lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2205528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | NGANGA |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n°2205528, enregistrée le 29 avril 2022, M. A C, agissant en qualité de représentant légal de M. D C, représenté par Me Nganga, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 10 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 19 novembre 2021 par laquelle les autorités consulaires françaises à Pointe-Noire (République du Congo) ont refusé de délivrer un visa de court séjour pour raisons médicales à M. D C ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à M. D C le visa de court séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, dès lors, d'une part, que son fils répond aux conditions d'obtention d'un visa de court séjour pour raisons médicales, et d'autre part, qu'un visa aurait pu lui être délivré eu égard aux circonstances et motifs exceptionnels dont son fils justifie au titre de l'article 25 règlement (CE) du 13 juillet 2009 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration ne pouvait fonder son refus sur l'article 32 du règlement (CE) du 13 juillet 2009.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête n°2205529, enregistrée le 29 avril 2022, M. A C, représenté par Me Nganga, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 10 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 19 novembre 2021 par laquelle les autorités consulaires françaises à Pointe-Noire (République du Congo) ont refusé de lui délivrer un visa de court séjour en qualité de visiteur et d'accompagnant de son fils ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa de court séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, dès lors, d'une part qu'il répond aux conditions d'obtention d'un visa de court séjour en qualité de visiteur et d'accompagnant de son fils malade, et d'autre part, qu'un visa aurait pu lui être délivré eu égard aux circonstances et motifs exceptionnels dont son fils justifie au titre de l'article 25 règlement (CE) du 13 juillet 2009 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration n'avait pas à se baser sur l'article 32 du règlement (CE) du 13 juillet 2009.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le code de la santé publique :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant congolais, né le 1er août 2007, a présenté une demande de visa de court séjour pour raisons médicales auprès des autorités consulaires françaises à Pointe-Noire (République du Congo). Son père, M. A C, né le 7 février 1967 à Pointe-Noire a également sollicité des autorités consulaires la délivrance d'un visa de court séjour en qualité d'accompagnant. Par des décisions en date du 19 novembre 2021, ces autorités ont refusé de leur délivrer les visas sollicités. Par des décisions implicites nées le 10 mars 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre ces décisions consulaires. M. C, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal de son fils mineur, demande au tribunal d'annuler les décisions de la commission de recours ainsi que celles des autorités consulaires.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2205528 et 2205529 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions des autorités consulaires françaises à Pointe-Noire :
3. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, les décisions implicites de cette commission nées le 10 mars 2022 se sont substituées aux décisions des autorités consulaires françaises à Pointe-Noire du 19 novembre 2021. Il en résulte que les conclusions des requêtes doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les décisions de la commission de recours et que les moyens des requêtes en tant qu'ils sont dirigés contre ces décisions consulaires ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France
4. En premier lieu, aux termes, l'article 32 § 2 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas dispose : " La décision de refus et ses motivations sont communiquées au demandeur au moyen du formulaire type figurant à l'annexe VI ". Il découle de ces dispositions que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est tenue, lorsqu'elle confirme un refus de visa opposé par une autorité diplomatique ou consulaire, de motiver sa décision. Toutefois, l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration énonce : " une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Il ne ressort pas des pièces des dossiers que M. C ait demandé que lui soient communiqués les motifs des décisions implicites de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission aurait méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à elle en rejetant ses recours par des décisions implicites.
5. En deuxième lieu, il ressort des mémoires en défense produits par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter les demandes de visa de court séjour présentées par M. C et son fils, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de l'absence de justificatifs certifiant que les soins nécessités par l'état de santé de M. D C ne pourraient être prodigués à l'intéressé en République du Congo et qu'ils sont en capacité d'assumer les coûts médicaux liés aux soins envisagés, et enfin, de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
6. D'une part, aux termes de l'article 21 du règlement (CE) n° 810/2009 : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des Etats membres avant la date d'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'article 25 de ce règlement : " 1. Un visa à validité territoriale limitée est délivré à titre exceptionnel dans les cas suivants : a) lorsqu'un État membre estime nécessaire, pour des raisons humanitaires, pour des motifs d'intérêt national ou pour honorer des obligations internationales : i) de déroger au principe du respect des conditions d'entrée prévues à l'article 5, paragraphe 1, points a), c), d) et e), du code frontières Schengen, () ". Aux termes de l'article 32 de ce règlement : " 1. Sans préjudice de l'article 25, paragraphe 1, le visa est refusé : () si le () s'il existe des doutes raisonnables () sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des Etats membres avant l'expiration du visa demandé. () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 10 du même règlement : " () 3. Lorsqu'il introduit une demande, le demandeur : () f) produit les documents justificatifs conformément à l'article 14 et à l'annexe II ; () ". Aux termes de l'article 14 de ce règlement : " 1. Lorsqu'il introduit une demande de visa uniforme, le demandeur présente les documents suivants : / a) des documents indiquant l'objet du voyage ;() ". Aux termes de l'annexe II du règlement : " Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : A. Documents relatifs à l'objet du voyage : () 6) pour des voyages entrepris pour raisons médicales : - un document officiel de l'établissement médical confirmant la nécessité d'y suivre un traitement, et la preuve de moyens financiers suffisants pour payer ce traitement médical.() ".
8. D'une part, M. C et son fils mineur ont sollicité la délivrance de visas de court séjour, l'un pour raisons médicales et l'autre en qualité de visiteur et d'accompagnant. Le requérant produit à ce titre des attestations des 25 et 28 août 2021 de la clinique chirurgicale Guenin en République du Congo qui indique que l'état de santé de son fils, M. D C, " nécessite une exploration plus poussée sur le plan endocrinologue et une prise en charge de la varicocèle et de l'otite dans un milieu spécialisé nanti de préférence en France " ainsi qu'un justificatif de rendez-vous pour une consultation le 7 décembre 2021 au sein du service de radiologie-neuroradiologie du pôle d'imagerie médicale à Tours à l'accueil " IRM Scanner Vasculaire ". Toutefois, ces documents n'apportent aucune précision sur l'impossibilité pour l'enfant de bénéficier d'un suivi médical approprié à son état de santé dans son pays de résidence, sur la durée des soins envisagés ou encore sur la nécessité d'être suivi sur le territoire français, par la seule indication d'une prise en charge " dans un milieu spécialisé nanti de préférence en France ". Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de visa de court séjour de M. D C soit fondée sur un motif humanitaire justifiant qu'il puisse être dérogé aux dispositions de l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009. En outre, ni les attestations d'assurance Schengen, ni l'attestation de prise en charge des frais par les parents de M. D C ne permettent d'établir que M. C et son fils disposeraient de moyens suffisants pour financer leur séjour ainsi que les soins et traitement requis, dès lors qu'il n'est pas justifié de leur consistance précise, ni de leur coût.
9. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, âgé de cinquante-cinq ans, et son fils, âgé de quinze ans aux dates des décisions attaquées, détiennent des attaches familiales, matérielles ou personnelles dans leur pays de résidence, susceptibles de constituer des garanties suffisantes de retour à l'expiration des visas de court séjour sollicités. Par ailleurs, le ministre de l'intérieur fait valoir, sans être contredit, que l'épouse du requérant, Mme B est entrée sur le territoire français le 7 septembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour en qualité de visiteur délivré le 18 août 2019 et valable jusqu'au 18 novembre 2019. Elle a, en outre, fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 23 janvier 2020. Suite à sa demande d'asile, elle a également obtenu le bénéfice de l'allocation de demande d'asile valable du 24 août 2021 au 23 février 2022. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché ses décisions d'erreurs manifestes d'appréciation au motif de l'existence d'un risque de détournement de l'objet des visas à des fins migratoires.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
La présidente rapporteure,
M.-P. E
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2205528, 2205529
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026