise, soit par la possibilité offerte à tout étudiant de modifier son orientation au terme du premier semestre de cours ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a tissé des liens étroits avec de nombreuses personnes depuis son arrivée sur le territoire français et vit une relation amoureuse depuis un an ; eu égard à son ancrage dans la société française, son éloignement porterait une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale sur le sol français ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
- leur annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 30 août 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant marocain né le 21 septembre 2000, est entré en France le 2 septembre 2018, muni d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Il s'est inscrit au titre de l'année 2018/2019, à l'Université de Lille, en première année commune aux études de santé mais a été ajourné à la fin du premier semestre. Il s'est inscrit, au titre de l'année 2019/2020, en première année de licence " sciences de la vie/sciences de la terre " et a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité de deux ans, valable jusqu'au 20 septembre 2021. Le 18 septembre 2021, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 24 janvier 2022, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Maroc comme pays de destination. Par la présente requête, M. A D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié le 1er septembre suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose également les éléments ayant conduit le préfet à considérer que M. A D ne pouvait être raisonnablement regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises depuis son arrivée en France et, de là, prétendre au renouvellement de son titre de séjour. Il indique enfin les raisons pour lesquelles le préfet a estimé que le refus de séjour ne portait pas une atteinte manifestement excessive au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. La décision attaquée comporte ainsi un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique a bien procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A D avant de refuser le renouvellement de son titre de séjour.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
6. Comme il a été dit, au titre de l'année universitaire 2018-2019, M. A D, inscrit en première année commune aux études de santé au sein de l'Université de Lille, n'a pas été autorisé à poursuivre cette formation à l'issue du premier semestre. Pendant les deux années suivantes, l'intéressé a été inscrit en première année de licence " portail sciences de la vie / sciences de la terre ". Il a cependant échoué à ses examens à la fin de ces deux années, obtenant une moyenne annuelle de respectivement 3,47 et 5,9. Au titre de l'année 2021/2022, il s'est inscrit à l'Université de Nantes en première année de licence " biologie, géosciences, chimie ". S'il soutient qu'à la fin du premier semestre, ses résultats étaient très encourageants, il ne produit aucune pièce permettant de l'établir. Pour expliquer ses échecs successifs, M. A D fait valoir qu'il a été très affecté par la crise sanitaire, son confinement dans une pièce de 13 m2, la maladie soudaine de sa grand-mère ainsi que par la dégradation temporaire des relations entre son père et sa mère. Toutefois, au regard des pièces du dossier, les difficultés d'adaptation qu'aurait connues le requérant en raison de la crise sanitaire, de la dématérialisation des enseignements et de la période de confinement qui en ont découlé ne suffisent pas à justifier le caractère particulièrement bas des notes obtenues. Par ailleurs, M. A D ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère réel et sérieux des études des étudiants étrangers, dès lors qu'elle est dépourvue de caractère impératif et ne comporte pas de lignes directrices. Par suite, en considérant que l'intéressé ne pouvait être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions, citées ci-dessus, de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ().
8. Le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. En tout état de cause, si M. A D fait état de sa relation amoureuse avec une ressortissante française, il se borne à produire une attestation de cette dernière selon laquelle " ils sont en couple depuis le 10 février 2021 soit plus d'un an " et ne fournit aucun autre élément de nature à étayer l'intensité et la stabilité de cette relation à la date de la décision attaquée. S'il justifie également avoir trouvé un emploi en août 2021 dans un établissement de restauration rapide, à raison de 20 h de travail par semaine, cette seule circonstance ne suffit pas à lui ouvrir droit à un titre de séjour alors qu'il est venu en France suivre une formation et n'avait pas vocation à y demeurer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ".
10. L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité est relatif à l'hypothèse où, comme c'est le cas de M. A D, un étranger s'est vu refuser le renouvellement d'un titre de séjour. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, dans un tel cas, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision refusant à M. A D le renouvellement de son titre de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré par l'intéressé de l'insuffisante motivation de la décision ordonnant son éloignement doit être écarté.
11. En deuxième lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, opposée au requérant, étant écartés, M. A D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
13. Pour les raisons indiquées au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
14. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée au requérant, ayant été écartés, M. A D n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander celle, par voie de conséquence, des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 24 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
16. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. A D entraine, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.
17. D'autre part, les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme dont le requérant demande le versement au profit de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Justine Lavenant.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
D. LABOUYSSELa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
cnd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026