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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2205560

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2205560

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2205560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP GAFFET MADELENNAT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2022, Mme E C, représentée par Me Gaffet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu la décision de rejet prise sur sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 22 septembre 2021 par laquelle la préfète de la Corrèze avait rejeté cette demande ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation.

Mme C soutient que :

- la compétence des signataires des décisions attaquées n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors qu'elle présente une autonomie financière certaine malgré ses faibles revenus, étant propriétaire de son logement et disposant de ressources provenant de la pension de réversion de son époux ;

- elle est intégrée à la société française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante américaine, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle la préfète de la Corrèze avait rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française ainsi que la décision du 8 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours formé contre ladite décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, la décision du ministre de l'intérieur prise sur le recours préalable obligatoire se substitue à la décision initiale de refus prise par l'autorité préfectorale. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision ministérielle du 8 mars 2022 qui s'est entièrement substituée à la décision préfectorale du 22 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

En ce qui concerne la légalité externe :

3. Par une décision du 1er juillet 2021, publiée au Journal officiel de la République française le 4 juillet 2021, M. A, nommée directeur de l'intégration et de l'accès à la nationalité par décret du 19 mai 2021, publié au Journal officiel de la République française du lendemain, a accordé à Mme B D, attachée principale d'administration de l'État, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque en fait.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'autonomie matérielle du postulant.

5. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée ne dispose pas de ressources suffisantes pour survenir durablement à ses besoins.

6. Il ressort des pièces du dossier que les ressources de Mme C, née en 1952, proviennent de la pension de réversion de son mari et s'élèvent à seulement 811 euros par mois. Ses revenus déclarés pour les années 2018, 2019 et 2020 étaient inférieurs à 10 000 euros. Si elle fait valoir qu'elle est propriétaire de sa maison et dispose de quelques économies, ces éléments ne suffisent pas à caractériser des ressources suffisantes permettant de lui assurer une autonomie matérielle durable. Dans ces conditions, et eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de droit, ni d'erreur de fait en rejetant la demande de Mme C pour ce motif.

7. Les circonstances selon lesquelles Mme C réside en France depuis 2001 et déclare être intégrée à la société française sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, et ce, eu égard aux motifs sur lesquels elle se fonde.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, au ministre de l'intérieur et à Me Gaffet.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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